www.zejournal.mobi
Samedi, 04 Avr. 2026

Trump contre l’Iran : le Gamelin Yakovleff retrouve sa lucidité

Auteur : E&R | Editeur : Walt | Samedi, 04 Avr. 2026 - 15h07

Parfois, un agent de la propagande télévisuelle s’éveille à la conscience, en général sous l’effet d’un choc. C’est le cas de Yakovleff, Yako pour les intimes, qui s’est dépassé lors d’une interview pour Le Figaro, face à un Trump en plein delirium (ou alors c’est encore une ruse).

Mais ce n’était pas sur l’Ukraine, sujet sur lequel il est obligé – OTAN oblige – d’intoxiquer le téléspectateur français. Il s’agit du théâtre iranien. On peut le dire, même si ça va faire mal à Moreau, qui en a fait son Gamelin numéro un : Yako a fait un sans faute !

On sent, dans ses attaques en piqué contre Trump et sa politique, puisqu’au final c’est ce dernier qui en endosse la responsabilité – même s’il accuse Graham, Kushner ou Rubio –, que Yako est un déçu du président américain.

Cela se comprend, le 47e POTUS a apporté un vent de fraîcheur antigauchiste pendant sa première année de second mandat, vent qui s’est radouci, puis réchauffé au moment de la crise iranienne.

Il a alors versé dans les pires travers de ses prédécesseurs, ces spécialistes des guerres foireuses, coûteuses en hommes, matériels et niveau de vie. Le seul objectif de l’Amérique, désormais, pour maintenir son rang, c’est de ramener ses ennemis à l’âge de pierre. Et si c’étaient eux, les néandertaliens ?

En espérant que les gardiens du Figaro ne vont pas trop farfouiller, on envoie les saillies les plus remarquables du Yako, qui nous avait vraiment habitués à pire. Comme quoi, rien n’est jamais définitif. Il faut croire en l’homme. D’ailleurs, Yako croit en Dieu, lui qui voulait être missionnaire, avant de devenir soldat.

Yako, branché, passe dans une émission LGBT le 12 mars 2026

Donald Trump a tenu hier sa première adresse officielle sur la guerre d’Iran depuis l’annonce de la mort de Khamenei, il y a un peu plus d’un mois. Pourquoi cette prise de parole ? S’agissait-il de réaffirmer la légitimité de la guerre menée par la coalition israélo-américaine ?

En partie, oui. Mais il y a aussi une contrainte institutionnelle très concrète : le chronomètre tourne. Soixante jours après le 28 février, Trump doit faire entériner la poursuite des opérations par le Congrès, faute de quoi celles-ci s’arrêtent, ce qui serait une première historique. Il est donc rattrapé par les mécanismes constitutionnels américains.
À cela s’ajoute une impopularité croissante. Cette guerre est très mal perçue par l’opinion, elle fragilise les marchés et, depuis son discours, le prix du gallon d’essence a bondi d’un dollar pour atteindre environ quatre dollars. Fait notable : ce sont les États républicains, qui ont voté Trump, qui en souffrent le plus, précisément parce qu’ils taxent moins les carburants. Une hausse du prix brut s’y répercute donc immédiatement sur le consommateur.
Ce sera un problème réel pour Trump à l’approche des midterms en novembre prochain. Mais surtout, je crois que Trump cherche désespérément une sortie. Il a compris que cette guerre ne mène nulle part, sinon à la catastrophe. Ses appels du pied aux Iraniens n’ont aucune chance d’aboutir.

Après cette violente charge sur le politique, Yako embraye sur la partie technique de la guerre.

Il a affirmé que les États-Unis étaient proches de remplir leurs objectifs de guerre. Quels sont-ils exactement, selon vous ?

Ma phrase de synthèse sur l’ensemble de cette campagne : « Avec des victoires comme celles-là, l’Amérique n’a pas besoin de défaites. » Trump se vante d’avoir éliminé plus d’une centaine de responsables iraniens. Mais tuer l’équipe dirigeante ne sert à rien si l’institution survit. C’est oublier la logique darwinienne : les plus résistants prennent la place des disparus, souvent plus déterminés encore. L’Iran se bat toujours, avec une compétence certaine. La première victoire annoncée par Trump est donc fictive.

Deuxième victoire revendiquée : la destruction de l’armée de l’air et de la marine iraniennes. Là encore, le succès est tactique et vide de sens stratégique. Les avions iraniens étaient obsolètes, les navires de guerre sans utilité réelle. La véritable puissance militaire de l’Iran, ce sont les drones et les essaims de petites embarcations capables de menacer tout débarquement amphibie, ainsi que les missiles qui frappent encore régulièrement des bâtiments dans le Golfe. Cette capacité est diminuée mais persistante.

En réalité, Trump a perdu cette guerre. Il croit qu’il peut l’arrêter quand il le décide. C’est faux. Il l’arrêtera quand les Iraniens le décideront. Et même s’il ordonnait un retrait immédiat, les États du Golfe – qu’il a plongés dans le chaos – réclameraient une protection continue. Il serait contraint de revenir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Iraniens ne négocient pas, quoi qu’en dise Trump. Ils le démentent publiquement et sans ambiguïté : ils attendent, convaincus d’avoir déjà gagné. Ce sont eux qui fixeront les termes du cessez-le-feu, et ils en profiteront pour imposer des conditions très dures : réparations, fermeture des bases américaines dans le Golfe. Traduire cela comme une victoire sera compliqué.

Sur l’annonce de Trump de frapper les installations civiles, Yako est encore plus dur avec le maître de la Maison-Blanche.

C’est illégal, immoral, et stratégiquement absurde. Les Iraniens ont d’ailleurs prévenu : toute frappe sur leurs centrales entraînerait des représailles sur les installations de dessalinisation de la rive sud du Golfe. Quarante-cinq millions de personnes pourraient se retrouver sans eau potable en quelques jours. C’est un scénario catastrophe d’une ampleur vertigineuse. J’espère qu’il existe encore des officiers américains capables de dire non. Commettre un crime de guerre en toute connaissance de cause devrait être une limite que même un aviateur de l’US Air Force ne saurait franchir.

Sa conclusion est sans pitié : l’Amérique risque de perdre le Golfe et l’Europe au profit de la Chine.

Les États du Golfe sont en première ligne des frappes iraniennes. Un découplage entre Washington et ces monarchies est-il en train de se préparer ?

Il est déjà en cours. Le grand gagnant de tout cela, c’est la Chine. Quand Trump mettra fin aux opérations, les États du Golfe tireront les conclusions qui s’imposent. Ils reprochent déjà aux Américains de prioriser la défense d’Israël sur la leur, alors que les drones s’abattent sur leur territoire et que les bases américaines sont chez eux.

Ces États vont se tourner vers la Chine, qui récupérera également les Iraniens. Trump lui-même, dans sa dernière stratégie nationale de sécurité, reconnaissait que l’Amérique n’avait pas d’intérêt direct dans la région. Il ira au bout de cette logique et les pays du Golfe vivront sans lui. Exactement comme l’Europe commence à se découpler délibérément de l’Amérique.

On s’excuse par avance d’avoir autant emprunté de cette excellente interview, mais pour une fois que Yako est audible, on ne va pas se gêner. Il termine sur le F-35, cette catastrophe industrielle, la pénurie de missiles côté américain (un tiers du stock de Tomahawk aurait été consommé), sans oublier les bases touchées, les radars et systèmes Thaad explosés. Allez, un dernier paragraphe et après on arrête :

La conséquence la plus grave, c’est l’effet sur la dissuasion globale. Une marine américaine qui n’ose pas s’approcher d’Ormuz, comment ferait-elle face à la Chine près de Taïwan ? Les États-Unis n’arrivent pas à plier l’Iran. Pourquoi Pékin aurait-il peur ? Le mythe de la toute-puissance militaire conventionnelle américaine ne s’est pas effondré, mais il est sérieusement ébranlé et c’est Trump qui en est responsable.

Exactement ce que proclame Youssef Hindi depuis des semaines : Yako lirait-il E&R ?


- Source : E&R

Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )