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Mardi, 19 Mai 2026

Donald Trump envisage devant Xi Jinping de faire marche arrière par Thierry Meyssan

Auteur : Thierry Meyssan | Editeur : Walt | Mardi, 19 Mai 2026 - 16h26

Le G2 USA-Chine n’a pas permis d’annoncer de réponses précises aux conflits en cours, de Taïwan à l’Iran, ni d’aborder des questions comme les droits de douane. Le président Trump, soudain bien élevé, a écouté avec plaisir son homologue Xi, et imaginé ce que pourraient être les relations entre leurs deux pays s’ils ne se faisaient pas la guerre.

La visite du président états-unien Donald Trump en Chine populaire, les 13, 14, et 15 mai 2026, a fait jaillir de profondes contradictions.

D’un point de vue chinois, elle avait pour objectif de s’assurer que Washington respecterait toujours que l’île de Taïwan est bien une province chinoise, pas un État indépendant. Beijing souhaitait aussi s’assurer que son partenaire occidental ne lui couperait pas l’accès à ses matières premières et à ses sources d’énergie, mais le laisserait développer son commerce, via ses routes de la soie.

D’un point de vue états-unien, la visite avait pour but de s’assurer que Beijing n’allait pas lui rafler « l’hémisphère occidental », c’est-à-dire le continent sud-américain. Washington souhaitait également ouvrir le marché chinois à ses entreprises, fortement représentées dans sa délégation.

Le contexte du sommet était particulier : le changement de stratégie globale des États-Unis. Constatant qu’il n’en a pas les moyens et qu’elle ne lui profite pas, le Pentagone a abandonné la doctrine Rumsfeld-Cebrowsky et adopté la « stratégie du déni » d’Elbridge Colby. Il a enlevé le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et pris le contrôle des exportations de pétrole vénézuélien vers la Chine. Puis, il a tenté de faire chuter le régime iranien et de prendre le contrôle de ses exportations de pétrole vers la Chine. Cependant, ce rêve de conquête s’est brisé sur la résistance du peuple iranien.

La question centrale du sommet était donc de savoir quelle stratégie globale les États-Unis pourraient choisir à l’avenir et si elle serait compatible avec celle de la Chine. Washington en a épuisé trois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tandis que Beijing n’en a eu qu’une seule.

Bien entendu, il n’était pas question que le président Donald Trump et son administration répondent cette semaine à cette question, mais uniquement d’évaluer quels seraient les conséquences de son choix lorsqu’il l’aura fait.

Le président Trump, rompant avec sa méthode de cow-boy, l’Art du deal, s’est gardé de toute réflexion qui aurait pu être interprétée dans un sens ou un autre et aurait pu provoquer un incident diplomatique. Il a cessé de poster des messages comme il respire sur son réseau Truth Social. Sa production est tombée, d’une cinquantaine de messages quotidiens avant son arrivée, à quelques brèves réflexions durant les trois jours de son voyage.

Soudain très bien élevé, le président Trump a suivi la coutume chinoise de faire appel au passé commun pour justifier de l’union contemporaine. C’est un jeu d’équilibriste. Par exemple, son éloge de la prestigieuse université Tsinghua où son homologue, Xi Jinping, a poursuivi ses études, était un moyen de rappeler qu’elle fut financée, en 1909, par le président Theodor Roosevelt. Mais il lui fallait éviter de rappeler que c’était après que « l’alliance des huit nations » ait vaincue la « révolte des Boxers » et ait imposé des dommages exorbitants à la dynastie Quing. Peu importe, il s’en est sorti sans incident.

Il n’a pas manqué de rappeler qu’en 1737, Benjamin Franklin publia des extraits de The Morals of Confucius dans son journal The Pennsylvania Gazette, saluant l’importance de la philosophie du sage chinois sur la vertu personnelle. Ou encore que Confucius est représenté sur le fronton oriental de la Cour suprême des États-Unis, à côté de Moïse et de Solon. Bref, Donald Trump se montrait en homme charmant et cultivé, totalement différent du bonimenteur hâbleur qu’il avait été les jours précédents.

Lors du banquet d’État final, dans le grand hall du palais du Peuple, il a porté un toast à ses hôtes, déclarant : « C’était une journée fantastique, et en particulier, je tiens à remercier le président Xi, mon ami, pour ce magnifique accueil (...) et pour nous avoir si gracieusement accueillis lors de cette visite d’État très historique ».

La difficulté était de reconnaître que les deux parties sont égales, sans froisser l’une ou l’autre. S’il est évident que la Chine est plus productrice que les États-Unis, il y a un doute pour savoir lequel des deux États dépasse l’autre au plan militaire. Les armes chinoises semblent meilleures, mais seule l’armée US a une expérience du terrain. Peu importe, les deux chefs d’État ont évité de se placer en compétition et n’ont parlé que de coopération.

Le président Xi Jinping lui a répondu : « Nous pensons tous les deux que la relation Chine-États-Unis est la relation bilatérale la plus importante au monde. Nous devons la faire fonctionner et ne jamais la gâcher. » Et Donald Trump d’ajouter : « Ce moment de l’Histoire offre à nos deux nations une occasion incroyable de faire progresser la paix et la prospérité aux côtés d’autres nations du monde entier ».

Les attentes des chefs d’entreprise états-uniens n’ont pas été comblées par ce sommet. Les décisions économiques furent rares, hormis de méga ventes chinoises de soja et d’autres produits agricoles états-uniens ainsi que la confirmation chinoise d’un accord d’achat à Boeing de 200 avions, bien en dessous des attentes. Il ne semble pas même que le montant des droits de douane ait été abordé. Or, des droits de douane de 10 % s’appliquent toujours sur les importations chinoises aux États-Unis, et même de 50 % sur l’acier et l’aluminium.

Les actions des sociétés de haute technologie chinoises de l’indice CSI 300 (Bourses de Shanghai et Shenzhen) ont marqué un recul de plus de 1 %, signe qu’aucune avancée n’a été réalisée sur le commerce des terres rares et des composantes électroniques. Au demeurant, les entreprises états-uniennes investissent déjà massivement dans l’intelligence artificielle à Taïwan et en Corée du Sud.

Les États de moyenne importance de la région, comme le Japon et la Corée du Sud, qui étaient fort inquiets de ce sommet, ont pu se rasséréner. Ils n’ont pas été sacrifiés lors d’un partage du monde entre les deux grands. Mais le Royaume-Uni et l’Union européenne vont surement s’inquiéter : ils pensaient Donald Trump désormais sur la ligne d’Elbridge Colby, mais il est redevenu, pour trois jours, « jacksonnien ».

Venons-en au fond du problème : le statut de Taïwan. Durant sa révolution et son indépendance, la Chine s’est scindée en deux : le continent dirigé par Mao Zedong et l’île de Taïwan par Tchang Kaï-chek. Au fil des ans, les deux régions se sont développées avec des systèmes économiques et politiques différents. Elles n’en restent pas moins deux parties d’un unique État, la Chine. Leurs populations aspirent à l’unité, comme l’a montré le voyage de la présidente du Kuomintang (le parti de Tchang Kaï-chek) à Beijing, le mois dernier. Mais elles entendent conserver leurs particularités. Les néo-conservateurs, annulant la politique de Richard Nixon et Henry Kissinger, ont réveillé un petit lobby indépendantiste à Taipei, dont fait partie le président de la République. Beijing n’a cessé de mettre en garde contre l’indépendance de l’île qui ressusciterait la guerre civile, tandis que Washington a multiplié les signaux contradictoires.

« Si elles sont bien gérées, les relations bilatérales peuvent maintenir une stabilité globale. Si elles sont mal gérées, les deux pays seront confrontés à une collision ou même à un conflit, poussant toute la relation Chine-États-Unis dans une situation extrêmement dangereuse.
L’indépendance de Taiwan est fondamentalement incompatible avec la paix et la stabilité dans tout le détroit de Taïwan. Maintenir la paix et la stabilité dans tout le détroit de Taïwan est le plus grand facteur de division commun entre la Chine et les États-Unis.
Les États-Unis doivent gérer la question de Taïwan avec la plus grande prudence », a averti le président Xi Jinping.

Le président Donald Trump s’est abstenu de répondre. « Il est possible que les deux parties ne soient pas entièrement d’accord sur la question. Une autre possibilité est que même s’il y a une certaine compréhension tactique, elle ne sera peut-être pas nécessairement écrite », a commenté le colonel Zhou Bo, un expert chinois.

Après son voyage, Donald Trump a déclaré qu’il avait discuté des ventes d’armes à Taïwan avec Xi Jinping et qu’il « se déterminerait » sur la question prochainement. Jusqu’à présent, Washington ne reconnaît pas Taïwan, mais lui vend des armes. Un lot de 18 milliards de dollars est en attente de l’approbation de la Maison-Blanche. Si le président Trump validait ce transfert tout en le réduisant, ce serait un geste de sa bonne volonté. Il ne peut toutefois pas s’y opposer sans déclencher les foudres du Congrès.

Quoi qu’il en soit, la décision de la Maison-Blanche sur les ventes d’armes à Taïwan sera le premier signe de son choix stratégique. La suite du conflit dans le golfe persique pourra peut-être en être déduit.

Des désaccords majeurs — comme le déploiement militaire US en Asie-Pacifique — persisteront. Mais Beijing et Washington pourraient poursuivre leur coopération en matière de commerce non sensible et de sécurité de l’IA.

Le président russe, Vladimir Poutine, se rendra cette semaine à Beijing. Il s’agira d’une visite de routine, prévue de longue date et sans protocole. Il échangera avec le président Xi sur leur stratégie commune face aux États-Unis. Il semble qu’il ait déjà conclu avec Washington la paix en Europe orientale et balkanique. Il vient d’obtenir, de son partenaire US, la démission de Christian Schmidt, le haut-commissaire allemand de l’Union européenne, qui préparait la guerre en Bosnie-Herzégovine.

Cet article fait suite à :

1- « Le schisme qui oppose le Pentagone au Vatican », 21 avril 2026.
2- « Donald Trump prend acte des limites du jacksonnisme », 28 avril 2026.


- Source : Réseau Voltaire

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