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Lundi, 28 Nov. 2022

Poutine à Macron: “Désolé mon bavard mais maintenant j’ai hockey!”

Auteur : Le Courrier des Stratèges | Editeur : Walt | Mardi, 28 Juin 2022 - 19h34

Le Temps retranscrit un extrait d’entretien entre Macron et Poutine à quatre jours du déclenchement de la guerre. On ne peut qu’être frappé par le manque de sérieux et de compréhension des enjeux de la partie française. 

“Emmanuel Macron:

Depuis notre dernière conversation, les tensions ne cessent de croître et tu sais mon engagement et ma détermination à poursuivre le dialogue. Je voudrais que tu me donnes d’abord ta lecture de la situation et peut-être de manière assez directe comme on le fait tous les deux me dire quelles sont tes intentions. Et puis après, je voulais essayer de voir s’il y avait encore des actions utiles à conduire et te faire quelques propositions”.

On dirait un étudiant de Sciences Po lors d’une simulation du club Diplomatie. Poutine, lui, rentre tout de suite dans le vif du sujet (c’est moi qui souligne): 

“Vladimir Poutine:

Que pourrais-je dire? Tu vois toi-même ce qu’il se passe. Toi et le chancelier Scholz vous m’avez dit que Zelenski était prêt à faire un geste, qu’il avait préparé un projet de loi pour mettre en œuvre les Accords de Minsk. […] En fait, notre cher collègue, M. Zelenski, ne fait rien. Il vous ment. […] Je ne sais pas si tu as entendu hier sa déclaration où il dit que l’Ukraine doit accéder à l’arme atomique“.

A ce moment, la transcription indique une intervention en arrière-plan d’un participant français à la conférence téléphonique:

(Le conseiller diplomatique Emmanuel Bonne: «Mais non, n’importe quoi».)

Incompétence ou mauvaise foi du conseiller diplomatique, ancien ambassadeur au Liban et ancien dirrecteur de cabinet de Jean-Yves Le Drian? Sans doute les deux! On se souvient en effet que Zelenski avait menacé, la veille, lors d’un discours à Munich, de sortir de l’accord de Budapest (par lequel l’Ukraine ( comme la Biélorussie et le Kazakhstan) avait renoncé à l’arme nucléaire en 1994. Nous avions souligné, dès nos premiers bulletins que ce discours avait été la provocation de trop, à laquelle la Russie était obligé de répondre. 

Les faits sont là mais le zozo qui sert de “conseille diplo” au Président se permet de commenter avec désinvolture, morgue et vulgarité les propos du président russe. Au fond, toute la Macronie est résumée dans cette anecdote. 

Poutine n’a même pas fait attention, il continue: “J’ai aussi entendu tes commentaires lors de la conférence de presse à Kiev le 8 février dernier. Tu as dit qu’il faut réviser les Accords de Minsk, je cite, «pour qu’ils soient applicables».

Là, on commence à s’amuser. C’est panique à bord chez les Français qui assistent à l’entretien: on hésite entre la mauvaise foi et la panique….

(Les conseillers de Macron: «Non, il n’a pas dit cela», «Je vais lui dire de ne pas rentrer dans une discussion de détail avec lui.»).

Emmanuel Macron va lui choisir l’agressivité: 

“Emmanuel Macron:

Vladimir, d’abord une chose, je n’ai jamais dit qu’il fallait réviser les Accords de Minsk. Je ne l’ai jamais dit ni à Berlin, ni à Kiev, ni à Paris. J’ai dit qu’il fallait les appliquer, qu’il fallait justement respecter les choses et je n’ai pas la même lecture que toi des derniers jours.

Vladimir Poutine:

Ecoute Emmanuel, je ne comprends pas votre problème avec les séparatistes. Eux au moins ont fait tout ce qu’il fallait, sous notre insistance, pour ouvrir un dialogue constructif avec les autorités ukrainiennes.

Emmanuel Macron:

Par rapport à ce que tu as dit, Vladimir, plusieurs remarques: première chose, les Accords de Minsk, ce sont un dialogue avec vous, tu as totalement raison. Dans ce contexte-là, il n’est pas prévu que la base de la discussion soit un texte soumis par les séparatistes. Et donc, quand ton négociateur essaie d’imposer aux Ukrainiens de discuter sur la base de feuilles de route des séparatistes, il n’est pas respectueux des Accords de Minsk. Ce ne sont pas des séparatistes qui vont faire des propositions sur les lois ukrainiennes!”

Même question que pour Emmanuel Bonne? Le président français est-il incompétent ou de mauvaise foi? Les Accords de Minsk sont un accord entre le gouvernement de Kiev et les républiques autonomes du Donbass, destiné à éviter l’éclatement de l’Ukraine. La France et l’Allemagne ont pris l’engagement de faire respecter les accords par le gouvernement central ukrainien. Et la Russie a le même rôle pour les Républiques du Donbass – dont elle a refusé de reconnaître l’indépendance ou le désir de rattachement avec la Russie en 2014. Il est donc normal que les républiques de Lougansk et Donetsk aient fait des propositions. 

Vladimir Poutine:

Bien entendu, nous avons une lecture tout à fait différente de la situation. Lors de notre dernier entretien, je t’ai rappelé et même lu les articles 9, 11 et 12 des Accords de Minsk.

Emmanuel Macron:

Je les ai sous les yeux! Il est bien écrit que le gouvernement de l’Ukraine – paragraphe 9, etc. – propose, et que c’est en consultation et en accord avec les représentants de certains arrondissements des régions de Donetsk et Lougansk, dans le cadre du groupe de contact tripartite. C’est exactement ce qu’on propose de faire. Donc je ne sais pas où ton juriste a appris le droit (une conseillère sourit). Moi, je regarde juste les textes et j’essaie de les appliquer! Et je ne sais pas quel juriste pourra te dire que dans un pays souverain, les textes de loi sont proposés par des groupes séparatistes et pas par les autorités démocratiquement élues.”

Pour parler comme Macron, on se sait pas où il a appris la diplomatie, lui. Rappelons-nous que l’on est dans une phase d’extrême tension et il jette de l’huile sur le feu avec le président russe. En ergotant comme s’il était dans un dîner parisien. 

Poutine se maîtrise alors qu’on imagine qu’il aurait toute raison de mettre fin à l’entretien. Et il donne une petite leçon d’histoire et de savoir-vivre diplomatique au petit marquis: 

“Vladimir Poutine:

(Ton ferme et agacé) Ce n’est pas un gouvernement démocratiquement élu. Ils ont accédé au pouvoir par un coup d’Etat, il y a eu des gens brûlés vifs, c’était un bain de sang et Zelenski est l’un des responsables.

Ecoute-moi bien: le principe du dialogue est de prendre en compte les intérêts de l’autre partie. Les propositions existent, les séparatistes, comme tu les appelles, les ont transmises aux Ukrainiens mais ils n’ont reçu aucune réponse. Où est le dialogue?”

La réponse suivante confirme que l’intelligence d’Emmanuel Macron est très surestimée. Intellect, bien entendu, mais aussi intelligence des situations. 

“Emmanuel Macron:

Mais parce que, comme je viens de te le dire, on s’en fout des propositions des séparatistes. Ce qu’on leur demande, c’est de réagir aux textes des Ukrainiens et il faut faire les choses dans ce sens-là parce que c’est la loi! Ce que tu viens de dire met en doute, quelque part, ta propre volonté de respecter les Accords de Minsk, si tu juges que tu as face à toi des autorités non légitimes et terroristes“.

A partir du moment où Emmanuel Macron était, apparemment, prêt à défendre le coup d’Etat de Maïdan, les guerres du Donbass et le comportement des Kiéviens, comment le président français a-t-il pu jamais prétendre servir de médiateur? C’est ce que lui fait comprendre Poutine: 

“Vladimir Poutine:

(Toujours très agacé) Ecoute-moi bien. Tu m’entends? Je te le redis, les séparatistes, comme tu les appelles, ont réagi aux propositions des autorités ukrainiennes. Ils ont répondu mais ces mêmes autorités n’ont pas donné suite“.

Une des règles de la négociation, c’est qu’on ne prend aucune position dont on ne soit en mesure de défendre un pourcentage que l’on a préalablement défini. Là c’est capitualtion de Macron en rase campagne: “OK, OK, OK, t’énerve pas comme ça, Vlad! Je retire“. Exagéré? Lisez!

“Emmanuel Macron:

Alors ok: sur la base de leur réponse aux textes des Ukrainiens, ce que je te propose, c’est qu’on exige de toutes les parties une réunion dans le cadre du groupe de contact pour continuer à avancer. On peut dès demain demander que ce travail soit fait et exiger de toutes les parties prenantes qu’il n’y ait pas une politique de la chaise vide. Or, les deux derniers jours, les séparatistes n’ont pas voulu se prêter à cette discussion. Moi, je vais dans la foulée exiger cela de Zelenski. Est-ce qu’on est d’accord là-dessus? Si on est d’accord, je le lance et j’exige une réunion dès demain”.

La répétition du terme “exiger” est suspecte, elle cache une immense faiblesse….C’est ce que Poutine ne se prive pas de faire comprendre: 

“Vladimir Poutine:

Donc pour être bien d’accord, dès qu’on aura raccroché, j’étudierai ces propositions. Mais dès le début, il aurait fallu faire pression sur les Ukrainiens, mais personne n’a voulu le faire.

Emmanuel Macron:

Mais si, moi je fais le maximum pour les pousser, tu le sais bien.

Vladimir Poutine:

Je sais mais malheureusement ce n’est pas efficace.

Emmanuel Macron:

J’ai besoin que tu m’aides un peu (malicieux). La situation sur la ligne de contact est très tendue. J’ai vraiment appelé hier Zelenski au calme. Je vais lui redire, calmer tout le monde, calmer dans les réseaux sociaux, calmer les forces armées ukrainiennes. Mais ce que je vois aussi, c’est que tu peux vraiment appeler à calmer tes forces armées pré-positionnées. Il y a eu beaucoup de bombardements hier. Si on veut donner une chance au dialogue, il faut calmer le jeu dans la région. Comment vois-tu l’évolution des exercices militaires?”

Après “exiger”, il est passer à “calmer”. Quelle agitation en face du très calme président russe! Ici encore, je ne peux que recommander de lire le très bon livre de Jacques Baud, Poutine, maître du jeu?. On y verra par exemple que les tirs des troupes des républiques du Donbass dont parle Macron sont une réponse au début d’une nouvelle attaque kiévienne, qui a commencé le 16 janvier – le jour où les Américains annonçaient une attaque russe! 

“Vladimir Poutine:

Les exercices se déroulent selon le plan prévu.

Emmanuel Macron:

Donc ils se terminent ce soir, c’est ça?

Vladimir Poutine:

Oui, probablement ce soir, et nous allons certainement laisser une présence militaire à la frontière tant que la situation dans le Donbass ne sera pas calmée. La discussion sera prise en consultation avec les ministères de la défense et des affaires étrangères.

Emmanuel Macron:

D’accord. Vladimir, je te le dis très sincèrement, pour moi, remettre les discussions dans le bon cadre et éviter les tensions est un préalable absolu. Et moi, ce qui m’importe – et je te le demande vraiment –, c’est qu’on maîtrise la situation. Ça, c’est le premier pilier. Et je compte beaucoup sur toi. Ne cède pas aux provocations quelles qu’elles soient dans les heures et les jours qui viennent“.

Emmanuel Macron n’est pas sur la même planète que Vladimir Poutine! Pour ce dernier, la menace de Zelenski de déchirer les accords de Budapest est une réalité. Macron se grise de mots et voudrait que tous les autres fassent comme lui: 

“Je voulais très concrètement te faire deux propositions. La première, organiser une rencontre dans les tout prochains jours à Genève entre toi et le président Biden. Je lui ai parlé vendredi soir, je lui ai demandé si je pouvais te faire cette proposition. Il m’a dit de te dire qu’il y était prêt. Le président Biden a aussi réfléchi sur les manières de désescalader de façon crédible la situation, prendre en compte tes demandes et aborder très clairement la question de l’OTAN et de l’Ukraine. Dis-moi la date qui te convient”.

Le président russe finit en diplomate, après que les promesses maintes fois non tenues par le président français ont été réitérées: 

“Vladimir Poutine:

Merci beaucoup Emmanuel. C’est toujours un grand plaisir et un grand honneur de m’entretenir avec vos homologues européens ainsi qu’avec les Etats-Unis. Et j’ai toujours beaucoup de plaisir à dialoguer avec toi parce que nous sommes dans une relation de confiance. Donc, Emmanuel, je te propose d’inverser les choses. Avant toute chose, il faut préparer cette réunion en amont. Ce n’est qu’après que nous pourrons parler parce que si on vient comme cela, pour parler de tout et de rien, on va encore nous le reprocher“.

Apparemment la leçon n’est pas comprise par Macron. Poutine vient de lui dire: j’entends des mots, des mots. Mais jamais rien ne vient. Mais le président français défend son “plan com”: 

“Emmanuel Macron:

Mais est-ce qu’on peut se dire aujourd’hui, là, à l’issue de ces discussions, qu’on est d’accord sur le principe? Je voudrais une réponse claire de ta part là-dessus. Je comprends ta réticence sur une date mais est-ce que tu es prêt à avancer et à dire aujourd’hui «Je souhaite une réunion à deux avec les Américains, puis élargie aux Européens» ou pas? (conseillère: «Voilà.»)”

De diplomatie lasse: 

“Vladimir Poutine:

C’est une proposition qui mérite d’être prise en compte et si tu veux qu’on soit bien aligné sur la façon de la formuler, je te propose de demander à nos conseillers de s’appeler pour se mettre d’accord […] mais sache que sur le principe, je suis d’accord”.

On comprend que les Russes aient forgé le verbe “Makronit”, pour dire “appeler au téléphone à n’importe quelle heure sans motif précis”. Le bavard de l’Elysée n’arrive pas à…raccrocher. 

“Emmanuel Macron:

Très bien, tu me confirmes que tu es d’accord sur le principe. Je propose que nos équipes […] essaient de parachever un texte conjoint, une sorte de communiqué à l’issue de ce call“.

Alors Poutine couronne ce dialogue inutile par deux traits d’humour qui ont dû passer au-dessus de la tête des interlocuteurs français. D’une part, il explique “Théoriquement, Manu, j’ai hockey, maintenant”: 

“Vladimir Poutine:

Pour ne rien te cacher, je voulais aller jouer au hockey sur glace parce que là je te parle depuis la salle de sport avant d’entamer des exercices physiques. Je vais d’abord appeler mes conseillers.

Emmanuel Macron:

Merci en tout cas Vladimir. On reste en contact en temps réel. Dès qu’il y a quelque chose, tu m’appelles”.

Et puis, pour finir, la gentille leçon au mec sans manières qu’il a en face de lui: à quoi sert de se tutoyer quand on n’a aucune complicité de fait?  

“Vladimir Poutine:

Je vous remercie Monsieur le président (en français)”.

Poutine, qui ne fait rien par hasard, renvoie Macron à une époque où le français était la langue de la diplomatie et où la France était admirée pour son respect des formes.

Le duc de Richelieu (1766-1822), gouverneur de la Nouvelle Russie de 1803 à 1814, a sa statue à Odessa face au port


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