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Mardi, 24 Mars 2026

La Cour des comptes épingle le coût colossal des énergies intermittentes

Auteur : Mickaël Lelièvre | Editeur : Walt | Mardi, 24 Mars 2026 - 14h08

Les essentiels de cette actualité

  • La PPE3 a été promulguée le 12 février 2026 malgré un rejet massif des experts et élus. Les rapports accablants n’ont été publiés qu’ensuite, comme si l’ordre des choses avait été soigneusement orchestré.
  • La Cour des comptes documente des sur-rémunérations, un contrôle insuffisant et des sanctions quasi-inexistantes envers les producteurs d’énergies renouvelables. Un réquisitoire formulé dans la langue feutrée des institutions.
  • La France est déjà en surproduction électrique. Développer massivement éoliennes et panneaux solaires dans ce contexte ne répond à aucun besoin réel — seulement à une doctrine, dont le coût dépasse les 37 milliards d’euros.
  • Un rapport interne d’EDF sur les coûts cachés du nucléaire modulé a été retardé puis amputé d’un chapitre entier par le gouvernement, avant la signature du décret. Ce que contenait ce chapitre supprimé est édifiant.
  • Les factures d’électricité des Français ont déjà doublé en dix ans. La PPE3 pourrait les doubler à nouveau dans la prochaine décennie — non par catastrophisme, mais par simple arithmétique budgétaire.

Il y a, dans la manière dont a été conduite la politique énergétique française ces dernières années, quelque chose qui ressemble à une méthode : publier les mauvaises nouvelles après les décisions irréversibles. Le décret instaurant la PPE3, la Programmation pluriannuelle de l’énergie, a été promulgué le 12 février 2026, alors même qu’il faisait l’objet d’un rejet large parmi les spécialistes, les professionnels du secteur et une majorité de responsables politiques. Ce n’est qu’ensuite que les rapports accablants ont commencé à paraître. Comme par hasard.

La Cour des comptes a publié le 18 mars dernier une analyse fouillée du soutien public accordé aux énergies renouvelables. Elle y documente des « sur-rémunérations », un « contrôle insuffisant des producteurs » et des « sanctions quasi-inexistantes ». En d’autres termes, l’argent public a coulé à flots vers des opérateurs peu surveillés, dans le cadre d’une politique que personne n’avait de mandat clair pour imposer. Ce constat, formulé dans la langue feutrée des institutions, est en réalité un réquisitoire.

Une surproduction que l’on subventionne quand même

Le paradoxe central de la PPE3 tient en une phrase : elle développe massivement les capacités de production électrique d’un pays qui est déjà en situation de surproduction. Construire davantage d’éoliennes et de panneaux solaires dans ce contexte n’a aucune justification en matière de sécurité d’approvisionnement. Ce développement ne répond pas à un besoin énergétique identifié. Il répond à une doctrine.

Et cette doctrine coûte cher. Le raccordement des seules éoliennes en mer au réseau de distribution géré par RTE atteint 37 milliards d’euros. À cela s’ajoutent les coûts indirects, moins visibles mais tout aussi réels : ceux que fait peser la priorité accordée aux énergies intermittentes sur le fonctionnement de nos centrales nucléaires.

Le mécanisme est le suivant : lorsque le soleil brille ou que le vent souffle, la loi impose de consommer en priorité l’électricité produite par les panneaux et les éoliennes. Le nucléaire doit alors réduire sa production, puis la relancer, ce que les techniciens appellent la « modulation ». Or ce fonctionnement en dents de scie est une utilisation anormale des réacteurs. Il provoque une usure accélérée de certains composants et génère des surcoûts d’entretien significatifs. Ce n’est pas une hypothèse : c’est ce que concluait le rapport interne d’EDF, dont le gouvernement a retardé la publication jusqu’après la promulgation du décret PPE3, et dont il a supprimé le chapitre consacré précisément aux coûts.

« Sur-rémunérations », « contrôle insuffisant des producteurs », « sanctions quasi-inexistantes » Cour des comptes, rapport sur le soutien aux énergies renouvelables, mars 2026.

La Cour des comptes, dans son propre rapport, note par ailleurs « un transfert de la contrainte budgétaire infra-annuelle aux dépens de la trésorerie d’EDF », entreprise déjà lourdement endettée. Autrement dit, on fait payer EDF pour financer une politique qui dégrade ses propres outils de production. Le tout au nom de la transition énergétique.

Une facture qui, in fine, arrive chez les Français

Ces surcoûts ne restent pas abstraits. Ils se répercutent mécaniquement sur les factures d’électricité des ménages, qui ont déjà doublé sur la dernière décennie. Et les trajectoires inscrites dans la PPE3 indiquent qu’elles pourraient doubler à nouveau dans les 10 années à venir. Ce n’est pas une projection catastrophiste : c’est la conséquence arithmétique d’une politique qui empile les dépenses sans les justifier par un besoin réel.

Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d’EDF, et Thierry Tuot, ancien conseiller d’État et ancien directeur général de la Commission de régulation de l’énergie, achèvent actuellement un rapport d’audit sur les coûts de modulation. Sa publication est annoncée pour ce printemps. On peut parier qu’il sera, lui aussi, accablant. Et on peut craindre qu’il arrive, lui aussi, trop tard pour changer quoi que ce soit.

Car c’est peut-être là le cœur du problème. La Cour des comptes formule 8 recommandations pour corriger les abus les plus manifestes qu’elle a constatés. Ces recommandations sont sans doute techniquement pertinentes. Mais elles présupposent que la politique en cause mérite d’être corrigée à la marge, et non remise en cause dans son principe. Or si le développement des énergies intermittentes est inutile parce que nous surproduisons déjà, si les subventions sont injustifiées parce que le marché ne les réclame pas, si les coûts induits dégradent notre principal outil de production d’électricité décarbonée, alors la question n’est pas de savoir comment mieux encadrer les sur-rémunérations. La question est de savoir pourquoi cette politique existe.

Sébastien Lecornu, Premier ministre, n’a pas jugé utile de s’arrêter sur ces questions. Le décret a été signé. Les milliards continueront de couler. Et les Français paieront, deux fois : une première fois comme contribuables, finançant des subventions sans contrôle réel ; une seconde fois comme consommateurs, sur leurs factures d’électricité. L’inutile, quelle que soit sa forme, a toujours un prix. En matière d’énergie, ce prix est simplement en train de devenir insupportable.


- Source : Planetes360

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