L’Ordre des médecins dans le viseur : luxe, impunité et scandales
L'institution censée garantir la probité du corps médical semble bien souffrir elle-même d'une grave pathologie non seulement financière, mais aussi éthique. Dans une récente enquête, Le Canard enchaîné a mis en lumière les conclusions accablantes d'un prérapport confidentiel de 1 500 pages de l'Inspection générale des finances (IGF), ciblant le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) et plusieurs de ses antennes locales. Comme le cite le journal satirique, le document révèle une « organisation plus disposée à soigner ses membres que les patients ». Ce « check-up au vitriol » détaille un train de vie hors de contrôle : « Villa niçoise de 1200 m2 avec piscine, notes astronomiques de restos, de champagne et de taxis… », auxquels s'ajoutent des indemnités généreuses et des achats immodérés en vins de Bordeaux. Face à ce faste, l'IGF dresse le constat d'une gestion lourdement « émaillée d'irrégularités ».
Notes de taxis faramineuses, achat d'une villa sur la Riviera, indemnités ultra généreuses pour les dirigeants… Le Conseil de l’Ordre des médecins est complètement malade de la dépense, selon un rapport confidentiel sur lequel "Le Canard" a mis la palme https://t.co/mb7MW3yYjB
— Laurent Mucchielli (@LMucchielli) March 19, 2026
Cependant, le scandale dépasse largement le cadre des largesses financières. Les journalistes du Canard pointent des défaillances béantes dans la mission protectrice de l'Ordre. Le rapport de l'IGF estime en effet que « le traitement des signalements et des plaintes (...) ne permet pas de garantir que les manquements déontologiques soient effectivement sanctionnés ». Plus choquant encore, il a été révélé que des praticiens définitivement condamnés par la justice pour des agressions sexuelles ou le visionnage d'images pédopornographiques n'auraient jamais été sanctionnés par l'institution. Face à la gravité de ces dysfonctionnements, le ministère de la Santé a dû publiquement promettre d'en tirer les conséquences, et l'IGF est allée jusqu'à suggérer la dissolution de l'antenne parisienne de l'Ordre.
Le plus inquiétant reste la nature profondément chronique de ces dérives, qui font écho à de précédents avertissements restés lettre morte. Déjà en 2019, comme le relatait France Info à l'époque, Le Canard enchaîné s'était fait l'écho de « révélations dérangeantes » issues d'un rapport de la Cour des comptes. Les Sages de la rue Cambon épinglaient alors des comptes « incomplets et insincères », des indemnités indûment perçues, et dénonçaient déjà la grande mansuétude de l'Ordre face aux agressions sexuelles, sanctionnées bien trop tardivement. Sept ans plus tard, malgré les promesses de remise en ordre formulées en 2019, la rechute de 2026 prouve que l'Ordre des médecins, pourtant garant de la déontologie, est toujours incapable de s'appliquer à lui-même la rigueur qu'il exige de ses praticiens.
Il est toutefois regrettable que le Canard soit boiteux au point de ne pas rappeler le mal que l'Ordre a pu faire à ceux qui ont souhaité soigner, informer, et écouter durant le Covid, et qui, pour cela, ont été poursuivis, radiés, persécutés, au nom d'une doxa plus qu'affairiste, et que l'on sait aujourd'hui mensongère.
Soigner semble être devenu un gros mot pour cet "Ordre" qui a oublié ce qui était "gravé" dans son serment : Primum non nocere.
- Source : France-Soir







