Mercosur : le Paraguay ratifie, Paris encaisse sans réagir
La ratification par le Paraguay de l’accord de libre-échange UE-Mercosur marque une étape décisive après 25 ans de négociations. Tandis que Bruxelles accélère, Paris dénonce une menace pour son agriculture. Ce bras de fer illustre avant tout l'incohérence de la position française.
Alors qu'Asunción célèbre l'ouverture d'un marché de 700 millions de consommateurs, Paris s'agite dans une posture de résistance de plus en plus illusoire face au rouleau compresseur de la Commission. En effet, la présidente de la Commission européenne a déjà programmé une application provisoire du traité, contournant de facto l'opposition française. Une nouvelle illustration de l'impuissance nationale.
Le compte à rebours sud-américain achevé
C'est fait. La Chambre des députés paraguayenne a voté mardi à l'unanimité la ratification de l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur. Avec ce vote, les quatre membres fondateurs du bloc sud-américain – Brésil, Argentine, Uruguay et désormais Paraguay – ont bouclé leur processus parlementaire. Le traité, signé en janvier à Asunción après vingt-cinq années de négociations, entre dans sa phase décisive.
Le député Juan Manuel Añazco n'a pas caché sa satisfaction : 93 % des exportations du Mercosur échapperont désormais aux droits de douane européens. Pour le président paraguayen Santiago Peña, l'enjeu dépasse le simple cadre commercial : dans un monde fragmenté, cette alliance envoie « un signal très important ». L'ensemble représentera 30 % du PIB mondial et plus de 700 millions de consommateurs.
Bruxelles impose, Paris encaisse sans réagir
Côté européen, l'heure n'est plus à la négociation mais à l'application. Fin février, Ursula von der Leyen a annoncé une mise en œuvre provisoire de l'accord, court-circuitant le débat qui agitait le Parlement européen, dont plusieurs élus avaient saisi la justice pour vérifier la conformité du texte avec les traités. La France, elle, continue de dénoncer une menace pour ses agriculteurs, craignant l'afflux de viande bovine, volailles et soja produits avec des normes environnementales moins contraignantes.
Cette opposition, pourtant, relève désormais du symbole. Le mécanisme du « split » – qui permet une application partielle en attendant la ratification complète par tous les États membres – offre à la Commission un levier imparable.
La France peut bien gémir, ses agriculteurs subiront la concurrence des importations sud-américaines sans que Paris n'ait jamais eu le courage de poser la seule question qui fâche. Entre dépendance structurelle et contestation tardive, Paris semble moins arbitrer qu’accompagner une décision déjà prise ailleurs.
La comédie de l'impuissance
Nos élites jouent une pièce bien rodée : elles votent des résolutions, réclament des clauses de sauvegarde, exigent des mesures de réciprocité. Pendant ce temps, Bruxelles avance, les produits sud-américains se préparent à traverser l'Atlantique. La France, jadis moteur de la construction européenne, suit la meute.
Le dilemme est pourtant clair : ou l'on accepte la logique du libre-échange tel que Bruxelles le conçoit, ou l'on recouvre sa souveraineté pour protéger ce que l'on juge essentiel. Voter contre le Mercosur sans sortir de l'UE, c'est exiger la fin de la pluie tout en restant sous l'orage. Une posture confortable pour la classe politique, qui transforme la défaite annoncée de nos agriculteurs en simple péripétie diplomatique.
Le Mercosur n'est pas l'assassin de notre agriculture, il n'est que l'arme du crime ; le véritable responsable est l'abdication de notre autonomie stratégique au profit d'une technocratie qui a choisi son camp : celui du grand large et du négoce, au détriment de l'enracinement et de la production nationale.
- Source : Le Courrier des Stratèges












