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Mardi, 17 Févr. 2026

La bombe française en libre-service ?

Auteur : Général (2s) Roland Dubois | Editeur : Walt | Mardi, 17 Févr. 2026 - 16h13

Cette semaine, à Munich, Emmanuel Macron a entamé des discussions avec l'Allemagne sur le partage de la dissuasion.

Emmanuel Macron, une fois de plus, offre d’étendre la dissuasion nucléaire française à d’autre pays européens - à l’Allemagne, en particulier. Le chancelier allemand, intéressé, vient de déclarer : « J'ai commencé les premières discussions avec le Président français Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne. »

Voilà un Président, en fin de parcours, discrédité, qui, sans accord ni même avis de la représentation nationale, dispose ainsi du recours ultime de la nation en cas de menace majeure ! Mais il nous rassure en disant que le doigt sur le bouton restera français. Qui peut accorder crédit à de telles extravagances ?

Qui peut croire que nous risquerons Paris pour Berlin ?

Si le général de Gaulle a décidé de créer la force nucléaire, c’est que, déjà, à l’époque, la crédibilité du parapluie nucléaire américain devenait incertaine dès lors que l’URSS développait en regard une force nucléaire équivalente. On pouvait s’interroger. Les USA risqueraient-ils New York pour Paris ? Le doute installé augmentait avec le temps. Ce qui valait alors pour la France et les USA ne serait-il aujourd’hui plus valable pour l’Allemagne et la France ? Qui peut croire que nous risquerons Paris pour Berlin ?

Tout ça, les Allemands le savent. Alors, qu’est ce qui explique l’attitude du chancelier ? Les Allemands, lancés dans la constitution d’une armée puissante (170 milliards dans trois ans pour la défense, contre 67 pour nous), savent que leur panoplie restera incomplète sans une dissuasion nucléaire. Ils ont évidemment tout ce qui est nécessaire pour créer une force de dissuasion : ressources financières, capacités scientifique, technologique et industrielle. Mais ils craignent (à juste titre à mon avis) les réactions des opinions publiques européennes chez lesquelles n’est pas tout à fait morte la crainte de la résurgence d’une suprématie germanique agressive. En outre, il leur faut du temps, même si je doute qu’ils n’aient pas déjà, en sous-main, amorcé les études « de laboratoire » y préparant. Alors, devant ces soucis, l’acceptation apparemment soumise de l’offre « macroniste » peut être intéressante.

Même peu crédible, l’offre française, c’est mieux que rien - en attendant. Et, une fois que les esprits auront associé Allemagne et atome sans que ça émeuve trop, il leur sera plus facile de faire accepter comme normal qu’ils disposent eux aussi de cette arme ; surtout si, comme c’est prévisible, les discussions traînent en longueur entre eux et nous et n’aboutissent à rien. Ils pourront toujours plaider la nécessité imposée malgré leur bonne volonté.

Pour tout dire, je pense que c’est le souci du « qu’en dira t-on » qui les a retenus jusqu’ici. M. Macron leur offre une occasion.

Faut-il s'inquiéter ?

Maintenant, sur le fond, faut-il s’en inquiéter ? À l’horizon visible, je ne le pense pas. L’Allemagne est un état démocratique, encore marqué par le désastre et les abominations du Troisième Reich, et dont l’intégration européenne pacifique n’est pas douteuse. Nous aurions tort de les regarder comme ceux d’où peut venir tout le mal simplement parce qu’ils sont meilleurs que nous, comme nous avons déjà tendance à le faire maintenant. Il y a 80 ans, ils étaient écrasés, toutes leurs villes en ruine, avec une population masculine décimée. Sans avoir plus de pétrole que nous, ils se sont hissés à la première place en Europe. Serait-ce parce qu’ils sont plus sérieux, plus travailleurs, plus disciplinés ?

Nous devrions prendre exemple pour ne pas prendre le risque d’être de perpétuels seconds en Europe. Je pense que l’Allemagne aura, un jour prochain, l’arme nucléaire ; à côté d’une puissante armée classique. Parce qu’elle en a les moyens et est plus proche que nous de la menace russe, qui est la seule qui compte en Europe actuellement.

Et aussi, simplement, parce que le risque nucléaire ne se partage pas, contrairement à ce que les divagations actuelles sur le sujet peuvent laisser croire, et qu’on ne peut pas compter sur le voisin pour se protéger à ce niveau-là.


- Source : Boulevard Voltaire

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