La gifle islandaise : 82,5 % de participation pour dire NON à l'UE
Samedi, les Islandais ont répondu à une question simple : "L'Islande doit-elle rouvrir les négociations d'adhésion avec l'Union européenne ? " Dimanche, le décompte de la télévision publique RÚV a tranché. 52,8 % de non, 47,2 % de oui et une participation record de 82,5 %. Le gouvernement de Kristrún Frostadóttir, pourtant favorable au oui, a promis de s'incliner jusqu'à la fin de son mandat, en 2028.
Cinq points d'écart tout de même, on a connu pire chez nous... parfois même taxé de plébiscite. Bref, Reykjavik a dit oui, le nord-ouest, le nord-est et le sud ont dit non, parfois à plus de 60 %. La pêche a pesé plus lourd que les discours sur l'Arctique. RFI le rappelait à la veille du scrutin, 90 % des entreprises du secteur s'opposaient à une adhésion. L'île vend déjà presque tout ce qu'elle produit dans le marché unique, via l'Espace économique européen. Elle est dans Schengen, elle n'a pas d'armée et n'a pas non plus, pour une majorité d'électeurs, envie de céder la clé de ses eaux.
L'élargissement est encore présenté comme l'affaire des pays pauvres, ou des États en guerre, et la file d'attente actuelle donne clairement prise à cette lecture. Ukraine, Moldavie, Albanie, Monténégro, Les Echos décrivaient en juillet un "super mardi" de l'élargissement, quatre candidats poussés d'un même mouvement. Podgorica vise 2028. Kiev et Chisinau avancent au nom de la survie autant que du PIB.
Mais l'Islande casse le décor. Quatre cent mille habitants, un niveau de vie parmi les plus élevés d'Europe, une candidature déposée en 2009 après le krach bancaire, puis gelée en 2013. Bruxelles n'a plus accueilli de pays riche depuis 1995. Une adhésion islandaise aurait servi de vitrine mais son peuple n'a pas voulu poser pour la photo de classe.
L'adhésion se joue-t-elle aujourd'hui davantage sur la politique extérieure que sur l'économie ? Sur le papier, l'hypothèse tient. En mars, Politico titrait "Weapons not wealth", l'attrait a basculé de la prospérité vers la sécurité. Marta Kos y affirmait qu'un siège à la table offrait aussi davantage de sécurité et de protection, si l'argument a circulé à Reykjavik, autour de l'Ukraine et des menaces américaines sur le Groenland, il n'a pas suffi...
Le parallèle français revient, et il pique un peu, le 29 mai 2005, 54,67 % des votants avaient rejeté le traité constitutionnel, contre 45,33 % de oui avec cette fois une participation de 69,37 %. Les élites poussaient, le pays a dir non, et moins de trois ans plus tard, sous Nicolas Sarkozy, le traité de Lisbonne, qui en reprenait l'essentiel sous un autre nom, a été ratifié par le Parlement, sans nouveau référendum. Après le non de 2005, le gouvernement français avait décidé de ne pas proposer de nouveau référendum.
Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe, a parlé d'un "choix souverain". La différence est définitivement là, Reykjavik est encore en démocratie. Paris ne l'est plus et depuis longtemps.
- Source : France-Soir












