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Jeudi, 27 Août 2026

La bombe de la dette européenne se rapproche : la France au cœur de la prochaine crise obligataire

Auteur : Géopolitique Profonde | Editeur : Walt | Jeudi, 27 Août 2026 - 18h48

Tandis que Washington capte l’essentiel de l’attention médiatique mondiale, la zone euro entre dans une séquence budgétaire qui concentre, en quelques semaines, plusieurs de ses fragilités structurelles. L’inflation relancée par le choc pétrolier iranien, la réponse de la Banque centrale européenne sous forme de hausse des taux, et les turbulences importées des marchés obligataires américains et japonais forment un cocktail suffisamment instable pour que les grands souverains européens soient scrutés de près par les marchés. Ce qui frappe, c’est moins la nouveauté de la situation que la conjonction de signaux d’alerte simultanés dans les trois principales économies de la zone.

La France concentre les regards avec une acuité particulière. Ses taux à dix ans sur les OAT atteignent leur plus haut niveau depuis dix-huit ans. La prime de risque exigée par les investisseurs par rapport à l’Allemagne est revenue au niveau qui prévalait lors du pic de la dernière crise budgétaire, il y a deux ans. Les valeurs bancaires françaises, qui avaient bien résisté, reculent. Et derrière ces chiffres, la politique : l’élection présidentielle de 2027 est désormais dans le viseur, avec la possibilité réelle qu’un candidat d’extrême droite ou d’extrême gauche accède à l’Élysée après le scrutin d’avril. Dans ce contexte, Davide Oneglia, analyste chez TS Lombard, juge sérieux le risque que les tensions politiques empêchent un accord sur le prochain budget, avec la possibilité qu’aucun budget ne soit adopté avant la même période l’année prochaine. Une dérive de 0,5 point de PIB supplémentaire sur le déficit rapprocherait la France du niveau américain, autour de 6 % du PIB.

L’Italie, qui avait surpris par sa relative stabilité ces dernières années au point de voir ses taux à dix ans passer sous ceux de la France, pourrait connaître un 2027 plus difficile. Les spéculations sur une élection anticipée dès avril prochain alimentent une incertitude nouvelle, d’autant que Giorgia Meloni subit la pression d’une formation encore plus à droite de sa coalition, Futuro Nazionale. L’Allemagne, enfin, n’échappe pas à la turbulence : trois scrutins régionaux en septembre dessineront, selon Carsten Brzeski d’ING, la « météo politique » à Berlin, avec un AfD en position de force dans au moins deux d’entre eux et un chancelier Merz dont la popularité reste basse.

Le retour du débat sur la dette commune

C’est dans ce contexte que resurface, avec une régularité qui tient moins du hasard que de la pression des circonstances, le débat sur les obligations communes européennes. Un groupe d’économistes vient de publier, sur la plateforme VoxEU du CEPR, une analyse qui repose l’équation avec une certaine franchise intellectuelle. Leur diagnostic : le cadre budgétaire réformé de l’UE en 2024 souffre d’un double défaut. En cas de récession profonde, il offre trop peu de flexibilité pour éviter une stagnation déflationniste, tout en n’offrant pas suffisamment de garanties sur la soutenabilité des dettes nationales.

« Un mécanisme budgétaire commun financé par des Eurobonds peut atténuer ces deux risques extrêmes. Dans cette proposition, la stabilisation face aux chocs communs exceptionnels est transférée au niveau de la zone euro, tandis que la responsabilité de la dette nationale reste fermement nationale ».

La formule est habile : elle tente de désamorcer l’objection traditionnelle à la mutualisation en préservant la distinction entre stabilisation commune et responsabilité nationale. Les Eurobonds ne serviraient pas à reprendre les dettes nationales, mais à stabiliser les chocs communs exceptionnels et, hors périodes de crise sévère, à financer de grands programmes d’investissement européens. Le recours à la dette commune depuis la pandémie de 2020 constitue en outre un précédent récent pour ce type de mécanisme.

Mais la difficulté est politique. Le recours à la dette commune pour répondre à des questions budgétaires a été repoussé à de nombreuses reprises au cours des vingt-sept années d’existence de l’euro. Les tensions actuelles pourraient remettre cette idée au centre du débat, mais elles constituent aussi son principal obstacle : les mêmes fractures politiques qui rendent une réponse européenne commune plus séduisante peuvent rendre son adoption beaucoup plus difficile.

Il reste, en arrière-plan, l’instrument de protection de la transmission de la BCE, le TPI. Si les tensions sur les obligations souveraines européennes s’accentuent, la perspective de son utilisation pour limiter des écarts de taux excessifs entre membres de la zone euro pourrait rapidement revenir dans les anticipations des marchés.

La richesse européenne, angle mort du débat

À côté de ces turbulences macro-financières, un autre sujet se fraie un chemin discret dans le débat public européen : celui de la concentration des grandes fortunes et de la politique à adopter à leur égard. Le décès de Klaus-Michael Kuehne, actionnaire de contrôle du groupe logistique Kuehne + Nagel et septième fortune d’Europe selon Forbes avec quelque 44 milliards de dollars d’actifs, a braqué un projecteur inattendu sur une réalité souvent mal connue : l’Europe compte 875 milliardaires, Royaume-Uni et Suisse compris, contre 989 aux États-Unis. L’écart est réel, mais moins considérable qu’on pourrait le penser.

La chercheuse Rebecca Christie, du think tank Bruegel, pose la question sans détour :

« Il semble extravagant qu’un individu ait besoin d’une fortune aussi importante que celles accumulées par certains magnats. Pourtant, le dynamisme économique qui a alimenté leur ascension présente des avantages évidents. Les décideurs doivent maintenant déterminer comment les attirer, les taxer et les réguler ».

La formulation résume le dilemme européen : ces grandes fortunes sont associées au dynamisme économique qui a permis leur accumulation, mais elles posent simultanément aux gouvernements la question de leur attractivité, de leur fiscalité et de leur régulation. Reuters souligne surtout que l’écart entre l’Europe et les États-Unis est moins considérable qu’on pourrait le penser : 875 milliardaires en Europe, Royaume-Uni et Suisse compris, contre 989 aux États-Unis.

Ce que cette séquence automnale révèle, au fond, c’est la difficulté persistante de l’Europe à traiter simultanément le court terme des marchés obligataires, le moyen terme de la gouvernance budgétaire et le long terme de ses choix de modèle économique. Les États lourdement endettés et politiquement fragiles sont poussés vers davantage de coordination financière précisément au moment où la fragmentation politique rend cette coordination plus difficile. La question de savoir si la pression des circonstances finira par imposer des avancées structurelles, ou si les fractures nationales les rendront une fois de plus inaccessibles, reste entière.

Les essentiels de cette actualité

  • Les taux français à dix ans sur les OAT atteignent leur plus haut niveau depuis dix-huit ans, ramenant la prime de risque au pic de la dernière crise budgétaire.
  • Pourquoi la conjonction inédite de signaux d’alerte simultanés en France, Italie et Allemagne rend-elle une réponse budgétaire commune politiquement improbable ?
  • Un groupe d’économistes du CEPR propose des Eurobonds ciblés sur les chocs communs : une formule habile, mais suffisante pour convaincre Berlin ?
  • L’Europe compte 875 milliardaires : comment attirer, taxer et réguler ces grandes fortunes sans cohérence politique entre États membres ?

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