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Vendredi, 10 Avr. 2026

L'Amérique ou la Chine : pourquoi l'Europe se trompe de peur

Auteur : Mario | Editeur : Walt | Vendredi, 10 Avr. 2026 - 17h22

Les sondages ne mentent pas. Un Européen sur cinq voit désormais les États-Unis comme une « menace majeure ». Trump agace, blesse, inquiète. Les menaces sur le Groenland, le retrait des garanties de sécurité, les droits de douane brutaux : il y a des raisons concrètes à cette désaffection. Mais de là à en conclure que la Chine serait un partenaire fiable, ou même neutre, il y a un gouffre que les démocraties européennes n'ont pas les moyens de franchir.

Le vrai souverainisme ne choisit pas son maître. Il les tient tous à distance.

21% des Européens jugent une guerre avec les États-Unis plus probable qu'avec la Chine — un chiffre qui révèle l'ampleur du trouble, pas nécessairement la réalité du danger.

Les États-Unis restent notre premier partenaire économique — et ce n'est pas un accident

L'Union européenne et les États-Unis forment la plus grande relation commerciale bilatérale au monde. Chaque année, plus de 1 200 milliards d'euros de biens et services traversent l'Atlantique. Des millions d'emplois européens dépendent directement de cet échange : dans l'aérospatiale bordelaise, dans la chimie rhénane, dans la finance londonienne ou milanaise.

Couper ou fragiliser ces liens sous l'effet d'une colère légitime contre une administration — et non contre un peuple, ni contre un système entier — serait une faute stratégique de premier ordre. Les administrations passent. Les structures économiques, elles, prennent des décennies à se réorienter.

Il faut négocier plus durement avec Washington, exiger la réciprocité, ne plus accepter les diktats unilatéraux. C'est le langage des égaux que l'Europe doit apprendre à parler. Mais l'alternative n'est pas Pékin — l'alternative, c'est l'autonomie.

« L'Europe ne doit pas choisir entre deux hégémonies. Elle doit cesser d'en avoir besoin ».

La Chine : derrière l'image d'acteur « stable », les faits

Depuis le retour de Trump, la Chine bénéficie d'un effet de contraste flatteur. Xi Jinping paraît « modéré » face au chaos américain. C'est une illusion d'optique, et elle est dangereuse.

Signaux d'alerte à ne pas ignorer:
Dépendances technologiques critiques (terres rares, semi-conducteurs, batteries), pilonnage économique des marchés européens par des exportations massivement subventionnées, espionnage industriel documenté dans des secteurs stratégiques, pression sur Taïwan qui menacerait directement les chaînes d'approvisionnement mondiales, et utilisation systématique des investissements comme levier politique dans les pays les plus fragiles de l'Union.

La Chine n'est pas un ennemi déclaré. Elle est quelque chose de plus insidieux : un compétiteur systémique qui joue à long terme, patient, méthodique, et qui n'a aucun intérêt à ce que les démocraties européennes prospèrent de façon autonome. Ses investissements dans les ports, les réseaux, les infrastructures numériques ne sont pas de la philanthropie. Ce sont des points d'appui.

Que la Chine paraisse moins menaçante que Trump dans les sondages actuels n'est pas une analyse géopolitique — c'est le résultat d'une communication habile et d'un sentiment d'agacement à court terme. Le vrai souverainiste ne se laisse pas guider par l'humeur du moment.

* * *

L'intérêt national d'abord — mais lequel ?

Le souverainisme européen authentique part d'un constat simple : aucune puissance extérieure ne défendra les intérêts des nations européennes à leur place. Ni Washington quand il impose ses sanctions extraterritoriales. Ni Pékin quand il inonde nos marchés de produits à prix cassés. Ni Moscou, évidemment.

Ce que l'intérêt national commande en ce moment précis, c'est de consolider les atouts réels : les partenariats commerciaux qui font vivre les économies européennes, à commencer par la relation transatlantique, imparfaite mais irremplaçable à court terme ; et simultanément, réduire drastiquement les dépendances critiques vis-à-vis de la Chine dans les secteurs stratégiques.

Ce n'est pas de l'anti-américanisme. Ce n'est pas de la sinophobie. C'est de la lucidité. L'Europe doit parler à tout le monde, dépendre le moins possible de chacun, et construire sa propre capacité à peser.

Le vrai choix : ni vassalité américaine, ni naïveté chinoise

Il serait confortable de basculer d'un protecteur à un autre. Ce serait aussi une capitulation. L'Europe qui, en 2026, se détourne de Washington pour se rapprocher de Pékin reproduirait exactement le même schéma de dépendance qu'elle prétend dépasser.

La bonne doctrine est celle de l'équidistance active : commerce avec les États-Unis, dont les fondamentaux économiques et démocratiques restent compatibles avec les nôtres ; vigilance sans naïveté avec la Chine, dont le modèle politique est fondamentalement incompatible avec les libertés que les Européens entendent préserver.

Que 20% des Européens voient les États-Unis comme une menace, c'est un signal politique que les gouvernements doivent entendre. Que personne ne semble voir la Chine de la même façon, c'est, quant à lui, un angle mort qu'il serait criminel d'ignorer.

En résumé. L'irritation face aux États-Unis est légitime et politiquement exploitable. Mais transformer cette irritation en rapprochement avec Pékin serait une erreur historique. L'intérêt national européen commande de maintenir les liens commerciaux avec Washington — tout en les rééquilibrant — et de traiter la Chine pour ce qu'elle est : un compétiteur capable et sans état d'âme, pas un partenaire de substitution.

***

L'Europe commet une erreur stratégique en adoptant une perception négative et paniquée de la Chine tout en subissant passivement les pressions américaines, un phénomène qualifié de « suivisme » plutôt que d'équidistance.

Alors que les États-Unis utilisent la peur de la Chine pour mobiliser leurs alliés et imposer des mesures protectionnistes, l'Europe se prive de ses propres intérêts en acceptant de se plier à l'Empire étasunien, négligeant ainsi les opportunités économiques et la souveraineté que pourrait offrir une relation plus équilibrée.

Les analyses soulignent que cette crainte irrationnelle repose sur des arguments dépassés comme le « péril jaune », masquant la réalité où les pays d'Europe centrale et orientale sont souvent moins hostiles à Pékin que l'Europe occidentale. En cherchant à se protéger de manière disproportionnée, l'Europe risque de s'affaiblir économiquement et de devenir un simple acteur secondaire, alors que la Chine est un partenaire incontournable pour le commerce et l'investissement mondial.

Pour inverser cette tendance, il est nécessaire de passer d'une politique de méfiance aveugle à une approche de réciprocité et de prudence, en adoptant des règles claires sur les investissements et en parlant d'une seule voix. L'indifférence et la naïveté initiales des élites occidentales ont déjà contribué à la désindustrialisation de l'Europe, mais une attitude de fermeté raisonnée, plutôt que de panique, permettrait de préserver l'influence du continent dans la rivalité sino-américaine.


- Source : ZeJournal

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