Ahmadinejad «pion» de Washington et Tel-Aviv ? Le récit explosif qui sent l’opération psychologique
Les essentiels de cette actualité
- Le New York Times révèle que les États-Unis et Israël auraient conçu un plan pour installer Ahmadinejad à la tête de l’Iran, dans le cadre d’opérations baptisées « Roaring Lion » et « Epic Fury », selon des responsables américains cités par le quotidien.
- L’article souligne la contradiction flagrante du récit : une frappe israélienne aurait blessé Ahmadinejad à son domicile, alors que ce même homme était censé être l’actif que Washington et Tel-Aviv entendaient porter au pouvoir.
- L’auteur analyse cette publication comme une opération de guerre informationnelle visant à discréditer Ahmadinejad en Iran en le faisant passer pour un traître, plutôt que comme une véritable révélation sur des opérations clandestines.
- Pourquoi Washington aurait-il misé sur un ancien président plusieurs fois écarté par le Conseil des gardiens, dont la seule accroche était une déclaration flatteuse envers Trump en 2019 — confondant ainsi posture tactique et alignement stratégique réel ?
- Depuis les frappes, la localisation et l’état de santé d’Ahmadinejad demeurent inconnus ; sa récente félicitation adressée au nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei suggère qu’il navigue avec une prudence calculée.
Le New York Times a publié ce qui ressemble à un scénario d’espionnage grotesque : les États-Unis et Israël auraient, selon des responsables américains cités par le quotidien new-yorkais, conçu un plan visant à installer Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l’Iran dans le cadre de deux opérations baptisées « Roaring Lion » et « Epic Fury ». Ahmadinejad, l’ancien président iranien connu pour ses diatribes anti-israéliennes et anti-américaines, ses propos négationnistes sur la Shoah et la répression sanglante de la Vague verte en 2009. Ce même homme aurait donc été imaginé par Washington et Tel-Aviv comme leur future marionnette à Téhéran.
L’incrédulité est la première réaction qui s’impose. Et elle est légitime. Même la journaliste Christiane Amanpour l’a résumé sans détour sur les réseaux sociaux :
« Ahmadinejad, sérieusement ? Le négationniste de la Shoah ? Celui qui voulait rayer Israël de la carte ? L’homme de la mort et de la torture pendant la Révolution verte, celui qui a volé les élections de 2009 ? »
La question est légitime. Mais elle en masque une autre, beaucoup plus explosive : pourquoi cette histoire sort-elle maintenant, et qui a intérêt à la faire circuler ?
Le New York Times publie un récit explosif : Washington et Tel-Aviv auraient voulu installer Ahmadinejad à la tête de l’Iran… avant qu’une frappe israélienne ne le blesse dans sa résidence. ⚠️
— Planetes360 (@Planetes360) May 21, 2026
Si cette histoire est vraie, elle révèle une ingérence d’une absurdité impériale… pic.twitter.com/XvMR0gMIOd
Ahmadinejad “agent” de Washington ? Le récit qui ressemble à une opération psychologique
Prenons les faits tels qu’ils sont rapportés. Ahmadinejad aurait été approché par les Israéliens, qui lui auraient soumis un plan de changement de régime. Puis, le premier jour des frappes, une frappe israélienne sur sa résidence à Téhéran, officiellement présentée comme une tentative de le « libérer » de son assignation à résidence, l’aurait blessé. Depuis, sa localisation et son état de santé demeurent inconnus. Autrement dit : le supposé pion de Washington et Tel-Aviv aurait été blessé par ceux-là mêmes qui prétendaient le porter au pouvoir.
Ce récit pose des problèmes logiques si énormes que le commentateur Aaron Maté les a résumés avec une brutalité salutaire :
« Pour que cette histoire soit vraie, il faudrait qu’Ahmadinejad soit un agent israélo-américain. Il faudrait également que ses maîtres israélo-américains aient décidé de le révéler au New York Times. Et il faudrait qu’un bombardement israélo-américain sur le domicile d’Ahmadinejad, qui a fini par le blesser, ait en réalité eu pour but de le libérer ».
La phrase reste délibérément en suspens, mais l’absurdité est posée. Si Ahmadinejad était réellement un actif des services israéliens et américains, le bombarder relèverait soit d’une erreur opérationnelle monumentale, soit d’une trahison délibérée. Dans les deux cas, le récit vendu au public ressemble moins à une révélation qu’à une construction informationnelle bancale.
Ce qui est plus vraisemblable, c’est que la publication de cette information dans le New York Times, via des officiels américains « briefés », relève moins de la transparence que de la guerre informationnelle. Le New York Sun a d’ailleurs qualifié l’histoire de « grotesque ». L’analyste Seyed Mohammad Marandi, critique des deux camps, a posé la question essentielle :
« Pourquoi le New York Times publierait-il aujourd’hui une accusation qui fait d’Ahmadinejad un traître à son propre pays ? »
La réponse la plus cynique, et probablement la plus réaliste, est que cette publication vise précisément à neutraliser Ahmadinejad politiquement en Iran, en le transformant en suspect aux yeux de ses compatriotes. Peindre un opposant en agent étranger est l’un des outils les plus anciens et les plus efficaces de la déstabilisation à distance. Washington et Tel-Aviv n’auraient même pas besoin qu’Ahmadinejad soit réellement leur homme : il leur suffirait que le régime iranien et l’opinion publique le perçoivent comme tel.
Iran : l’absurdité brutale d’une ingérence israélo-américaine sans boussole
Ce qui frappe davantage dans cette affaire, c’est ce qu’elle révèle de l’indigence stratégique de la politique américano-israélienne à l’égard de l’Iran. Miser sur un ancien président honni, plusieurs fois écarté par le Conseil des gardiens, puis blessé lors d’une frappe censée le « libérer », relève moins d’un plan de changement de régime que d’une fuite en avant impériale. Si ce récit est exact, il témoigne d’un niveau de désorientation stratégique inquiétant.
L’élément le plus crédible du récit du Times est finalement presque dérisoire : Ahmadinejad aurait été retenu parce qu’il avait, lors d’un entretien en 2019, exprimé son respect pour Donald Trump et plaidé pour un rapprochement entre les deux pays. « M. Trump est un homme d’action », a déclaré Ahmadinejad. « C’est un homme d’affaires et, par conséquent, il est capable d’évaluer les coûts et les avantages et de prendre une décision. Nous lui disons : calculons les avantages et les coûts à long terme pour nos deux nations et ne soyons pas à courte vue. » Ce simple pragmatisme affiché aurait suffi à en faire, aux yeux de Washington, un interlocuteur potentiel.
C’est là toute la pauvreté de la grille d’analyse américaine : prendre une déclaration tactique pour un alignement stratégique et imaginer qu’un homme politique iranien, quel qu’il soit, pourrait gouverner un pays de 90 millions d’habitants avec l’étiquette de collaborateur de l’ennemi sioniste. La légitimité politique en Iran, même pour les opposants au régime, ne se gagne pas en flattant Washington. C’est une évidence que les stratèges du Pentagone et du Mossad semblent encore incapables d’intégrer.
Quant au choix de bombarder la maison de l’homme qu’on prétendait placer au pouvoir, il résume l’état d’esprit de ces opérations : la violence d’abord, la cohérence ensuite, si elle vient. Qu’Ahmadinejad soit ou non ce que le Times prétend, il aurait failli mourir sous les bombes de ceux qui auraient dû le protéger. Ce détail, dans toute sa brutalité concrète, en dit plus long sur les méthodes israélo-américaines que n’importe quelle doctrine officielle.
Reste une inconnue : où se trouve aujourd’hui Ahmadinejad, que pense-t-il réellement, et quel rôle jouera-t-il, s’il en joue un, dans l’Iran de l’après-guerre ? Sa récente félicitation adressée à Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême après la mort de son père, suggère qu’il avance avec une prudence calculée dans un champ de mines politique. Si le récit du Times vise bien à le marquer comme traître potentiel, alors cette prudence n’a rien d’étonnant : dans une guerre informationnelle, survivre politiquement devient déjà une stratégie.
- Source : Géopolitique Profonde












