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Mardi, 03 Févr. 2026

Budget 2026 : Lecornu fait passer son budget en force avec la complicité du PS

Auteur : todisoa | Editeur : Walt | Mardi, 03 Févr. 2026 - 17h31

Les essentiels de cette actualité

  • L’Assemblée nationale a rejeté les motions de censure, permettant l’adoption du budget 2026 par Sébastien Lecornu via l’article 49.3, ce qui a mis fin à une saga parlementaire de trois mois grâce à l’abstention des socialistes.
  • Les socialistes ont négocié des concessions sur la recherche et la transition verte en échange de leur abstention, révélant la dépendance croissante d’un exécutif affaibli aux arrangements avec l’opposition, une tactique qui pourrait se répéter.
  • Les oppositions, de la gauche radicale au Rassemblement national, ont vivement critiqué ce budget pour son manque d’innovation et ses gaspillages, accusant le gouvernement de prioriser les compromis élitistes sur les besoins réels des Français.
  • Alors que l’exécutif envisage un remaniement et des débats sur les soins palliatifs, on se demande si ces initiatives parviendront à surmonter les clivages profonds qui fragilisent le système politique français.

Lundi 2 février, l’Assemblée nationale a tourné la page d’une interminable saga parlementaire qui traînait depuis plus de trois mois. Les deux motions de censure, déposées après le troisième recours à l’article 49, alinéa 3, sur l’ensemble du projet de loi de finances pour 2026, ont été rejetées sans trembler.

La première, portée par les communistes avec le soutien des écologistes et des insoumis, n’a récolté que 260 voix, loin des 289 nécessaires. La seconde, brandie par le Rassemblement national, s’est soldée par un maigre total de 135 suffrages. Le Sénat avait renvoyé le texte en séance le jeudi 20 janvier, et voilà que Sébastien Lecornu peut enfin souffler : la France dispose d’une enveloppe budgétaire pour 2026.

Le Premier ministre y voit un triomphe du « compromis parlementaire ». « La France a enfin un budget », a-t-il lancé, avant d’ajouter :

« Ce texte n’est pas le texte du Gouvernement, il est le résultat d’un compromis parlementaire, intégrant des amendements de tous les groupes ».

Un arbitrage multipartite qui sent bon les arrangements de couloir. Lecornu garde cependant une carte dans sa manche : un recours au Conseil constitutionnel « pour assurer que la loi de finances est pleinement conforme à notre Constitution », ce qui revient à admettre que ce texte hybride, bourré d’amendements de tous bords, risque de faire pschitt devant les Sages.

Ce passage en force masque mal les fractures. Les oppositions ont crié au scandale : les uns hurlent contre les gaspillages, les autres agitent l’épouvantail de l’immigration sans jamais vraiment la brider. L’abstention des socialistes, présentée comme un moindre mal, révèle la faiblesse d’un exécutif centralisé obligé de négocier sa survie au lieu de trancher pour le peuple.

Les marchandages qui sauvent la mise à l’exécutif

Derrière le triomphe apparent du Premier ministre se dessine l’histoire d’âpres marchandages avec les socialistes, menés pendant plusieurs semaines dans les couloirs de l’Assemblée. Sans leur abstention stratégique, le PLF 2026 serait bel et bien passé à la trappe, malgré le passage en force via l’article 49.3.

En échange de cette abstention, les socialistes ont obtenu des concessions ciblées : un peu plus d’argent pour la recherche, la transition verte à coups de subventions, ainsi que des mesures pour la jeunesse et le logement. Ironie du sort, Lecornu avait juré de ne pas recourir à nouveau au 49.3, preuve d’une macronie acculée, contrainte de bricoler sa survie au jour le jour.

Ce marchandage révèle la faiblesse criante d’un exécutif centralisé, obligé de quémander auprès d’une gauche qui feint l’opposition tout en protégeant le système. Les clivages profonds persistent : d’un côté, les technocrates aux priorités floues ; de l’autre, un peuple lassé des gaspillages.

L’opposition charge : dividendes avant tout

Face à ce passage en force du PLF 2026, les oppositions n’y sont pas allées avec le dos de la cuillère. Stéphane Peu, du PCF, a dézingué un budget « sans rupture ni inflexion », qui « poursuit la politique de l’offre malgré son échec patent ».

Lorsque Lecornu s’est plaint d’oppositions qui ne construisent rien, Peu a rétorqué :

« Nous n’avons jamais refusé la discussion avec le gouvernement. Ce qui a manqué ce ne sont pas nos propositions, mais votre absence de volonté de changer de cap ».

Du côté du RN, Gaëtan Dussausaye a appelé à la dissolution. Nathalie Oziol, de LFI, a déclaré :

« Regardez qui censure ou non le gouvernement, et vous saurez qui est capable de tenir une ligne de rupture ».

Chez les écologistes, Sandrine Rousseau a mis en garde : « En fragilisant les services publics, vous détruisez le consentement à l’impôt ».

Elle ajoute une pique aux socialistes :

« Nos vies valent plus que leurs profits, parce que notre ennemi, souvenez-vous en, c’est la finance ».

Ces critiques acerbes creusent les clivages profonds, révélant un système verrouillé sur les dividendes plutôt que sur le travail français.

PS et LR se renvoient la balle : un budget sans père

Du côté du PS, Hervé Saulignac se félicite d’avoir joué les pompiers. « Ce budget ne sera celui de personne, mais il ne sera pas celui de l’extrême droite. Les socialistes ont fait leur devoir », lance-t-il, fier de cette abstention.

Nicolas Ray, chez Les Républicains, rétorque du tac au tac :

« Le budget n’est pas socialiste, sinon les socialistes l’auraient voté. Il n’est ni de droite ni de gauche ».

Pour lui, cette enveloppe budgétaire flotte dans le vide idéologique. Il en profite pour critiquer la procédure : il faut réformer le PLF afin d’y mettre de l’efficacité, loin de ce parlementarisme qui gaspille l’argent public alors que l’inflation ronge le portefeuille des Français.

Remaniement et agenda chargé : l’exécutif tâtonne

Après ce passage en force, l’exécutif parisien semble déjà regarder vers l’horizon, avec un léger remaniement dans les tuyaux d’ici le 22 février. L’idée : laisser Rachida Dati, fidèle de la première heure, filer en campagne pour la mairie de Paris. Un geste qui pue le calcul électoral à plein nez.

Le vrai chantier se profile lundi 9 février : Sébastien Lecornu réunit les présidents des chambres et des groupes parlementaires pour dégager les priorités. Au menu : les soins palliatifs et la fin de vie, des mesures pour les agriculteurs et la décentralisation. Cette dernière sonne comme un aveu d’échec du jacobinisme macronien.

Dans ce parlementarisme où les compromis mous des élites saignent le contribuable sans jamais toucher aux dividendes des grands, on sent l’exécutif centralisé en bout de course. Reste à voir si ces pistes tiendront la route face aux clivages profonds qui minent le pays.


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