Le contrôle des finances publiques passe par la reprise du contrôle de la monnaie
J’écoutais le Premier ministre nous affirmer doctement que sa principale préoccupation en matière de finances publiques était d’en reprendre le contrôle. J’allais dire « un de plus ». On peut penser que ce contrôle des finances publiques a pour objectif louable de réduire les déficits de l’Etat et, si possible, de les faire disparaître. Cependant, il ne peut se faire qu’à une seule condition préalable.
Un petit retour en arrière s’impose
La période de Gaulle (1958 – 1969) et dans une certaine mesure celle de Pompidou, furent des périodes dans lesquelles, globalement, les équilibres budgétaires ont été maintenus et certaines années fastes ont même connu des budgets excédentaires.
Que c’est il passé ?
Le 03 janvier 1973, une loi en apparence anodine était promulguée. Sans rentrer dans les détails des dispositions, souvent rédigées dans un langage très abscons dont nos énarques ont le secret, retenons simplement que dorénavant, l’État n’empruntera plus à la Banque de France les sommes dont il a besoin mais le fera auprès des banques privées.
Dans un très court enregistrement datant de 2012, Michel Rocard, Inspecteur des Finances de formation, avait dénoncé les effets pervers de cette loi. L’un d’entre eux était majeur puisqu’il s’agissait de transférer aux banques privées la création de la monnaie, pourtant considérée comme un attribut essentiel de la souveraineté d’un État.
Comment les banques créent de la monnaie à partir de rien ?
La réponse est très simple, bien qu’elle soit volontairement cachée au grand public : par la dette. Ce fonctionnement a été décrit par Bernard Maris dans cette vidéo. Il était bien placé car il siégeait au Conseil Général de la Banque de France depuis 2011. Les banques privées, autorisées par la Banque de France ont le pouvoir de créer de la monnaie à partir de rien au travers d’un système connu sous le nom de système des réserves fractionnaires. En gros, la banque possède le droit de créer à partir de rien de l’argent à concurrence d’une somme qui représente environ (ce montant peut varier dans le temps) dix fois le montant de leurs fonds propres, dans lesquels elles incluent les dépôts de leurs clients. Cet argent, désigné comme « scriptural » puisqu’ issu d’une ligne d’écriture sur un compte est considéré comme une dette pour celui qui emprunte et comme un actif pour celui qui le créée. Cette monnaie scripturale représente plus de 90 % de la monnaie totale en circulation.
Pour ceux qui voudraient creuser la question, la Banque de France a publié un descriptif très intéressant montrant l’évolution des différentes règles comptables qui ont permis en 2002 le passage à l’euro « fiduciaire » c’est à dire une monnaie sans aucune valeur intrinsèque qui ne vaut que le prix de la confiance qu’on met en elle.
Pourquoi le contrôle de la monnaie est-il essentiel pour un peuple ?
Tout le monde devrait connaître cette phrase prêtée à Nathan Rothschild : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d‘une nation et je n‘aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. »
Et il aurait, paraît-il, ajouté : « L’infime minorité qui comprend le système sera soit si intéressée par ses profits ou si dépendante de ses faveurs, qu’il n’y aura jamais d’opposition de la part des membres de cette classe sociale » (Propos rapportés par Stephen Goodson dans « l’histoire des banques centrales » p 64 éditions Omnia Veritas)
Qu’elle soit apocryphe ou non, cette dernière phrase résume notre drame actuel. Peu de gens connaissent le fonctionnement de ce système et parmi eux il y a tous ceux qui en bénéficient.
Lorsque vous disposez d’un tel pouvoir (de Gaulle l’avait qualifié « d’exorbitant ») vous avez pratiquement tous les moyens de mettre qui vous voulez au pouvoir et de l’y maintenir, démocratie ou non. Bonaparte avait parfaitement vu ce danger et il l’avait exprimé :« Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement, qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit ».
Mais il ne fut pas le seul. Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats-Unis, avait perçu la même menace qui pointait : « Je crois fermement que les institutions bancaires sont une plus grande menace pour notre liberté que des armées dressées. Elles ont déjà créé une aristocratie de l‘argent et elles méprisent le gouvernement. Le droit d‘impression et d‘émission (de la monnaie) doit être repris des mains des banquiers, il devrait appartenir à leur propriétaire légitime : le peuple ».
Pour quelles raisons les peuples se révèlent-ils aussi ignorant de ces choses ?
Ce qui vient immédiatement à l’ esprit est que les médias n’en parlent pratiquement jamais et continuent à entretenir le mythe de la dette qui serait de l’argent prêté par de généreux mécènes qui ne veulent que notre bien et qu’il faut absolument rembourser faute de quoi ils cesseront de nous prêter de l’argent. Prenons un peu de recul. Et si les médias appartenaient tout bonnement, directement ou indirectement, à ces banquiers ? Tout s’expliquerait alors facilement. Évidemment, il ne faudrait pas trop compter sur eux pour couper la branche sur laquelle ils sont assis. Et là est tout le problème car très peu de gens vont rechercher les informations et l’immense majorité devient alors dépendante des médias en croyant qu’ils ont un « devoir » d’information et qu’une chose d’une telle importance ne pourrait rester dissimulée.
De plus, on nous rebat les oreilles avec la « liberté d’expression » et la « pluralité » de l’information pour que tout ceci soit bien « bordé » afin que les petits curieux n’aillent pas voir ailleurs.
Mais les médias ne sont pas les seuls à rester discrets sur le sujet de la monnaie et la dette que génère sa création à partir de rien. Les responsables politiques des partis traditionnels se gardent bien d’aborder ce sujet et on peut se demander pourquoi. Peut-être ont-ils peur de ne pas être suivis par leurs électeurs ? Peut -être également tout simplement par ignorance ? Il est permis d’en douter.
Reprendre le contrôle de la monnaie est-il possible ?
Il est non seulement possible mais obligatoire et c’est déjà (mais ce n’est pas la seule) une raison majeure pour quitter l’Union Européenne et la zone euro. Les exemples de pays ruinés parce qu’ils avaient perdu le contrôle de leur monnaie sont nombreux. A titre d’exemple, je ne citerai que le cas des colonies américaines. Elles avaient leur propre monnaie mais en 1764, la Banque d’Angleterre décida de leur imposer sa monnaie. Voici ce que disait Benjamin Franklin : « En seulement un an, la situation s‘est inversée, les temps prospères sont révolus, la récession économique s‘est répandue dans les rues où le chômage sévit ». Et Jefferson confirma en 1791, après la Déclaration d’Indépendance : « Si les colonies américaines permettent d‘aventure aux banques privées de contrôler l‘émission de la monnaie, alors ces banques passeront par l‘inflation puis la déflation pour priver le peuple de ses biens. Jusqu‘à ce qu‘un matin, leurs enfants se réveillent en ayant perdu leur maison et les terres que leurs pères avaient exploitées ».
La seule façon de procéder est de restaure la Banque de France telle qu’elle fonctionnait depuis Napoléon Bonaparte en 1800, année de sa création. Elle finançait sans intérêts les dépenses de l’État qui étaient très majoritairement des investissements et c’est cette absence d’intérêts à payer qui fait toute la différence. Le franc Napoléon était convertible en or et sa valeur est restée inchangée jusqu’au 03 août 1914, date de l’entrée de la France dans la guerre de 14.
La loi du 03 janvier 1973 sera automatiquement abolie dans ses effets car ce sont les traités européens qui l’ont supplanté et le fait de quitter l’UE y mettra un terme.
La France est encore un grand pays et il y a urgence à ce qu’elle reprenne possession de tous ses attributs de sa souveraineté, à commencer par celui de « battre monnaie ».
Crédit photo : DR
- Source : Breizh-Info












