Attaquer l’Iran n’était peut-être pas une si bonne idée.
L’attaque totalement injustifiée contre l’Iran lancée par les États-Unis et Israël a, après un peu plus d’une semaine d’action militaire, engendré une nouvelle dimension de chaos géopolitique. Comme on pouvait s’y attendre, l’attaque n’a eu pour seul objectif que de préserver Israël en minimisant les dégâts infligés aux installations militaires, diplomatiques et du renseignement américaines dans la région du golfe Persique.
Cette opération est loin d’être un succès, car les missiles et les drones iraniens ont infligé d’importantes destructions à la fois à l’État hébreu et dans les bases américaines. L’Iran a également subi de lourdes pertes, et la frappe américaine qui a tué 165 écolières continue de provoquer de gigantesques manifestations et d’attiser une rage anti-américaine au sein des communautés chiites, tant en Iran qu’au sein des États et régions voisins, contribuant ainsi à l’extension du conflit.
L’offensive conjointe israélo-américaine était destinée à détruire les capacités militaires de l’Iran, en particulier ses programmes nucléaires et balistiques, et à provoquer un changement de régime après l’assassinat de son guide suprême. Au moment de l’attaque, le président Donald Trump a annoncé sur sa plateforme Truth Social :
“Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie balistique. Elle sera totalement — une fois encore — anéantie. Nous allons anéantir leur marine”. Le samedi 7 mars, il a précisé dans un tweet : “Aujourd’hui, l’Iran va être frappé très lourdement ! En raison de son comportement inacceptable, nous envisageons sérieusement la destruction complète et la mort certaine de zones et de groupes de personnes qui n’étaient pas considérés comme des cibles jusqu’à présent”.
Il a également publié un message sur Truth Social pour annoncer que des Américains mourront certainement dans l’affrontement avec l’Iran, précisant que
“de courageux héros américains pourraient perdre la vie” dans ce que le Pentagone a baptisé ‘Opération Epic Fury’… “Nous pourrions déplorer des victimes”.
Comme toute la famille Trump a évité le service militaire, le prix ultime de cette guerre consistera à sacrifier les fils et filles d’autres familles américaines. Il se prépare peut-être à encaisser une controverse politique en montrant dès maintenant à quel point il se soucie des Américains lambda touchés par les conséquences de sa gouvernance. Bien sûr, il ne s’en soucie pas le moins du monde, sauf s’ils s’appellent Adelson ou Netanyahu.
Cette guerre est la conséquence du contrôle absolu d’Israël sur la classe politique américaine, une réalité que Netanyahu et ses prédécesseurs n’hésitent pas à admettre. Les États-Unis sont une puissance en déclin, corrompue par l’argent des milliardaires juifs, et totalement impliquée dans l’expansion du Grand Israël, quitte à infliger des pertes humaines considérables. Les Israéliens se soucient-ils du sort du peuple américain ? Bien sûr que non. Il suffit de penser aux assassinats planifiés ou commis par Israël contre des Américains, à commencer par l’affaire Lavon en 1954, qui prévoyait de faire exploser les bureaux de l’ambassade américaine en Égypte. Puis, en 1967, il y a eu l’attaque sur l’USS Liberty dans les eaux internationales, une tentative de couler le navire de guerre et tuer tout son équipage, affaire étouffée par le président Lyndon B. Johnson et son secrétaire à la Défense, Robert McNamara. Plus récemment, un certain nombre de citoyens américains ont été assassinés en toute impunité par des Israéliens. On peut citer le cas de la militante pacifiste Rachel Corrie, délibérément écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne en 2003.
Le meurtre récent de Nasrallah Abu Siyam, un jeune homme de 19 ans originaire de Philadelphie, abattu le 18 février dans le village de Mukhmas, en Cisjordanie, alors qu’il tentait d’empêcher des colons de voler du bétail, illustre parfaitement le fonctionnement de ce système. Il a fallu des heures pour le transporter à l’hôpital en raison des barrages routiers de “sécurité” et des restrictions de circulation imposées par le gouvernement israélien. Les colonies israéliennes, implantées sur des terres palestiniennes volées, se sont développées à un rythme soutenu et les colons agressifs sont systématiquement protégés par l’armée et la police. Selon un rapport des Nations unies, on a dénombré plus de 1 800 attaques de colons rien que l’année dernière. Ces attaques incluent des actes de violence, des dégradations matérielles, des incendies criminels, le meurtre de bétail et des vols.
Dans un pays civilisé, l’ambassade ou le consulat des États-Unis ferait pression sur le gouvernement local pour qu’il mène une enquête et cherche à faire arrêter, juger et condamner les meurtriers, mais cela n’arrive jamais en Israël, où la politique consiste à “laisser les Israéliens s’en occuper”.Évidemment. Neuf citoyens américains ont été assassinés en Israël ces dernières années, mais personne n’a été inculpé pour ces meurtres et les États-Unis ont refusé d’ouvrir une enquête indépendante. Parmi les victimes figure Amer Rabee, un adolescent de 14 ans né dans le New Jersey, abattu par des soldats le 6 avril 2025 sur la base d’allégations non prouvées selon lesquelles il aurait jeté des pierres. On compte également Saifullah Kamal Musallet, un habitant de Tampa en Floride, âgé de 20 ans, battu à mort par des colons israéliens en juillet, ainsi que Khamis Ayyad, 44 ans, mort en août dans l’incendie des maisons de son village par des colons. En février 2024, Tawfic Abdel Jabbar et Mohammad Ahmed Mohammad Khdour, tous deux âgés de 17 ans, ont été abattus lors d’incidents distincts. En septembre de la même année, un soldat a mortellement blessé à la tête Aysenur Ezgi Eygi, une manifestante de 26 ans originaire de Seattle, lors d’une manifestation contre les colonies illégales. Et puis Omar Assad, 78 ans, qui se promenait dans son village, a été arrêté sans raison par des soldats, menotté et bâillonné, les mains liées derrière le dos, puis abandonné seul, allongé sur le ventre, sur un chantier glacial. Il est mort d’une crise cardiaque due au stress en janvier 2022.
Le meurtre très médiatisé de la journaliste Shireen Abu Akleh, qui a vécu son enfance dans le New Jersey, en mai 2022, a également marqué les esprits. Les autorités israéliennes ont déterminé que les tirs provenant de l’armée étaient “probablement” accidentels, malgré les enquêtes menées par les médias et l’ONU, qui ont conclu qu’elle a été délibérément prise pour cible et tuée pour l’empêcher de rendre compte des crimes de guerre israéliens. Au-delà du cas d’Abu Akleh, Israël est responsable de deux tiers des assassinats de journalistes dans l’exercice de leurs fonctions dans le monde.
Dans le cas de l’adolescent Nasrallah Abu Siyam et des autres meurtres récents, plus de 30 sénateurs américains ont signé une lettre pour appeler l’administration Trump à ouvrir une enquête indépendante.
“Pour ces neuf meurtres, personne n’a encore été tenu responsable par le gouvernement Netanyahu, et le gouvernement américain n’a pas non plus rempli son devoir de protection des Américains, ni assuré la justice ni garanti la recherche de responsabilités pour leur mort”, indique la lettre des membres du Congrès. “Nous ne savons pas combien d’Américains devront encore mourir en Cisjordanie pour que cette administration, ou d’autres, prennent des mesures crédibles et efficaces pour établir l’obligation de rendre des comptes et mettre fin aux meurtres impunis et incessants de citoyens américains commis par des Israéliens”.
Le département d’État a présenté ses condoléances à la famille et a affirmé attendre “une enquête complète, approfondie et transparente sur les circonstances entourant sa mort”, indiquant toutefois que les autorités israéliennes seraient chargées de mener l’enquête, suggérant ainsi qu’aucune mesure ne sera jamais prise. Ce refus de représenter les intérêts des citoyens américains s’explique par l’engagement sioniste de tous les ambassadeurs américains en Israël, le pire d’entre eux étant l’actuel titulaire, Mike Huckabee, qui a rencontré Jonathan Pollard, le principal espion israélien contre les États-Unis, et a défendu un Grand Israël s’étendant du Nil à l’Euphrate. La population indigène sera bien sûr déplacée, tout comme les Gazaouis, les Palestiniens de Cisjordanie et les habitants du sud du Liban sont actuellement éliminés grâce à Donald Trump et ses comparses. Dans une interview de Tucker Carlson, Huckabee a déclaré qu’il serait “normal”que l’État juif s’approprie tout le Grand Israël, car c’est une “terre donnée par Dieu au peuple juif”. L’affirmation n’était pas banale, et constituait plutôt un moment de franchise improvisé, un aveu de taille susceptible de changer le monde : l’existence d’un système de croyances suprémaciste favorisant l’État juif, en œuvre depuis longtemps dans les coulisses de la politique étrangère américaine.
Le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, fervent sioniste chrétien, anticipe même les grands bienfaits découlant d’un conflit mondial prédit dans la Bible, l’Armageddon, qui doit débuter au Moyen-Orient et mener à la “fin des temps”, après quoi les fidèles monteront au ciel lors de l’“Enlèvement”.Toute personne s’interrogeant sur les orientations de la politique étrangère et de sécurité nationale des États-Unis trouvera des pistes de réflexion dans les propos d’Hegseth et Huckabee.
Le fait est qu’Israël traite de manière plus que barbare toute personne non juive, mais Donald Trump et ses acolytes semblent trouver ce traitement parfaitement normal. La semaine dernière, j’ai vu sur Facebook une vidéo qui m’a révulsé. On y voyait une femme chrétienne promenant ses chiens à Jérusalem et se faisant agresser par une foule d’étudiants juifs orthodoxes hystériques qui l’ont attaquée, elle et ses chiens, simplement parce qu’elle existe. Je suis certes un passionné d’animaux, mais ces agresseurs dépassaient à ce point les limites des conventions morales qu’on ne peut que condamner ce qu’ils représentent. Cet étalage ostentatoire de leur prétendu exceptionnalisme divin devrait révolter la plupart de ceux qui ne partagent pas leur foi. Le plus révoltant, c’est que cette femme et ses chiens ne sont pas une exception aux persécutions que les chrétiens subissent actuellement à Jérusalem de la part de leurs prétendus seigneurs juifs. Les églises sont régulièrement vandalisées et l’accès aux offices refusé aux chrétiens qui sont en outre la cible de crachats, de malédictions et de harcèlement dans les rues. Des rapports font même état de la coutume juive de cracher sur les chrétiens !
Le système de croyances sioniste chrétien a malheureusement réussi à dominer l’évangélisme américain et la politique israélienne. Cette idéologie prône le “droit divin” de conquérir, piller et commettre un génocide, se positionnant ainsi au-dessus de toute loi humaine ou norme internationale. Il s’agit, par définition, d’une doctrine suprémaciste ethnique et théologique qui déshumanise les peuples voisins qu’elle considère comme des obstacles au plan divin. Cette philosophie s’“enracine dans la suprématie ethnique” et prétend que “Dieu a donné à l’Israël moderne le droit de tuer qui il veut et de voler toutes les terres qu’il convoite”.
Cette philosophie ne se contente pas de promesses symboliques, elle s’applique aux biens immobiliers, et les millions d’occupants actuels doivent être “asservis, expulsés ou éliminés par tout moyen que l’histoire exigera”. Une telle vision du monde réduit la Constitution américaine, le droit international et la Charte des Nations unies à de simples tracasseries. Mike Huckabee a ainsi affirmé que “la Charte des Nations unies ne compte pas, car Dieu l’a ordonné” ! Son boss, Donald Trump, a déclaré qu’en tant que président des États-Unis, “je peux faire tout ce que je veux !”, y compris commettre un génocide et s’approprier illégalement des terres. Avec de telles croyances, on comprend pourquoi de nombreux Américains sont de plus en plus inquiets de la trajectoire suivie par notre pays !
Traduit par Spirit of Free Speech
- Source : The Unz Review (Etats-Unis)












