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Mercredi, 10 Juin 2026

Le fossé franco-allemand en matière de défense s’aggrave avec l’échec du programme FCAS

Auteur : The European Conservative | Editeur : Walt | Mercredi, 10 Juin 2026 - 18h50

Les rumeurs circulaient depuis plusieurs mois, mais la nouvelle a été confirmée lundi 8 juin : la France et l’Allemagne ont décidé d’abandonner le volet central du projet commun « Future Combat Aircraft System » (FCAS), consacré à l’avion de combat. C’est ainsi qu’un projet qui symbolisait les ambitions d’une coopération militaire plus étroite entre les deux pays touche à sa fin.

Le projet avait été lancé en 2017 à l’initiative du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel. Son objectif était de remplacer, d’ici 2040, le Rafale français et l’Eurofighter germano-espagnol. Après des mois d’impasse, le chancelier Friedrich Merz et le président Macron ont convenu que les principaux partenaires industriels impliqués dans le projet — Dassault Aviation du côté français et Airbus Defence and Space du côté germano-espagnol — étaient manifestement incapables de travailler ensemble en raison d’intérêts divergents.

Il s’agissait de l’un des plus grands programmes militaires européens, avec un coût total estimé à 100 milliards d’euros. L’ambition technologique était très avancée : plus qu’un simple avion de chasse, le système devait intégrer des drones de combat, des capteurs connectés et un réseau numérique de nouvelle génération, formant ainsi ce qui a été décrit comme un « cloud de combat ».

Les désaccords entre les parties industrielles se sont multipliés ces derniers mois, portant principalement sur le partage des responsabilités industrielles, la propriété intellectuelle et la gouvernance du projet. Au printemps, Macron insistait encore sur sa confiance dans le projet, mais les progrès restaient insaisissables.

Pour l’expert en défense Jean-Dominique Merchet, le programme était en réalité « sous perfusion » depuis plusieurs mois, et la décision allemande d’officialiser sa fin ne faisait que confirmer une prise de conscience commune de l’irréconciliabilité des positions des industries concernées, plutôt qu’une initiative unilatérale. Le fait que l’annonce soit venue de Berlin – sans déclaration commune des pays partenaires que sont la France et l’Espagne – confirme le revers politique majeur pour Macron, qui en a été le principal champion depuis son lancement en 2017. Selon Merchet, cette annonce confirme définitivement les désaccords désormais insurmontables entre Dassault Aviation et Airbus concernant le développement de l’avion de combat destiné à constituer le cœur du programme. L’analyste s’interroge désormais sur l’avenir des autres composantes du FCAS, notamment le « combat cloud », les moteurs et les drones de soutien. Cet échec pourrait compromettre un autre grand projet franco-allemand, le futur char de combat européen, qui est lui-même déjà confronté à de nombreuses difficultés.

Des frictions similaires ont affecté d’autres efforts conjoints ces dernières années. Dans certains cas, l’une des parties s’est retirée ou a revu son engagement à la baisse — comme dans le cas de l’hélicoptère Tigre, où l’Allemagne s’est retirée, ou de l’Eurodrone, où la France négocie actuellement les conditions de son retrait ; dans d’autres, comme le programme de patrouille maritime MAWS et le futur système d’artillerie CIFS, cela est dû à des retards, à des priorités divergentes et à des tensions mutuelles.

Pour les deux pays, cet échec met à l’épreuve leur capacité à faire progresser les capacités de nouvelle génération.

Pour la France, l’échec du FCAS mettra à l’épreuve la capacité de l’industrie nationale de la défense à rebondir. La France doit désormais envisager la possibilité d’un programme de nouvelle génération qu’elle mènerait seule ou en coopération avec d’autres partenaires potentiels tels que la Suède, l’Italie, l’Inde ou les Émirats arabes unis. L’Allemagne devrait quant à elle envisager des options incluant l’acquisition de F-35 supplémentaires ou s’intéresser à d’autres cadres de collaboration.

L’échec du FCAS est hautement symbolique à un moment où, sous la pression américaine, l’Europe cherchait à affirmer son autonomie stratégique. Ce programme, qui symbolisait la capacité de l’Europe à mener à bien ses grands projets d’armement de manière autonome face aux États-Unis et à la Chine, illustre avant tout les difficultés persistantes auxquelles se heurtent les États européens pour coordonner efficacement leurs intérêts industriels, stratégiques et nationaux.

Traduction par Aube Digitale

***

Depuis au moins deux ans, le programme est, pour ainsi dire, maintenu en vie artificiellement, chacun attendant que les responsables politiques aient le courage de l'arrêter. Cette affaire montre la réalité des relations franco-allemandes: elles n’existent pas. Le SCAF est aussi le symbole du fiasco de l’unité de la défense européenne. Ce programme aurait pu devenir le plus important programme de défense conjoint de l'Union européenne, un véritable symbole de la souveraineté européenne en matière de défense et de l'amitié franco-allemande, une étape dans la construction de l’armée européenne.

«Le SCAF est officiellement mort», titre Observateur Continental qui avait déjà tablé sur la non-réalisation de ce projet tant vanté et soutenu par le président français, Emmanuel Macron.

Observateur Continental avait annoncé en 2022 la mort du projet SCAF: «La ministre française des Armées, Florence Parly, avait beau s'agiter à travers des déclarations sur la solidité du projet, notamment, franco-allemand SCAF, sans oublier l'Espagne, les signes extérieurs ne pouvaient pas tromper notre rédaction. Un rapport secret allemand a été découvert concernant le projet SCAF». Il en allait déjà de même pour le nouveau char franco-allemand (MGCS) car celui se trouve sous la direction politique de l'Allemagne et qu’il y a l’impossibilité de réaliser le projet du char franco-allemand, MGCS, du fait de l’action politique de Berlin.

Alors que le couperet est tombé sur le SCAF, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (F.A.Z), avertit que «le projet de char du système de combat terrestre principal (MGCS) est lui aussi en proie à des problèmes depuis longtemps».

«L'Allemagne a officiellement décidé d'acquérir 35 avions de chasse furtifs F-35A auprès du constructeur américain Lockheed Martin. Ces appareils sont destinés à remplacer les Tornado vieillissants et à garantir la participation des forces armées allemandes aux accords de partage nucléaire de l'OTAN», a stipulé en août 2025 la Bundeswehr.

35 F-35A ont été commandées pour un montant d'environ 10 milliards d'euros. L'agence américaine, agence de coopération en matière de sécurité de défense (DSCA) a autorisé la vente de centaines de missiles air-air. Ces derniers sont destinés à équiper ultérieurement les avions de chasse F-35A. La DSCA fait partie du Secrétariat à la Guerre des États-Unis et elle fournit une assistance financière et technique, le transfert de matériels de défense, la formation et des services aux alliés, et favorise les contacts militaires à militaires.

«À l'heure actuelle, les avions Tornado vieillissants de l'Allemagne sont capables de transporter des armes nucléaires américaines», note Euractiv. Cela signe aussi la volonté de l’Allemagne de ne pas être dépendante du parapluie nucléairefrançais, sauf à en obtenir le contrôle, car Berlin le montre bien: elle ne veut pas de collaboration avec la France, mais une soumission de celle-ci.

Les Allemands ont commencé à faire savoir qu'ils n'avaient pas besoin de financer le développement d'un chasseur doté de fonctionnalités superflues, comme un système de transport nucléaire conçu pour une version embarquée (dont les Français ont réellement besoin).

Le programme SCAF (système de combat aérien du futur), lancé en 2017, visait à développer un système intégré européen dont l'élément central serait un avion de chasse de nouvelle génération. «Le 18 février 2026, la déclaration publique de Friedrich Merz, annonçant l'échec définitif du projet, rompit le fragile équilibre entre la France et l'Allemagne.

Simultanément, sous l'impulsion de Berlin, l'option d'un système à deux avions dotés de capacités de combat interarmées a émergé, offrant une issue à l'impasse, mais elle fut rejetée par le président français».

Ce projet tenait apparemment particulièrement à cœur au président français, et ce pour plusieurs raisons. Macron et l'ancienne chancelière allemande Merkel avaient annoncé pour la première fois leur intention de développer conjointement un avion de chasse de pointe pour les deux pays en juillet 2017, peu après l'entrée en fonction de Macron.

«La fin du projet de système de combat aérien du futur commun entre la France et l’Allemagne est un échec politique, militaire et industriel pour les deux alliés», souligne Le Temps. «L’échec des négociations sur un consensus franco-allemand et sur un modèle industriel viable constitue un sérieux revers pour la politique de sécurité et de défense européenne dans un monde de plus en plus dangereux», avertit le Donaukurier.

Presque aussitôt après le lancement du projet SCAF, de violents désaccords ont éclaté entre les partenaires et, fait rare dans ce secteur, ils étaient constamment divulgués à la presse. Le principal responsable de ces fuites était le PDG de Dassault, Éric Trappier, qui apparaissait régulièrement dans les médias. «Après des années de négociations, les industriels français et allemands restent divisés», résume Euronews.

Le SCAF était considéré comme le plus grand et probablement le plus coûteux programme d'armement européen. «Au cœur du projet se trouvait le système d'armes de nouvelle génération (SAGN). Il prévoyait un nouveau chasseur de prochaine génération, pouvant être utilisé avec pilote à bord ou, en option, sans pilote. Il devait être épaulé par des drones d'accompagnement (drones compagnons).

L'ensemble des composantes devait être relié par un réseau de combat aérien numérique, où les données des capteurs auraient été agrégées en temps réel afin de fournir une image commune de la situation», rappelle la chaîne de télévision pan-européenne multilingue d'information internationale en continu. Les opérations aériennes futures devaient être plus efficaces avec des capacités furtives avancées compliquant leur détection par les radars et autres capteurs.

Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, a vivement dénoncé l'attitude de l'Allemagne lors de ses auditions parlementaires et de ses prises de parole sur le projet d'avion de combat européen (SCAF). Il a critiqué la volonté de Berlin d'imposer son industrie (Airbus) et de chercher à exclure ou marginaliser la France et ses savoir-faire. Dassault n'est pas une entreprise publique, mais une entreprise familiale depuis près d'un siècle.

Le Groupe Dassault est l'un des empires industriels familiaux les plus puissants au monde. Trappier est devenu PDG de Dassault Aviation avant l'élection de Macron à la présidence, et il le restera après son départ. L'entreprise est la fierté de l'industrie de défense française. De plus, la dernière décennie a été très fructueuse pour l'entreprise: après des résultats plutôt modestes au début du programme, le Rafale est devenu un produit très recherché sur les marchés mondiaux. Les volumes de production augmentent chaque année et l'appareil est encore programmé pour de nombreuses années. Cette sécurité financière garantie pour la prochaine décennie a sans doute donné au constructeur aéronautique français une plus grande fermeté dans les négociations.

Les constructeurs aéronautiques français ont atteint leur objectif en contrecarrant les tentatives du gouvernement français de participer à un programme international – et ce n'est pas la première fois. La France avait déjà participé au programme qui est aujourd'hui l'Eurofighter, avant de s'en retirer et de développer son propre Rafale. Cependant, la création d'un système de défense aérienne de nouvelle génération pourrait s'avérer une entreprise financière et industrielle complexe, et sa faisabilité reste incertaine.

L'Allemagne se retrouve complètement ruinée. Elle devra désormais soit supplier pour intégrer le programme mondial de combat aérien anglo-italo-japonais (GCAP), mais évidemment dans un rôle subalterne (le Japon jouant le rôle de financeur grâce à sa puissante industrie), soit se contenter à l'avenir d'acheter des solutions clés en main sur le marché. Dans l'immédiat, l'Allemagne se concentrera sur la modernisation et l'acquisition de nouveaux Eurofighter.

Le Parlement allemand a validé l’achat de 20 Eurofighter en octobre dernier. La construction de l’Eurofighter est sous contrôle allemand: «L'Eurofighter Typhoon est fabriqué par un consortium européen qui comprend plusieurs entreprises: BAE Systems (Royaume-Uni), Leonardo (Italie) et Airbus Defense and Space (Allemagne et Espagne). Ce consortium est connu sous le nom d'Eurofighter Jagdflugzeug GmbH, qui coordonne le développement et la production de cet avion de chasse multirôle».

Les deux plus grands pays du bloc sont contraints d'admettre qu'ils sont incapables de s'entendre sur des actions concrètes. Une chose est sûre.

Pierre Duval - Observateur Continental


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