Macron qualifie l’argument en faveur de la liberté d’expression en ligne de « pure foutaise »
Les gouvernements européens qui présentent l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs comme une mesure de protection de l’enfance passent sous silence ce que cette interdiction implique réellement : un contrôle d’identité pour tous. Tout adulte souhaitant utiliser Instagram, TikTok ou YouTube en France, en Espagne ou en Allemagne devrait vérifier son identité réelle pour accéder à la plateforme. L’anonymat, l’une des plus anciennes protections de la liberté d’expression dissidente, disparaîtrait alors.
C’est le contexte qu’Emmanuel Macron a omis de mentionner lorsqu’il a qualifié la liberté d’expression en ligne de « pure connerie » mercredi à New Delhi.
GRAVISSIME !
— N. Dupont-Aignan (@dupontaignan) February 18, 2026
Macron en Inde, en anglais, explique pourquoi il veut mettre fin à la liberté d’expression en France.
« La liberté d'expression, c'est du grand n'importe quoi si personne ne sait comment on est guidé à travers cette soi-disant liberté d'expression, surtout quand il… pic.twitter.com/e0cghiWhhy
Le président français s’adressait aux entreprises et à leurs bailleurs de fonds américains alors que les gouvernements européens poussent à la mise en place de restrictions sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à la limitation des « discours haineux », une mesure que l’administration Trump a critiquée comme étant de la censure.
L’argument contraire de Macron repose sur l’opacité des algorithmes. « Sans aucune idée de la manière dont leur algorithme est conçu, testé, entraîné et où il vous mènera, les conséquences démocratiques de ce biais pourraient être énormes », a-t-il déclaré.
« La liberté d’expression est une pure absurdité si personne ne sait comment vous êtes guidé vers cette soi-disant liberté d’expression, surtout lorsqu’elle vous guide d’un discours haineux à un autre. »
Les systèmes de recommandation influencent ce que les gens voient, et les entreprises qui les exploitent ne publient pas les détails. Mais Macron ne propose pas réellement la transparence algorithmique. Il défend un programme réglementaire qui impose la vérification de l’âge, ce qui signifie la vérification de l’identité, ce qui signifie que les gouvernements et les plateformes savent exactement qui s’exprime avant de leur permettre de s’exprimer.
La liberté d’expression anonyme a une histoire qui mérite d’être défendue. Les lanceurs d’alerte, les dissidents, les journalistes qui protègent leurs sources, les victimes d’abus, les minorités politiques dans les régions hostiles : ce sont ces personnes qui dépendent de la possibilité de s’exprimer sans y associer leur nom. Les systèmes de vérification de l’âge ne prévoient aucune exception pour eux. Ils exigent une identité réelle pour tout le monde, sinon le système ne fonctionne pas.
La loi européenne sur les services numériques va plus loin. Au-delà des contrôles d’identité, elle oblige les plateformes à surveiller les contenus signalés comme préjudiciables selon des définitions qui incluent les « discours haineux », une catégorie que les régulateurs européens peuvent définir, redéfinir et appliquer à leur discrétion.
Les États-Unis ont déjà imposé des interdictions de visa à un ancien fonctionnaire européen et à des militants impliqués dans l’application de ces normes, le secrétaire d’État Marco Rubio qualifiant cette initiative de riposte contre le complexe industriel mondial de la censure.
L’effet dissuasif des contrôles d’identité numériques sur les réseaux sociaux est le but recherché. Lorsque les gens savent que leur vrai nom est associé à leur compte et que des propos « préjudiciables » (définis par le gouvernement) peuvent entraîner la suppression de ce compte, ils s’expriment moins. Ils évitent les sujets controversés, politiques ou gênants.
Dans le cadre d’une initiative sans précédent, la France a déjà arrêté le PDG de Telegram, Pavel Durov, et perquisitionné les bureaux de X.
Macron est à New Delhi pour promouvoir une vision d’une IA réglementée et multilingue comme troisième voie entre le modèle du marché américain et l’approche étatique chinoise. Il présente la gouvernance européenne comme l’alternative responsable. Du point de vue du discours, cela ressemble à un système dans lequel les gouvernements décident qui peut s’exprimer anonymement (personne), quels contenus les plateformes peuvent héberger (tout ce que les régulateurs ne jugent pas préjudiciable) et quelles entreprises peuvent opérer (celles qui sont disposées à mettre en place l’infrastructure d’identification requise par les interdictions).
Traduction par Aube Digitale
- Source : Reclaim The Net












