Butin de guerre sans guerre : La piraterie d’État occidentale contre la Russie
Des commandos, des saisies, des cargaisons vendues pour financer une guerre : sous couvert de sanctions, l’Occident a délibérément franchi une ligne rouge. En instaurant un «blocus invisible» et en transformant des actifs civils en butin de guerre sans déclaration de guerre, il invente une forme inédite de piraterie d’État. Une stratégie à haut risque qui menace les fondements mêmes du commerce mondial. Le droit maritime est suspendu, la mer n’appartient plus à personne.
Le capitaine du Grinch en garde à vue, Londres transforme les saisies en butin de guerre pour l’Ukraine
Ce qui se joue depuis janvier 2026 en Méditerranée n’est ni un accident, ni une simple montée en tension liée aux sanctions. C’est un basculement stratégique beaucoup plus profond : la mer n’est plus un espace neutre, mais un champ de prédation politique assumée.
Hélicoptères de combat, commandos héliportés, tankers immobilisés, capitaines détenus sans déclaration de guerre : les images rappellent davantage l’âge de la course et des prises que le droit international du XXIe siècle. Et pourtant, ce sont bien des États occidentaux, membres permanents du Conseil de sécurité ou piliers de l’OTAN, qui orchestrent ces opérations, sans état de guerre reconnu.
Les dernières heures confirment cette dérive. Le capitaine indien du Grinch, arraisonné le 22 janvier par des commandos français, est désormais en garde à vue à Marseille et passera en procès en février pour «refus de coopération». Pendant ce temps, le Progress reste à la dérive au large de l’Algérie, son statut «hors de contrôle» masquant une possible intervention occidentale.
Plus révélateur encore, le Royaume-Uni annonce ouvertement son intention de saisir davantage de tankers russes afin de revendre leur cargaison et d’en affecter le produit au financement de l’effort de guerre ukrainien. Nous ne sommes plus dans le registre des sanctions, mais dans celui de la confiscation marchande : la transformation explicite d’actifs civils en butin de guerre, sans déclaration de guerre, sans cadre onusien, et sans autre légitimité que la puissance navale.
L’arraisonnement du Grinch par la Marine française, suivi de la mise hors service du Progress, ne marque donc pas seulement une escalade contre la Russie. Il inaugure une nouvelle doctrine maritime occidentale : la souveraineté mobile, exercée loin de tout cadre juridique clair.
La Marine nationale française a elle-même diffusé une vidéo de l’opération : des commandos descendant en rappel depuis un hélicoptère NH90 Caïman sur le pont du Grinch, images qui circulent largement sur les réseaux et les médias. Ce que Paris présente comme une démonstration de «respect des sanctions» apparaît aux yeux de beaucoup comme une mise en scène de force brute, rappelant les abordages de l’ère coloniale plutôt qu’un acte de police maritime moderne.
La mer comme zone grise permanente
Officiellement, Paris et Londres invoquent le «respect des sanctions», la «sécurité maritime» ou des navires prétendument «hors de contrôle». En réalité, nous assistons à la normalisation de l’arraisonnement préventif, sans déclaration de blocus, sans mandat international, sans état de guerre reconnu.
Le procédé est désormais bien rodé :
- pavillon jugé «suspect»,
- armateur ou gestionnaire sous sanctions,
- prétexte technique (AIS défaillant, manœuvre anormale, coopération insuffisante),
- intervention militaire,
- judiciarisation a posteriori.
Des exemples concrets pullulent. Outre le Grinch et le Progress, la France a déjà saisi un tanker lié à la «flotte fantôme» russe en décembre 2025, tandis que l’Allemagne bloque un navire similaire en mer du Nord. Les États-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, ont intercepté au moins sept tankers sanctionnés depuis janvier, dont des navires russes opérant via le Venezuela.
Cette accumulation transforme progressivement la mer en zone grise institutionnalisée, où l’Occident s’octroie un droit d’exception permanent, sans contrôle international effectif. Le droit ne précède plus l’action : il la suit. La force crée la norme, puis l’habille de justifications juridiques secondaires. Nous ne sommes plus dans le droit maritime, mais dans une administration politique de la mer par la force.
Cette multiplication des interceptions – de la Méditerranée à l’Atlantique – s’inscrit dans une dynamique impulsée par l’administration Trump, qui a multiplié les saisies depuis son investiture : au moins sept tankers sanctionnés interceptés depuis début janvier, souvent avec le soutien logistique britannique ou européen. L’Europe suit le sillage américain, transformant la «zone grise» en une doctrine partagée : la mer appartient à ceux qui ont la force de l’imposer.
De la sanction à la prédation économique
Contrairement au discours dominant, ces opérations ne visent pas seulement à «punir» Moscou. Elles s’attaquent au cœur logistique de la mondialisation russe.
Depuis l’échec des sanctions financières classiques, la Russie a restructuré son économie autour de trois piliers :
- exportations maritimes d’hydrocarbures,
- circuits d’assurance et de paiement alternatifs,
- flotte vieillissante mais massive sous pavillons de complaisance.
Ce système fonctionne tant que la mer reste ouverte.
Il s’effondre dès que l’incertitude devient structurelle.
Car le véritable levier occidental n’est pas la saisie elle-même, mais la peur qu’elle diffuse dans toute la chaîne maritime :
- assureurs qui se retirent,
- affréteurs qui hésitent,
- ports qui refusent l’accès,
- équipages qui désertent.
C’est une guerre du risque, pas seulement du tonnage.
Les chiffres sont sans ambiguïté. La «flotte fantôme» russe, estimée à plus de 600 navires, assure environ 70% des exportations pétrolières de Moscou en contournant le plafond de prix du G7. Chaque interception fait bondir les primes d’assurance de 20 à 30%, rendant certaines rotations économiquement impossibles. À terme, cela pourrait entraîner une contraction de 15% des revenus russes d’hydrocarbures d’ici fin 2026, fragilisant les trois piliers du système décrit plus haut.
Au-delà des chiffres bruts, l’impact psychologique est dévastateur. Les armateurs et assureurs, majoritairement basés à Londres ou dans des paradis fiscaux, appliquent désormais une «liste noire informelle» : tout navire ayant transité près d’une zone d’intervention occidentale risque d’être blacklisté. C’est une forme de censure maritime auto-imposée par le marché, plus efficace que n’importe quel décret : la Russie paie doublement, en pertes directes et en exclusion systémique du système financier maritime global.
La vraie innovation occidentale : privatiser le blocus
Historiquement, un blocus est un acte de guerre clair, assumé et codifié.
Ce qui se met en place aujourd’hui est plus insidieux : un blocus sans nom, fragmenté, juridiquement flou, mais économiquement redoutable.
Le Royaume-Uni joue ici un rôle central. En revendiquant ouvertement la possibilité de vendre les cargaisons saisies, Londres franchit une ligne supplémentaire : celle de la captation directe de valeur, assumée comme instrument de politique étrangère. La City, les assureurs, les cabinets juridiques et la Royal Navy forment un écosystème cohérent où la mer devient un espace de rentabilité stratégique.
Il ne s’agit plus de faire respecter des règles, mais de transformer la puissance navale en outil de prélèvement économique.
Une stratégie dangereusement asymétrique
À court terme, l’Occident pense tenir un avantage décisif. La Russie ne peut escorter tous ses navires. Sa flotte est étirée, ses ressources limitées, et ses routes maritimes concentrées (Baltique, mer Noire, Méditerranée).
Mais cette lecture est myope.
Moscou n’est pas seule. Elle peut :
- internationaliser le risque en impliquant la Chine,
- militariser ses exportations via des convois mixtes,
- déplacer les flux vers l’Arctique,
- répondre de manière asymétrique (ports, câbles, assurances, cyber).
Le jour où un tanker chinois escorté par un bâtiment russe sera intercepté ou menacé, ce ne sera plus une affaire russo-occidentale, mais une rupture d’équilibre systémique.
Les répercussions immédiates et les risques de représailles
À peine 48 heures après les saisies, les premières tensions apparaissent. Le consulat russe à Édimbourg exige l’accès aux équipages détenus et évoque des mesures réciproques contre des navires occidentaux. Des analystes militaires évoquent déjà la possibilité de saisies ciblées de tankers britanniques, ou d’une intensification de la guerre économique indirecte, notamment via des attaques contre les assureurs londoniens.
L’asymétrie est claire : l’Occident domine les mers ouvertes, mais la Russie excelle dans les espaces contestés. Si la Chine entre en jeu, ne serait-ce que pour sécuriser ses approvisionnements, le blocus pourrait muter en crise multilatérale, avec des pertes commerciales mondiales se chiffrant en milliards par jour.
Des voix à Moscou évoquent déjà des scénarios de rétorsion ciblée : non seulement des saisies symétriques de navires occidentaux en mer Noire ou Baltique, mais aussi une accélération des partenariats avec l’Iran et la Chine pour créer des «couloirs sécurisés» armés. Si un convoi russo-chinois est menacé en Méditerranée ou en mer Rouge, l’escalade pourrait devenir incontrôlable, transformant un blocus économique en crise de sécurité collective mondiale.
Quand la mer cesse d’être un bien commun
Ce qui se joue de la Méditerranée à la Baltique dépasse largement la Russie. C’est la remise en cause du droit maritime comme socle universel, remplacé par une géopolitique du fait accompli.
Dans ce contexte, l’illusion d’impunité occidentale pourrait s’effondrer rapidement. La vidéo diffusée par la Marine française de l’assaut sur le Grinch – soigneusement mise en scène – symbolise moins une démonstration de force qu’un aveu : celui d’un ordre maritime qui ne tient plus que par la coercition.
En croyant étouffer Moscou, l’Occident fragilise le commerce mondial, délégitime ses propres principes et prépare un monde où la mer ne sera plus un espace de circulation, mais un champ de confrontation permanente.
La question n’est donc pas de savoir si la Russie cédera.
La vraie question est : combien de temps encore le reste du monde acceptera-t-il que quelques puissances transforment les océans en zones de chasse économique et politique ?
La tempête, elle, est déjà en mer.
En définitive, ce qui est en train de naître sous nos yeux n’est pas seulement un blocus contre la Russie : c’est la mort lente du principe de liberté de navigation pour tous, remplacé par un ordre maritime sélectif où la règle est la force et le profit.
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- Source : Réseau International















