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Mardi, 27 Janv. 2026

Répression des agriculteurs : le pouvoir montre des signes de fracture

Auteur : Lalaina Andriamparany | Editeur : Walt | Mardi, 27 Janv. 2026 - 16h27

Dans les Landes, un incident discret mais explosif secoue les relations entre la préfecture et les forces de l’ordre. Agnès Mazin-Bottier, directrice départementale de la police nationale, a quitté ses fonctions fin janvier 2026 dans un contexte polémique. Officiellement un départ à la retraite anticipée après 38 ans de carrière, mais le syndicat des commissaires de police nationale (SCPN) dénonce un limogeage arbitraire et illégal orchestré par le préfet Gilles Clavreul.

Dans les Landes, le départ d’Agnès Mazin-Bottier, directrice départementale de la police nationale, n’a rien d’anodin. Officiellement présentée comme une retraite anticipée, l’affaire prend une tout autre tournure à la lumière des accusations portées par le syndicat des commissaires de police. En cause : la manière dont le préfet Gilles Clavreul aurait exigé une répression plus ferme des agriculteurs.

Le conflit : la négociation face à la répression

Tout part des manifestations agricoles du 11 janvier janvier. Bloquages, démontage d’un portail de la DDTM par la FNSEA et les JA, dégradations dénoncées par la préfecture qui porte plainte pour vol aggravé et dégradations de biens publics. Face à ces actions, le préfet attendait une réponse musclée.

Mais la commissaire Mazin-Bottier applique un principe de base de maintien de l'ordre suivant les consignes du ministre de l’Intérieur, qui privilégie la négociation et le dialogue pacifique plutôt qu’une intervention répressive immédiate.

Pour le SCPN, le préfet Gilles Clavreul y aurait perçu dans cet acte, une forme de désobéissance et de faiblesse.

Résultat : retrait de commandement, puis départ forcé. Le SCPN parle d’abus de pouvoir flagrant, d’une décision qui bafoue la hiérarchie policière. Selon Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN, le préfet Clavreul aurait littéralement explosé au téléphone face à Agnès Mazin-Bottier, exigeant une répression immédiate : « Dégagez-les, interpellez-les ! ».

Devant le refus de la commissaire, la sentence serait tombée par un laconique SMS : « Vous m’avez désobéi, vous êtes démise de vos fonctions ». Pour le SCPN, cette affaire est une attaque directe contre l'indépendance professionnelle de la police.

Fracture interne et crise de confiance

Gilles Clavreul conteste vigoureusement et tente de jouer sur les mots. Il reconnaît avoir retiré le commandement à la commissaire pour une « instruction non exécutée », mais nie tout limogeage.

« Grossièrement inexact », rétorque-t-il aux accusations, affirmant agir dans ses prérogatives légales. Pas de sanction disciplinaire formelle, mais un départ précipité.

Déclaration du Syndicat des commissaires de la Police Nationale (SCPN):

DDPN des Landes démise arbitrairement et illégalement de ses fonctions par le préfet : le SCPN ne laissera pas faire !

Le malaise est désormais ouvert. Le SCPN a saisi le ministère de l’Intérieur, dénonçant une dérive grave dans les relations entre autorité préfectorale et hiérarchie policière. Fait rare, l’ensemble de la chaîne locale semble s’être liguée contre le préfet, symptôme d’une crise de confiance profonde.

L’affaire des Landes dépasse le cadre d’un conflit local. Elle illustre un État sous tension, prompt à la coercition face aux corps intermédiaires. À force de confondre autorité et autoritarisme, le pouvoir fragilise ses propres fondations. Et révèle, au grand jour, les fissures d’un système à bout de souffle.

***

Landes : la directrice de la police démise de ses fonctions, le préfet Gilles Clavreul en cause

La préfecture des Landes a confirmé lundi avoir démis de ses fonctions la directrice départementale de la Police Nationale pour des "manquements répétés", une mise à l'écart dénoncée comme "arbitraire" par le principal syndicat de commissaires, qui en appelle au ministère de l'Intérieur.

"Après une série de manquements, ayant entraîné deux rappels à l'ordre par le préfet au début et à la fin de l'été 2025" et la constatation de "nouveaux problèmes depuis le début du mouvement des agriculteurs au mois de décembre, le préfet a été conduit à demander au ministère de l'Intérieur (...) la fin des fonctions de Mme Mazin-Bottier", écrit le cabinet du préfet des Landes, Gilles Clavreul, dans un communiqué.

La gestion d'une manifestation agricole "non déclarée" du 11 janvier dernier, lors de laquelle des "individus ont soudé des chaînes en haut et en bas des grilles de la préfecture", a fini par sceller son départ.

"Le préfet a demandé à la commissaire de faire cesser (ces agissements) en dispersant les individus en train de s'y livrer. Cette instruction n'a pas été suivie d’effet, sans qu'à aucun moment il soit fait état d'un risque ou d'une impossibilité d'agir", souligne le communiqué.

Alors à la tête des commissariats de Dax et de Mont-de-Marsan, Agnès Mazin-Bottier, a annoncé son départ à la retraite le 14 janvier, après 36 ans d'ancienneté. Son départ était initialement prévu à l'automne 2026, selon la préfecture.

Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) dénonce de son côté une décision "illégale", "arbitraire" et "méprisante" du préfet des Landes, prononcée selon eux par sms, en lui reprochant d'avoir "désobéi".

Selon le syndicat, c'est à l'inverse grâce "au dialogue normal et fluide", sans recherche d'interpellation, maintenu par la commissaire que la manifestation s'est déroulée "sans dégradation, ni violence, ni intrusion".

"Les agriculteurs ne sont pas des black blocs, ce sont des interlocuteurs respectables, souvent connus des policiers. On privilégie toujours le dialogue", fait valoir Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN.

"Les effectifs de la DDPN sont très faibles - 10 personnes - on n'est pas dans un rapport qui permet d'engager la force, si tant est que c'est nécessaire", ajoute-t-il.

Le syndicat a sollicité une réunion avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, prévue "début février", pour dénoncer les "comportements", "la pression" et "l'immixtion de plus en plus forte" de certains préfets sur les forces de police dans la gestion du maintien de l'ordre.

Source: France-Soir


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