Un Sud global pétrifié par l’impérialisme américain ?
Le coup d’État américain au Venezuela fait dire aux atlantistes que le Sud global n’existe pas, sinon les puissances des BRICS auraient volé au secours de Maduro, ou de l’Iran en pleine révolution orange (encore une). C’est en substance ce que raconte l’agent américano-sioniste Frédéric Encel dans Le Parisien du 11 janvier 2026.
Vous voyez ça ? Ce sont des images aériennes qui témoignent de l’immense mobilisation des Iraniens à Téhéran pour condamner les émeutes soutenues par l’étranger.
Curieusement, les chaînes occidentales sionistes ne les montrent. Certainement un problème de transmission.
Alors, ça… pic.twitter.com/aoYWqnEWyw
Objectivement, Encel a raison. Cependant, il ne faut pas plaquer sur les BRICS ou le Sud dit global les façons de faire occidentales. Le Sud global n’est pas et n’a pas un catéchisme qui oblige ses membres naturels à voler au secours les uns des autres. Du moins pas encore...
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On rappelle qu’on vit non seulement dans un monde multipolaire, mais que les relations bilatérales entre amis ou ennemis plus ou moins déclarés oscillent en fonction... des événements internationaux. Ainsi l’Inde et le Pakistan peuvent appartenir au Sud global et se faire une petite guerre, vite éteinte par les Américains... qui ont besoin de l’Inde pour contrebalancer la puissance chinoise. De ce point de vue, Encel a raison. Sauf que Mandon, ce spécialiste de la Chine, vient lui expliquer (c’est une façon de parler) que la Chine ne fonctionne pas à l’occidentale.
On voit où Encel veut en venir : le Sud global n’a pas réagi au coup de Trump à Caracas (le roi vénézuélien est tombé sur une attaque de fou), donc ce dernier va pousser ses pions au Groenland et en Iran, et le Sud global se soumettra. Il est intéressant d’intercaler l’analyse sur Telegram de Laurent Michelon à ce sujet.
Un commentaire de très haute facture dans le journal Guancha.cn en réponse aux interrogations et indignations en Occident principalement, envers ce qui est perçu, voire dénoncé comme une « inaction de la Chine » lorsque ses partenaires régionaux, Venezuela ou Iran, sont attaqués.
L’article met garde contre le piège de "la logique de géopolitique axiale", que j’appelais auparavant la "logique de gang occidentale" qui imagine que la Chine fait partie d’un axe essentiellement anti-américain. L’article explique :
« On peut dire que si la Chine s’était concentrée uniquement sur l’idéologie anti-américaine tout en abandonnant la planification du développement, elle n’aurait pas poursuivi sa stratégie globale actuelle au Moyen-Orient. Au contraire, elle se serait probablement enfermée dans une lutte sans fin avec les États-Unis et Israël au sein d’un « axe de résistance », passant à côté des opportunités de développement dans la région du Golfe : s’engager avec les régimes anti-américains tout en privilégiant les relations amicales avec les autres nations de la région.
Ainsi, l’initiative « Belt and Road » s’étend au-delà du Venezuela pour englober d’autres pays d’Amérique du Sud, la Chine devenant le partenaire commercial le plus important de l’Uruguay, de l’Argentine, du Brésil et d’autres pays. dans une logique géopolitique « axiale », en supposant que dans le cadre de la rivalité sino-américaine, la Chine doit assumer la responsabilité de soutenir tous les régimes anti-américains.
Par conséquent, s’attendre à ce que la Chine « intervienne » à des moments critiques ou croire que perdre un pays signifie « perdre toute la partie » sont les deux faces d’une même médaille. Le problème réside dans le fait que si le concept d’« axe » peut avoir une signification politique, il ne rend pas pleinement compte des réalités économiques, commerciales ou stratégiques. La Chine ne s’alignera pas contre tous les pays de la région pour soutenir l’Iran, pas plus qu’elle ne s’opposera aux États-Unis en Amérique latine uniquement pour préserver le régime de Maduro. Ces risques ont été préférentiellement atténués dès le départ.
En fin de compte, la diplomatie des grandes puissances comporte des complexités historiques et doit répondre aux réalités d’un environnement en mutation. La diplomatie révolutionnaire a dominé la politique étrangère chinoise pendant un certain temps, mais elle ne peut pas naviguer dans le paysage géopolitique complexe d’aujourd’hui. Si la Chine reste un partenaire stratégique essentiel de l’Iran, cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne peut avoir qu’un seul partenaire.
En outre, Encel suppose que l’Alliance atlantique et l’Union européenne sont plus solidaires que le Sud global. Il oublie que Trump la joue solo avec l’armée américaine, et laisse l’OTAN, avec un appui très lointain des USA, faire le boulot en Ukraine, alors que les Européens n’en ont pas les moyens. De plus, Trump, fidèle à sa stratégie de un contre un, fait tout pour fracturer l’Europe des 27, et il y parvient. Il affaiblit Macron, Merz et Starmer, porte au pinacle Meloni et Orbán : en tant qu’américano-sioniste, Encel devrait comprendre que son patron joue contre son camp, le bloc occidental !
Perestroïka de l’occidentisme
En réalité, tout se dégèle : tous les blocs, toutes les anciennes alliances volent en éclats, ce qui explique la profusion de conflits et de règlements actuels, sur des bases plus incertaines, plus liquides, plus provisoires. Le monde est entré dans une zone de turbulences, et même l’Amérique n’est plus unie comme avant. Le conflit gauche-droite, ou démocrates-républicains, n’a jamais été aussi fort, et Trump est obligé de faire appel à l’armée pour faire régner l’ordre intérieur. De ce point de vue, il n’est pas mieux loti que Macron, qui ne tient que par ses 80 000 policiers et gendarmes dans les rues. Même topo pour Netanyahou, qui est obligé de prolonger ses guerres et ses massacres de voisins pour se maintenir au pouvoir. Heureusement, le juge qui le poursuivait est décédé dans un accident de voiture. Les Israéliens aussi ont leurs Denécé et leurs Marleix La chance sourit aussi aux salauds.
🇮🇷 🇫🇷 - « La France condamne le recours à la violence contre les manifestants en Iran ».
— 🅿🄴🅰🄲🅴 🆃🅅 (@TvTvpeace) January 11, 2026
La France avec des manifestants. 👇🏼
PS : Ouais, mais là, c'est pas pareil pic.twitter.com/SDBXXlYRc0
On n’en voudra donc pas à l’agent Encel d’avoir un biais cognitif occidentaliste, ne voyant que fractures dans le camp d’en face et pas dans le sien. En réalité, tout est fracturé, car en recomposition.
Nous terminerons cette note sur l’invitation de Villepin chez Paracuellos (la remplaçante du sioniste de gauche Demorand), qui pense encore que l’Europe peut peser, si elle prend confiance en elle et évite le populisme de droite. D’accord, mais comment retrouver notre souveraineté sans populisme ?
De manière assez maligne, Villepin prend le parti des sanctions contre la Russie – et là on se dit qu’il déconne à plein tube – mais pour en imposer aussitôt aux Américains, qui sont de plus en plus interventionnistes ! Et on comprend qu’il pense aussi à Israël...
Au fond, la grande question demeure : combien de temps l’Europe sera-t-elle inféodée à l’axe américano-israélien. En d’autres termes, quand grandira-t-elle ? Une croissance en conscience et indépendance, pas en nombre de pays…
- Source : E&R
















