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Dimanche, 14 Juill. 2024

Sous Macron, la France rétablit la « censure préventive » après plus de 140 ans

Auteur : Olivier Bault | Editeur : Walt | Jeudi, 01 Juin 2023 - 19h17

Le 9 mai, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a demandé aux préfets de toute la France d’interdire tous les événements et manifestations organisés par « l’extrême droite ou l’ultra-droite ». Rien qu’à Paris, la préfecture de police a interdit six manifestations de ce type le week-end dernier, dont un colloque organisé par l’Institut Iliade.

Le colloque qui devait avoir lieu dimanche visait à honorer la mémoire de Dominique Venner, un historien qui s’est donné la mort il y a exactement 10 ans dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, en guise de « sacrifice » pour « rompre avec la léthargie qui nous accable », pour « réveiller les consciences assoupies ».

« Je me rebelle contre le destin. Je proteste contre les poisons de l’âme et les désirs d’individus envahissants de détruire les ancrages de notre identité, dont la famille, base intime de notre civilisation multimillénaire », a-t-il déclaré dans un message lu après sa mort.

Dans l’une des six décisions prises par le préfet de police de Paris le week-end dernier pour se conformer à l’ordre du gouvernement du Premier ministre Élisabeth Borne, un tribunal administratif a annulé l’interdiction d’une conférence et d’une marche organisées par l’organisation royaliste Action française pour commémorer Jeanne d’Arc. La manifestation a donc été autorisée et s’est déroulée sans trouble de l’ordre public, comme les années précédentes.

En revanche, les organisateurs du colloque de l’Institut Iliade ont été informés si tardivement – moins de 24 heures avant la date prévue – qu’il leur a été impossible d’obtenir en justice une mesure provisoire en leur faveur. Ainsi, lorsque les personnes invitées au colloque se sont présentées à la salle louée par l’Institut Iliade à Paris, un cordon de police leur en a interdit l’accès.

Laurent Nunez, préfet de police de Paris, a motivé cette interdiction en déclarant dans sa décision que : « Il existe un risque sérieux qu’à l’occasion de cet hommage, des propos incitant à la haine et à la discrimination à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion soient tenus (…) de nature à mettre en cause la cohésion nationale et les principes consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. »

C’est exactement ce qu’est la censure préventive : Rien n’a encore été fait ou dit par l’Institut Iliade ou l’un des participants au colloque interdit, mais cela pourrait arriver, donc il ne faut pas que cela ait lieu.

Ce type de censure a été supprimé en France avec la loi de 1881 sur la liberté de la presse et n’a été rétabli jusqu’à présent qu’en temps de guerre.

Cependant, en 2014, le président du Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, étroitement liée au pouvoir exécutif, puisque ses juges sont souvent récompensés pour leurs services par des postes de premier plan dans les ministères, a créé un précédent en validant l’interdiction d’un spectacle de Dieudonné M’Bala M’Bala, un humoriste français qui doit son nom africain à son père camerounais et qui avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale en raison de ses plaisanteries antisionistes, qui étaient considérées comme antisémites.

Mais la décision prise le 9 mai par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, va encore plus loin puisqu’elle vise des organisations qui n’ont pas nécessairement été condamnées par le passé mais qui appartiennent à « l’extrême droite » ou à « l’ultra-droite » aux yeux des autorités françaises.

Darmanin a pris sa décision après qu’une marche de quelque 500 jeunes vêtus de noir et portant des croix celtiques, souvent qualifiées de symboles néofascistes en France, a eu lieu le 6 mai comme chaque année – toujours légalement et pacifiquement – pour commémorer la mort, en 1994, d’un jeune militant d’extrême droite qui fuyait la police au cours d’une manifestation interdite. Cependant, des organisations comme l’Action française royaliste ou l’Institut Iliade identitaire n’ont aucun lien avec les manifestants du 6 mai.

Même un commentateur très politiquement correct comme Jean-Yves Camus, qui est souvent invité par les médias français dominants de gauche en tant qu’expert de l’extrême droite, a exprimé sa consternation face à la décision du préfet de police de Paris concernant l’Institut Iliade : « Il n’y avait pas de risque réel, voire aucun, que les choses dégénèrent », a-t-il déclaré, car « les conférences de l’Iliade sont filmées et mises en ligne sur leur site Internet assez rapidement ».

Quant au risque d’entendre des propos racistes lors du colloque de dimanche, M. Camus a déclaré qu’on ne pouvait supposer un tel risque que « si parler du Grand Remplacement est raciste ».

C’est d’ailleurs ce qui ressort des motivations données par écrit par le préfet de police de Paris pour justifier sa décision d’interdire l’événement : Cette réunion n’est pas un simple hommage mais plutôt « une célébration pour poursuivre les actions contre l’accélération du grand remplacement afro-maghrébin ». Le préfet de police a utilisé des guillemets dans cette phrase car il a attribué ces mots de « grand remplacement afro-maghrébin » à l’Institut Iliade, bien que son directeur, Jean-Yves Le Gallou, ait nié lors d’une conférence de presse que ces mots provenaient de son organisation.

L’Institut Iliade a également contesté l’affirmation des autorités selon laquelle le colloque de dimanche était un événement public, puisqu’il devait se tenir dans un lieu loué à titre privé pour les seuls participants invités.

Il semble que les autorités françaises aient voulu interdire toute discussion sur le remplacement de population en cours, lié à une immigration de masse toujours plus importante, tant légale qu’illégale, qu’une grande majorité de citoyens français considèrent comme une source d’inquiétude.

Le Gallou, ancien haut fonctionnaire, estime que cette situation reflète une tendance politique plus large : « Le gouvernement est affaibli par sa politique qui va à l’encontre des aspirations des Français, notamment sur deux sujets majeurs : l’immigration massive qui se répartit, petit à petit, dans la France rurale… et la limitation de la propriété privée par rapport au développement de l’éolien. » Les dirigeants politiques n’ont donc plus que deux solutions, pense Le Gallou : « la propagande massive et la censure. Il y a deux formes de censure, la censure directe que nous avons connue et la censure par intimidation. C’est ce que j’appelle la « tenaille totalitaire ».

Le retour de la censure préventive visant ceux qui s’opposent à l’immigration de masse ou défendent des valeurs conservatrices et patriotiques intervient après que le président Emmanuel Macron a agi par l’intermédiaire de son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pour interdire l’organisation de jeunesse non violente et respectueuse de la loi Génération identitaire en 2021, en raison de ses actions de protestation pacifiques contre l’absence de contrôles par les autorités pour stopper l’afflux d’immigrés clandestins aux frontières de la France avec l’Italie et l’Espagne.

La décision du préfet de police d’interdire le colloque de l’Institut Iliade a été précédée d’un article publié sur le site Internet de gauche Médiapart. Cet article contenait des informations sur l’historien Dominique Venner, aujourd’hui décédé, qui n’ont pu être communiquées à l’auteur que par les autorités, de sorte qu’il semble que cette publication faisait partie du complot des autorités visant à interdire l’événement.

L’article a été publié le vendredi à 17 heures. Quelques heures plus tard seulement, le préfet de police a décidé d’interdire l’événement qui était prévu le dimanche à 15 heures, mais apparemment ses services ont attendu le samedi après-midi pour informer les organisateurs de sa décision afin qu’ils ne puissent pas faire annuler l’interdiction à temps par un juge.

Lors de la campagne présidentielle de 2017, qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir, Médiapart était l’un des deux portails médiatiques de gauche qui recevaient régulièrement des documents ayant fait l’objet de fuites illégales de la part de la police et des autorités judiciaires dans le cadre de l’affaire montée contre le candidat de centre-droit François Fillon pour faire dérailler sa campagne et laisser la place à l’héritier du président socialiste François Hollande, c’est-à-dire son ancien conseiller spécial pour l’Europe et ex-ministre de l’Économie Emmanuel Macron.

Il semble donc que le même média soit toujours utilisé par le pouvoir exécutif pour attaquer ses opposants d’une manière tout à fait anticonstitutionnelle, et l’on peut se demander, dans cette situation, si la France est encore une démocratie à part entière.

Traduction par Aube Digitale


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