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Lundi, 09 Févr. 2026

Rafles et mobilisation forcée en Ukraine : qu’est-ce que le TCC ?

Auteur : Laurent Brayard | Editeur : Walt | Lundi, 09 Févr. 2026 - 15h13

Les TCC sont les bureaux militaires de recrutement de l’Ukraine et font de plus en plus parler d’eux. Dans les médias anglo-saxons, on peut trouver quelques informations, alors que la mobilisation forcée de l’Ukraine choque le monde. Mais pas dans les médias français… Il faut dire que les brutes de Kiev ne font pas dans le détail : passages à tabac, rafles dans les rues, violences diverses, à la fois contre les raflés et ceux qui protestent ou tentent de s’y opposer, il y a déjà quelques centaines de morts, victimes des nervis du régime de Zelensky. Le phénomène prend de l’ampleur, car les TCC doivent mobiliser de force de plus en plus d’hommes. Sur le front l’Ukraine a besoin de chair à canon, les pertes sont terribles et le volontariat s’est tari. Alors dans la plus grande violence, les TCC mènent une chasse à l’homme à l’échelle de toute l’Ukraine. C’est un fait unique dans l’histoire militaire, il n’y a aucun exemple similaire dans le passé. Essayons de lever un peu le voile, sur un phénomène et une organisation que finalement nous connaissons très peu.

TCC : les centres territoriaux de recrutement et de soutien social des régions

Ces centres sont nés au moment de l’indépendance de l’Ukraine et de la constitution de son armée. Jusqu’au début des années 2000, cette force armée était de plus de 500 000 hommes, héritière de l’armée soviétique avec d’autres armées de l’URSS. L’Ukraine avait bénéficié d’un partage des matériels, des stocks, des équipements, sans parler d’un complexe militaro-industriel parfois de pointe, dans les blindés, les armes de poing, les munitions, l’aéronautique, etc. La conscription militaire fut maintenue, alors pratiquée dans l’immense majorité des pays dans le monde. Après la chute de l’Union soviétique, l’Ukraine, contrairement à la Russie, ne réussit jamais à se stabiliser politiquement. Elle fut frappée des mêmes maux, mafia, corruption, oligarques vampiriques, mise en coupe réglée du pays, mais ne trouva par un chef charismatique, des politiques volontaires pour mettre fin au phénomène. Au début des années 2000, la moitié de l’armée fut liquidée, les militaires licenciés ou mis à la retraite. Les matériels firent l’objet d’un trafic éhonté, le pays devenant l’une des premières sources du trafic d’armes dans le monde. Les appelés du contingent continuèrent d’être appelés, alors que les TCC s’appelaient à l’époque « commissariats militaires ». Dans un vaste projet de réforme de ces commissariats, ils furent finalement rebaptisés TCC (1er novembre 2020), le projet étant ratifié par la Rada d’Ukraine (30 mars 2021).

Une réforme motivée par les États-Unis

Après la révolution US du Maïdan,l’Ukraine avait signé plusieurs partenariats avec différents pays occidentaux, afin d’entraîner et de réformer son armée (février 2015). L’opération UNIFIER fut signée avec le Canada et des partenaires mineurs, la France et la Suède, deux autres furent signées avec le Royaume-Uni et les États-Unis. De 2015 à 2021, les 5 pays formèrent environ 78 000 soldats ukrainiens. De nouvelles unités furent mises sur pied, sur les modèles de l’OTAN, comme la 36e brigade d’infanterie de marine (2017), qui fut formée par des instructeurs britanniques. Dans de nombreux cas, ce furent les instructeurs de ces pays qui vinrent en Ukraine, mais des officiers furent envoyés dans ces pays. Afin de les intégrer, au moins dans les faits à l’OTAN, des cours d’anglais furent distillés aux cadres ukrainiens. Les principales normes de l’OTAN furent assimilées par les forces ukrainiennes, dans les QG, les forces spéciales, les doctrines d’infanterie, de combats, l’utilisation de matériels nouveaux, notamment antichars, etc.

Les USA aidèrent à réformer dans le même temps la Police nationale, avec des aides pour renouveler les matériels, changer les uniformes, les méthodes, les administrations. Une Garde nationale d’Ukraine fut fondée sur l’exemple américain (2014), puis une Défense Territoriale de l’Ukraine entièrement réorganisée, sur l’exemple de l’Estonie, avec l’aide de la Pologne, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des USA (2018). Ce furent ces deux derniers pays qui aidèrent à créer le NABU (bureau de lutte contre la corruption), et les USA envoyèrent des spécialistes pour mettre sur pied les TCC (2021). Pour des raisons inconnues, mais probablement par le manque de temps et l’opération militaire spéciale russe (février 2022), les registres matricules ne connurent pas une réforme profonde et informatisée, ni la mise à jour des informations, tandis qu’une partie de ces dernières étaient encore traitées sur papier. Malgré la loi, les volontés politiques, les pressions américaines, la réforme ne commença son cheminement qu’après la SVO. Il est aussi possible que les fonds alloués par les Américains et d’autres pays disparurent entre temps dans les poches des fonctionnaires… En 2021, les Occidentaux alertaient déjà sur l’intervention future de la Russie en Ukraine. Les Américains furent toutefois ici impuissants à secouer l’inertie des Ukrainiens. La réforme n’avait eu lieu que sur le papier, seul le nom de l’institution avait changé. Ce fut alors le lancement de l’opération militaire spéciale russe (24 février 2022).

Les TCC et le début de l’opération militaire spéciale russe

En février 2022, l’Ukraine put bénéficier de trois facteurs positifs : 1) la Défense Territoriale de l’Ukraine était prête, la réforme avait été mise en place. Les Ukrainiens purent lever dans l’instant des troupes de réservistes motivés et ayant déjà un entraînement. 2) La Garde nationale était également prête, elle fut mobilisée sans problème. 3) De très nombreux volontaires se présentèrent pour rejoindre les forces armées, dans un élan patriotique, sans parler des fanatiques bandéristes. Durant cette période, entre 2022 et 2023, les TCC furent donc transparents, les volontaires étaient nombreux, ils se présentaient d’eux-mêmes, les mobilisés et appelés du contingent également. L’Ukraine se lança même dans la création de très nombreuses unités, passant de 240 000 hommes, à environ 600 000 au début de l’année 2024. Comme dans beaucoup de guerre, les hommes partirent dans l’idée que tout cela serait rapide, il y eut même un moment où la propagande ukrainienne et occidentale parla de l’écrasement du Donbass, de la Crimée et de l’invasion de la Russie (automne 2022). Avec le repli stratégique russe dans les régions de Kherson et Kharkov, l’armée ukrainienne repris beaucoup de terrain. Dans les médias occidentaux « l’armée russe était foutue ». Mais dans l’hiver 2022-2023, il fut bientôt clair que la guerre allait durer, tandis qu’une contre-offensive ukrainienne qui devait tout balayer devant elle, était annoncée pour le printemps 2023. Elle fut un désastre, tandis que les Ukrainiens commençaient de reculer. A cette date, nous entendîmes parler des TCC pour la première fois.

Le coup de balai de Zelensky

Avec la loi martiale, le Conseil National de sécurité et de défense de l’Ukraine demanda que tous les chefs des TCC soient limogés. Zelensky approuva immédiatement la mesure (17 août 2023). La raison était que les centres et les fonctionnaires étaient corrompus, que de nombreux mobilisés échappaient au service armé, par divers moyens : corruption des médecins militaires, des commissions médicales, faux documents d’handicaps, de maladies imaginaires, d’exemptions comme « personnel stratégique », etc. Les rafles commencèrent alors en Ukraine telles que nous les connaissons. A la fin de l’année, la presse ukrainienne révéla que plus de 900 000 hommes étaient des réfractaires, ou considérés comme tels. La réforme décidée en 2020-2021 n’ayant pas connu de réalisation, beaucoup d’hommes en Ukraine n’étaient pas à jour dans leurs livrets militaires, notamment au niveau de leurs adresses. De fait l’Ukraine était confrontée à une masse d’hommes dont on ne connaissait pas vraiment le nombre, ni les adresses, tandis qu’il n’existait aucun fichier unifié des hommes disponibles. Pour tenter d’y remédier, des artifices furent utilisés, notamment des appâts d’aides sociales, afin de motiver des gens à se signaler, à déclarer les personnes dans le foyer. Mais ces mesures n’étaient pas capables de faire face à l’urgence : il fallait maintenant compter sur une guerre très longue, avec une attrition importante et de nombreuses pertes militaires. Kiev était dans l’obligation de trouver des hommes, beaucoup d’hommes. La même année, les TCC furent portés à plus de 200 bureaux, répartis en 4 commandements opérationnels, Nord, Sud, Ouest et Est, eux mêmes ayant des succursales dans les régions, pour plus de 500 bureaux.

La chasse à la chair à canon

Au début de 2025, l’armée ukrainienne atteignit son effectif maximal, environ 600 000 hommes, alors qu’une nouvelle série d’unités avaient été mises sur pied (hiver 2024-2025). A cette date, le volontariat avait quasiment disparu, devenu marginal, les prisons avaient été vidées (par un autre précoce de Zelensky, dès le printemps 2022). L’apport des mercenaires, notamment dans le cadre de la Légion internationale de Défense Territoriale de l’Ukraine n’était pas suffisant pour affronter les défis futurs, en 4 années autour des 20-22 000 hommes vinrent s’enrôler en Ukraine. Le front demandant de plus en plus de chair à canon, la pression sur les populations ukrainiennes se fit de plus en plus forte (2024-2026). Certains chiffres apparurent, notamment sur l’effectif supposé des TCC, des milliers d’hommes, avec des chiffres variants entre 30 et 120 000 personnels. Mais très vite, il fut clair que la Police nationale était détournée en partie de ses tâches pour participer aux rafles, de nombreuses vidéos l’ont démontré depuis. En 2025, le chiffre de 2,5 à 3 millions d’hommes mobilisables en Ukraine fut avancé. Une source anglo-saxonne affirma que les TCC avaient des quotas de 30 000 hommes à rafler par mois, mais avec une réussite autour des 10 000 victimes par mois. La pression s’aggrava encore avec d’importantes défaites sur le front, en particulier l’opération désastreuse de la poche de Koursk (août 2024-mars 2025), des offensives inutiles sur la ligne de Belgorod, à Demidovka ou Tiotkino (printemps-été 2025) et des reculs constants sur le front du Donbass ou la ligne de Zaporojie. La multiplication exponentielle des vidéos apparaissant des rafles des TCC prouva bien vite que l’Ukraine devait mobiliser à tout prix, afin de tenir le front au prix du sang. Les vidéos étaient très souvent des régions historiques russophones, avec les villes d’Odessa, de Kharkov, de Kiev ou de Dniepropetrovsk, mais très vite d’autres vidéos apparurent de l’Ouest du pays.

Pourquoi l’Ukraine procède à ces rafles et pourquoi elles ne s’arrêteront pas ?

La réponse est évidente. Après 12 ans de guerre et 4 ans depuis le lancement de l’opération militaire spéciale russe en Ukraine, il n’y a plus de volontaires dans le pays. Kiev doit donc mobiliser pour compenser les pertes militaires, tandis que ces dernières augmentent également. Pour faire face à l’armée russe, l’Ukraine doit absolument alimenter le front en chair à canon et maintenir une armée au moins supérieure à 500 000 hommes. Le calcul est d’ailleurs le même que les Européens qui mettent l’argent sur la table pour financer cette guerre : il faut jouer la montre. Pour les Ukrainiens comme les Européens, l’espoir est de retarder les forces russes, dans l’idée que les sanctions finiront par étouffer la Russie, ou que les pertes russes soient si importantes que la Russie s’épuise, puis serait disposée à négocier selon les conditions occidentales et ukrainiennes. C’est la raison pour laquelle les QG ukrainiens pratiquent la tactique du non recul. Même dans le cas où les positions sont en l’air, dangereuses, irréalistes, à l’encontre des règles de la stratégie, chaque pouce de terrain doit être défendu, au prix du sang ukrainien. Les patriotes, les bandéristes, les gamellards, les mercenaires étant déjà sur le terrain ou morts, l’Ukraine doit nécessairement les remplacer.

Les dangers de la stratégie des rafles et du non recul pour l’Ukraine

Cette stratégie a révélé plusieurs inconvénients qui sont dangereux pour le pays. En premier lieu, les raflés ne sont pas motivés pour se battre. Violentés, battus, humiliés, il est évident que plus l’Ukraine enverra de raflés sur le front, plus la capacité opérationnelle de l’armée ukrainienne s’amenuisera. Dans le même temps, cette armée perd aussi sa combativité, son expérience et sa capacité de manœuvre. La question reste le point de rupture de cette armée. Quand sera-t-il atteint ? Une chose est certaine, le temps que les Ukrainiens et Occidentaux espèrent jouer contre la Russie, joue aussi grandement contre l’Ukraine. La stratégie des rafles et de la mobilisation forcée fera qu’un jour, l’armée ukrainienne se délitera, des unités ne seront plus en mesure de combattre, des hommes se rendront, déserteront, tourneront les talons. En second lieu, à l’arrière, la pression des rafles génère une haine et un ressentiment énorme de l’opinion publique ukrainienne. Déjà, l’impopularité des TCC est énorme, des gens réagissent, interviennent et parfois assaillent les TCC. Certains ont été assassinés, la plupart cachent leur visage… Ils savent que l’heure des règlements de compte viendra un jour. Ces rafles motivent donc une résistance, créant une fermentation des esprits, allant déjà jusqu’à la résistance passive ou active. Un autre point de rupture pourrait donc aussi être atteint à l’arrière, lorsque les populations s’insurgeront et refuseront de continuer à se laisser conduire à l’abattoir bandériste, atlantiste et européen.

Pour l’instant, malgré la colère, l’opinion publique est jugulée à la fois par la menace des répressions (police politique du SBU), par l’idée qu’entraver trop ouvertement les rafles est une trahison pouvant conduire à la défaite de l’Ukraine, par l’individualisme et l’égoïsme, selon l’adage que « mieux vaut le voisin que moi-même ». Enfin sur le front, nous n’observons pas encore de désertions massives, de passages côté russe de raflés du TCC. Des vidéos sont apparues de soldats voulant se rendre, mais le danger est grand. Ils sont tués par d’autres Ukrainiens, y compris avec des drones qu’ils préfèrent jeter sur eux que sur des Russes. Pour finir, la propagande ukrainienne a répandu le mythe des maltraitances des prisonniers par les soldats russes (mangeurs d’enfants…) et la bandérisation de l’armée ukrainienne permet encore un maillage de cette armée, avec assez de bandéristes fanatiques pour abattre le premier qui émettrait l’idée de se rendre… Pour finir, sachez également que l’Ukraine était dans le Top 3 des pays où se trouvent le plus de femmes par rapport aux hommes (en 2021, 53,7 %). Cette stratégie du sang et du sacrifice des hommes pourrait aussi porter un coup mortel à la démographie du pays, qui au-delà du million de morts mettrait des décennies à s’en remettre. Le phénomène est aussi amplifié par la fuite de millions d’Ukrainiens du pays. Il est peut-être déjà trop tard pour l’Ukraine…


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