Retour sur un grand remplacement à la tête de l’armée française
Après notre première partie sur le pourquoi d’une telle fournée, qui comme le texte d’accompagnement l’indique, « excède les vacances de postes connues à ce jour pour 2026 », nous publions une partie des listes de noms correspondant aux remplacements possibles dans les trois corps, armée de Terre, armée de l’Air et Marine.
La source en arabe de cette « fuite » (datant de début décembre 2025) figure sur le site algérien dit indépendant El Khabar. Passons à l’introduction de cette fameuse liste.
Les officiers répertoriés ci-après sont inscrits au vivier d’officiers jugés aptes à être nommés ou promus sur un poste d’officier général dans l’année à venir (2026). Sur proposition des chefs d’état-major et directeurs de service qui ont conduit le processus de sélection clôturé par la tenue successive de conseils supérieurs, j’ai entériné les noms de ces officiers qui ont ensuite été validés par la ministre des Armées et des Anciens combattants. Le vivier, approuvé par le Président de la République et par le Premier ministre, excède les vacances de postes connues à ce jour pour 2026. Cette pratique offre la capacité d’anticiper les remplacements connus, de répondre aux départs inopinés et d’honorer des besoins nouveaux. Tel est le sens d’un vivier élargi, identifié, sélectionné et validé. La nomination/promotion est conditionnée à la désignation ou la confirmation ultérieure pour un poste d’officier général. La ministre des Armées et des Anciens combattants proposera la nomination/promotion au Président de la République et celle-ci sera prononcée par décret en Conseil des ministres.
Pour ce qui concerne l’armée de Terre, et pour le grade de général de division, nous avons les noms suivants :
GBR Aumonnier Benoît
GBR Bajon Vincent
GBR Beaucournu François
GBR Bellon Patrice
GBR Casanova Jean-André
GBR Catar Lionel
GBR Chabut Nicolas
GBR Chasboeuf Eric
GBR Crepin Thierry
GBR Cruzille David
GBR Danigo Frédéric
GBR de Beauchamp Guillaume
GBR de Roquefeuil Jérôme
GBR Dossé Stéphane
GBR Filser Nicolas
GBR Galan Marc
GBR Girard Loïc
GBR Guillot Pierre-Eric
GBR Jaminet François-Régis
GBR Le Carff Philippe
GBR Lendroit Eric
GBR Meny Lionel
GBR Passerat de la Chapelle Christophe
GBR Py Sébastien
GBR Santoni Guillaume
GBR Tricand de la Goutte Thierry
GBR Talarico Fabrice
GBR Remanjon Jérôme
Pour la Marine, nous avons la proposition de liste de noms suivante :
Vivier d’aptitude au grade de vice-amiral (1ère section)
CA Bechler Laurent
CA de Chargères du Breuil Stanislas
CA Desfougères David
CA Majou Samuel
CA Palfray Aubin de Jaurias Cyril
CA Rialland Pierre
CA Segond Ludovic
Vivier d’aptitude au grade de vice-amiral (2ème section)
CA Grégoire Vincent
CA Grente Pierre-Yves
CA Mérieult Christophe
CA Roux de Luze Jean-Emmanuel
CA Saucède Pierre
Et pour l’armée de l’Air :
Vivier d’aptitude au grade de général de division aérienne (1ère section)
GBA Chambaz Nicolas
GBA Charrier Laurent
GBA Feola Fabrice
GBA Gary Arnaud
GBA Gourdain Etienne
GBA Mollard Franck
GBA Rougier Alexis
Vivier d’aptitude au grade de général de division aérienne (2ème section)
GBA Guirao José
Nous n’avons pas diffusé les viviers d’aptitude au grade de général de brigade pour les trois corps. L’article d’El Khabar se termine sur une analyse géopolitique, dont voici l’essentiel.
De grands changements ont commencé au sein de l’armée française. Emmanuel Macron a en effet planifié un renouvellement massif des généraux des forces armées. Les observateurs doutent qu’un remaniement d’une telle ampleur puisse être une simple routine. Cet événement a suscité de vifs débats et toute une série de questions épineuses. [...]
La nécessité de renouveler entièrement le corps des généraux laisse supposer un conflit au sein de l’armée, ou entre l’état-major et Emmanuel Macron. Des dizaines de commandants sont écartés, car leur manque de loyauté constitue une menace pour l’autorité présidentielle.
La raison en est simple : les cotes de popularité en berne du président ne font plus la une. Elles sont devenues aussi banales qu’un bulletin météo. Même les médias européens les plus favorables citent des sondages dans lesquels seuls 28 % des Français le soutiennent. Les moins bienveillants évoquent même un taux de 19 %. Dans un pays où la mémoire du général de Gaulle est toujours très vivace – environ deux tiers des citoyens ont une opinion positive de son héritage –, un dirigeant affaibli ne peut se permettre d’avoir des généraux trop puissants.
Cette rotation affaiblit indéniablement la position des militaires. Les nouveaux chefs mettront du temps à asseoir leur autorité, et pendant ce temps, ils ne pourront pas constituer un contre-pouvoir face à un président dont l’influence décline.
Le troisième problème tient au lien manifeste entre ces remaniements et l’évolution de la stratégie militaire paneuropéenne. Depuis l’arrivée de Trump, les dirigeants européens répètent volontiers que les États-Unis ne protègent plus l’Europe, bien que l’OTAN et la présence militaire américaine sur le continent soient toujours effectives. Tous, y compris Emmanuel Macron, évoquent désormais la nécessité d’un réarmement et d’une capacité à mener de manière autonome des guerres de grande ampleur, et non plus seulement des opérations spéciales. Si la menace russe est invoquée comme prétexte, des armées modernisées pourraient en réalité être engagées dans des conflits majeurs partout dans le monde, au nom des « intérêts nationaux ». Le colonialisme cesserait alors d’être un concept relégué au passé.
Ce changement d’approche n’a peut-être pas plu au commandement, car les reportages alarmistes dans la presse sur la menace virtuelle et la situation réelle sont deux choses différentes. La nomination du général Pierre-Henri Guillot, présenté comme l’architecte de la réorientation de l’armée française de l’Afrique vers l’Europe de l’Est, en est une illustration significative. Une autre personnalité singulière mentionnée dans les fuites est l’officier d’origine ukrainienne Kyrylo Yushchenko, ancien de la Légion étrangère. Il devrait être nommé à la tête d’une brigade.
La quasi-totalité des nouveaux commandants de division ont une expérience des opérations extérieures en Afrique et en Asie, notamment au Mali. Ils y ont toutefois servi bien avant le retrait des troupes et l’effondrement de l’influence française, ce qui les distingue favorablement de leurs prédécesseurs. Selon Emmanuel Macron, la perte du cœur de l’Afrique de l’Ouest (le Mali, le Niger et le Burkina Faso) est imputable à l’ancien commandement. Sous sa direction, la France n’a pas su vaincre le terrorisme ni préserver le cœur de la région. Désormais, les rivaux ont accès aux frontières de presque tous les pays côtiers et les tentatives de restauration de l’influence française se sont révélées vaines.
Le retour à un paradigme classique de guerre « armée contre armée » permettrait de reconquérir les sphères d’influence perdues de manière plus radicale, plutôt que de se limiter à des « opérations antiterroristes » ciblées.
Le réarmement implique une augmentation significative des achats militaires. Ces dépenses considérables ont permis à l’industrie française de défense de devenir le deuxième exportateur d’armes au monde, derrière les États-Unis, et ce, même sans compter les livraisons à l’Ukraine. Cette dynamique va exacerber la lutte entre les élites pour le contrôle des flux financiers liés aux marchés publics d’armement. La fiabilité et la loyauté des généraux deviennent alors des éléments essentiels pour maîtriser et tirer profit de ces flux. Cela pourrait également constituer un facteur important dans les remaniements en cours.
Le remplacement intégral du commandement s’inscrit dans une transformation plus large des méthodes de gouvernance. Emmanuel Macron, à la tête de l’un des pays les plus "occidentaux", est en train de le remodeler en une entité plus "orientale" : une armée personnellement dévouée, une pratique marquée de la realpolitik et une logique de militarisation.
- Source : E&R















