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Jeudi, 22 Oct. 2020

La Face Cachée de l’Antisémitisme

Auteur : Franck Pengam | Editeur : Walt | Jeudi, 24 Sept. 2020 - 08h55

En cette période où le délit d’opinion va de l’amende (Alain Soral et son avocat) à la prison ferme (Hervé Ryssen) au pays des Droits de l’Homme, il est temps de faire un point historique sur les causes de l’antisémitisme.

Pour ce faire, nous allons nous appuyer sur le livre de Bernard Lazare, « L’antisémitisme, son histoire et ses causes ». Bernard Lazare est un anarchiste et polémiste français de confession juive né en 1865 et mort en 1903. Il fait notamment partie des premiers dreyfusards et il a théorisé le sionisme libertaire.

Je resterai fidèle aux propos de l’auteur dans ce qu’il va suivre. Son livre polémique cherche à comprendre les causes de ce que l’on appelle l’antisémitisme qui date d’avant l’ère chrétienne et qui est une opinion universelle présente dans le monde entier : d’Alexandrie à Rome en passant par Antioche, l’Arabie, la Perse, l’Europe du Moyen Âge, l’Europe moderne et en fait dans toutes les zones géographiques où il y a eu des juifs.

Les causes générales de l’antisémitisme

L’auteur part du postulat qu’une telle opinion aussi partagée en toute époque et en tout lieu doit avoir des raisons profondes et sérieuses. Il énonce dès l’introduction de son livre qu’au vu de la diversité des ennemis des juifs, que ce soit au niveau géographique, racial, culturel, sociétal et politique, les causes générales de l’antisémitisme résideraient plutôt chez les juifs eux-mêmes et non chez ceux qui les combattirent. Bien entendu, nous allons approfondir et nuancer le propos.

L’antisémitisme initial et originel remonterait à cette notion issue du livre d’Esther dans l’Ancien Testament avec l’histoire d’Aman et Mardochée où il est dit qu’« il y a, dans toutes les provinces du royaume, un peuple dispersé et à part parmi les peuples, ayant des lois différentes de celles de tous les peuples et n’observant pas les lois du roi ». Si les juifs ont été maltraités et haïs par les Alexandrins, les Romains, les Persans, les Arabes, les Turcs et les nations chrétiennes, ce serait avant tout parce qu’ils étaient insociables, car exclusifs.

Cet exclusivisme tient à la loi juive qui est à la fois politique et religieuse. Partout où les juifs établirent des colonies, ils demandèrent à la fois de pouvoir pratiquer leur religion tout en refusant de suivre les coutumes et les lois des peuples au milieu desquels ils vivaient. Ils obtenaient donc des privilèges en se gouvernant par leurs propres lois et en formant un État dans l’État ce qui était une des sources de l’hostilité contre eux ; ils ne résidaient pas dans une contrée en tant que citoyens, mais en tant que privilégiés.

L’antijudaïsme dans l’Antiquité (de -3000 à J-C)

Ce fut le cas par exemple dans l’Antiquité, à Alexandrie, en Égypte actuelle, ou encore à Rome où ils s’administraient eux-mêmes, avec leurs propres chefs et leur propre Sénat. Ils n’étaient pas soumis à l’autorité municipale et avaient des chartes protectrices leur assurant une libre organisation politique et judiciaire et la facilité de l’exercice de leur culte. Dans ces deux contrées, la majorité des juifs étaient assez riches, qu’ils soient armateurs, commerçants ou agriculteurs.

Ces privilèges et ces richesses de quelques-uns d’entre eux atteignaient un luxe ostentatoire et provoquaient la colère des populations. Mais ce sont des raisons religieuses qui furent la principale cause, non pas de l’antisémitisme, mais de l’antijudaïsme romain. Les deux termes sont à différencier : l’un est racial et l’autre est religieux, nous y reviendrons. À l’époque, le judaïsme était une religion aussi rigide, aussi ritualiste, aussi intolérante que la religion romaine, mais l’adoration de Yahvé excluait toute intégration et socialisation du peuple ce qui déplaisait aux autres citoyens.

À cette époque, l’antijudaïsme se manifestait également à Antioche en Turquie de manière violente avec de grands massacres, de même qu’en Libye sous le gouverneur Catullus, en Ionie sous Auguste, où les villes grecques s’entendirent pour obliger les juifs, soit à renier leur foi soit à supporter à eux seuls les charges publiques.

L’antijudaïsme dans l’Antiquité chrétienne, depuis la fondation de l’Église jusqu’à Constantin

Une fois la religion chrétienne fondée avec Jésus-Christ, cette nouvelle religion profita des privilèges des juifs pour se développer. En effet, le pouvoir romain ne connaissait pas bien les distinctions entre les deux religions. Le christianisme était considéré comme une secte juive et bénéficiait donc des mêmes avantages de tolérance et de protection.

À l’origine, les relations entre les juifs et les juifs christianisés ou judéo-chrétiens étaient assez cordiales. Mais une fois que commençait à se former le dogme de la divinité du Christ au Ier siècle, le fossé se creusa entre l’Église et la Synagogue. Le judaïsme n’admettait pas la divinisation d’un homme, Jésus Christ en l’occurrence, qu’il ne considère pas comme le messie.

Pour devenir la foi universelle, il fallait donc que le christianisme rompît avec le particularisme juif trop étroit. Ce fut notamment l’œuvre de l’apôtre Saint Paul, juif converti au christianisme, qui soutenait qu’il n’était dorénavant plus nécessaire de passer par la synagogue ni d’accepter la circoncision. À partir de ce moment-là, tous les liens qui rattachaient l’Église chrétienne à la judéité furent rompus et la doctrine du Christ put s’étendre à travers les nations.

L’antisémitisme, de Constantin jusqu’au huitième siècle

En Babylonie, centre de la vie intellectuelle d’Israël (le peuple juif non le pays actuel), florissaient les écoles juives. Les juifs étaient sur le même pied d’égalité que les chrétiens dans la région et jouissaient des mêmes statuts. Mais en 323, le nouvel empereur romain Constantin favorisa largement l’essor du christianisme par des réformes importantes et traita les chrétiens en favorisé en en faisant ses grands dignitaires, ses conseillers, ses généraux. Ceci permit à l’Église de disposer d’une puissance impériale pour la première fois dans l’histoire.

Constantin interdit la divination polythéiste, ferma les temples, prohiba les sacrifices, réprimait le prosélytisme juif et leur enleva d’ailleurs une grande partie des privilèges qu’ils possédaient. Cependant, il prit soin de les protéger contre les attaques violentes ce qui ne fut plus le cas avec ses successeurs. Une fois la religion catholique devenue religion d’État, l’antijudaïsme impérial se manifesta par des lois et les prédicateurs juifs devinrent virulents contre Edom, c’est-à-dire contre la Rome des Césars devenue la Rome de Jésus.

Ailleurs, en Perse, l’antijudaïsme des Mages (les prêtres officiels) rentrait dans le cadre d’un antichristianisme plus large, mais les juifs, étant plus nombreux et redoutables, ils furent particulièrement agressés.

Avec la naissance de l’islam au VIIe siècle, le deuxième calife Omar soumit les juifs à une législation très restrictive, leur défendant de construire de nouvelles synagogues, les obligeant à porter un vêtement d’une couleur spéciale, leur interdisant de monter à cheval ou encore les assujettissant à un impôt personnel et foncier. Il en fit de même avec les chrétiens. Néanmoins, les juifs jouissaient d’une plus grande liberté sous l’autorité des Arabes que sous domination chrétienne. La législation n’était pas rigoureusement observée et les musulmans se montraient plutôt bienveillants à l’égard des juifs, dans leur majorité en tout cas. Lors de l’expansion islamique, les Arabes allaient d’ailleurs être acclamés comme des libérateurs par tous les juifs de l’Occident.

En Espagne, la situation des juifs était tout autre. Ils possédaient de grands biens, étaient riches, puissants et avaient une influence sur la population au milieu de laquelle ils vivaient. Tout se passait bien pour eux jusqu’en 586, quand le roi visigoth Récarède se convertit au catholicisme. Le clergé triomphant obligea les juifs à choisir entre l’exil et le baptême et c’est à cette époque qu’émergèrent les Marranes, des juifs plus ou moins faussement convertis au christianisme. Ce fut Tariq, le conquérant musulman, qui les libéra au début du VIIIe siècle en détruisant l’empire visigothique, avec l’aide des juifs restés en Espagne.

En Italie, nous avons une trajectoire similaire avec des juifs plus libres sous domination païenne ou arienne et plus réprimés sitôt que l’orthodoxie chrétienne dominait. En Gaule, du Ve au VIIe siècle, toute la préoccupation de l’Église était de stopper le prosélytisme israélite. Le clergé incitait les juifs à choisir grosso modo entre la répression, l’exil ou le baptême.

En résumé, durant les sept premiers siècles de l’ère chrétienne, l’antijudaïsme avait des causes exclusivement religieuses et fut à peu près uniquement dirigé par le clergé ; les excès populaires et la répression législative étant souvent inspirés par lui.

L’antijudaïsme du huitième siècle à la Réforme

Ce n’est qu’à partir du VIIIe siècle que des causes économiques et sociales s’ajoutèrent aux causes religieuses et que les véritables persécutions à long terme des juifs commencèrent. Le phénomène coïncide avec plusieurs faits importants :

1) l’universalisation du catholicisme,
2) la constitution de la féodalité,
3) le changement idéologique et moral des juifs dû à l’action des talmudistes dans l’exagération du sentiment d’exclusivisme.

Selon Bernard Lazare, le Talmud empêchait in fine le mélange entre les Hébreux et les autres peuples. Le Talmud est un livre fondamental du judaïsme qui rassemble les commentaires des rabbins sur la Loi juive de l’Ancien Testament de la Bible. Le peuple juif refusait déjà de se soumettre aux coutumes des diverses nations, nous l’avons vu, et l’émergence progressive du Talmud qui se construisit ensuite contre les judéo-chrétiens.

Son achèvement au VIe siècle a aggravé la situation en ajoutant un exclusivisme qui repoussait également toute relation avec les autres peuples. Au VIIIe siècle, l’Église achève de se constituer (concile de Chalcédoine), et dès la fin du XIIIe, l’Europe devint chrétienne avec un dogme puissant jusqu’à la Réforme protestante du XVIe siècle.

Alors que le monde changeait, le peuple juif ne variait que très peu et les États européens chrétiens avaient pour point commun la volonté de combattre les éléments étrangers, qu’ils soient extérieurs comme les Arabes ou intérieurs comme les juifs.

C’est vers la fin du VIIIe siècle que se développa l’activité économique des juifs occidentaux. Grâce à la protection des Califes en Espagne et de Charlemagne, ils étendirent leur commerce vers l’or. Jusque-là ils s’étaient surtout spécialisés dans la vente d’esclaves. Il est souvent dit que ce sont les sociétés chrétiennes qui ont contraint les juifs à cette fonction de prêteur et d’usurier, c’est la thèse des philosémites. Les antisémites eux jugent que les juifs ont des prédispositions naturelles au commerce et à la finance. Il y aurait du vrai et du faux dans les deux assertions.

Les juifs, comme tous les autres peuples, avaient leur bourgeoisie qui se montrait aussi cupide et dure vis-à-vis des humbles que n’importe quel capitaliste de tout lieu et de toute époque. Les juifs étaient d’abord un peuple de pasteurs, d’agriculteurs et en sont venus au commerce après leur dispersion. Mais il est intéressant de souligner que les lois restrictives relatives au droit de propriété foncière des juifs ne vinrent que postérieurement à leur établissement. Si les juifs n’étaient pas agriculteurs et ne cultivaient pas vraiment la terre, ce n’est pas qu’ils n’en possédaient pas, mais parce que leur patriotisme leur interdisait de bêcher le sol étranger. Ils faisaient donc cultiver leurs domaines par des esclaves.

Les juifs se spécialisèrent ensuite dans le commerce de l’or et devinrent des financiers en créant les banques de prêts populaires et en devenant les prête-noms des seigneurs et des bourgeois. Ils pouvaient justement faire ses activités parce que l’Église n’avait aucune influence morale sur eux, alors que la doctrine chrétienne interdisait les taux usuriers et le prêt à intérêt auxquels s’adonnait donc les juifs. Cette situation arrangeait à la fois les créanciers et les emprunteurs.

Dans le même temps, au XIIe et au XIIIe siècles, le patronat et le salariat se constituèrent, la bourgeoisie se développa, s’enrichit, conquit des privilèges. C’est ainsi que la puissance capitaliste naquit progressivement.

Selon notre auteur, le peuple juif se considérait comme supérieur aux autres nations et avait instinctivement le goût de la domination en sa qualité de race élue par Dieu. Tous les autres peuples sont ainsi placés au-dessous des Hébreux. L’or leur donna en plus un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusaient et avec cet outil ils devinrent finalement les maîtres de leurs maîtres.

C’est alors que les causes religieuses de l’antijudaïsme se mélangèrent à des causes économiques et sociales ce qui accrut l’intensité et la gravité des persécutions envers Israël. Persécutions, car les juifs étaient la cause de l’usure qui est un important intérêt sur les emprunts d’argent. Cette créance générait la misère dans les populations non juives et quand les peuples se révoltaient contre le poids de la dette, cela tombait sur les juifs principalement, mais également sur tous les riches de façon indistincte.

De temps en temps, pour plaire à leurs sujets trop misérables, les rois interdisaient l’usure juive et annulaient les créances, mais le plus souvent ils toléraient les juifs voire les encourageaient. En fait, les mesures antijudaïques des gouvernements étaient purement politiques et toujours temporaires. Ils chassaient les Juifs soit pour assainir leurs finances soit pour obtenir la reconnaissance des petites gens qu’ils libéraient du fardeau de la dette. Mais ils les rappelaient aussi tôt, car ils ne savaient trouver de meilleurs collecteurs de taxes.

Qui ont notamment expulsé les juifs de leur territoire, nous pouvons citer Édouard Ier en Angleterre (en 1287), Philippe IV et Charles VI en France (en 1306 et 1394) ou encore Ferdinand le Catholique en Espagne (en 1492). Mais selon Bernard Lazare, c’est encore en partie l’exclusivisme, le patriotisme et l’orgueil d’Israël, qui en a fait l’usurier le plus haï du monde entier.

À noter que beaucoup de juifs étaient médecins, car elle était la seule science que permît le Talmud. Ils étaient parfois aussi intellectuels et philosophes, mais la masse semblait inapte à tout ce qui n’était pas commerce ou usure, toujours selon l’auteur. Du VIIIe siècle jusqu’à la Réforme, la majorité des juifs adoptèrent les préceptes du Talmud et le respect strict de la Loi juive comme unique idéal à leur bonheur matériel et personnel. L’arrivée du protestantisme leur sera bénéfique, mais nous verrons cela dans la prochaine partie.

Suite et fin dans deux jours.

Voir aussi: Roger Dommergue sur l'antisémitisme, le féminisme, l'Holocauste et les vaccins


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