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Lundi, 26 Oct. 2026

Trappes : derrière l’attentat raciste, le mobile d’ultra-droite loin d’être évident

Auteur : Alienor de Pompignan | Editeur : Walt | Lundi, 26 Oct. 2026 - 21h12

À Trappes et La Verrière, Kevin T. a-t-il tué en raison d’une adhésion à un discours « islamophobe » d’« ultradroite » ? C’est en tout cas le mobile qui est aujourd’hui prêté à l’homme de 39 ans, soupçonné d’avoir visé spécifiquement des personnes issues de l’immigration lors de l’attentat terroriste qui a fait un mort et cinq blessés graves, dont une fillette de 12 ans, le 24 octobre, dans les Yvelines.

Un mobile « islamophobe » avancé

L’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, la victime de 26 ans tuée par balles, publiait vendredi un communiqué pour faire part du désir de ses clients de voir l’enquête se pencher sur le parcours de radicalisation du terroriste, « ainsi que les sources idéologiques auxquelles il a été exposé ». Ses clients soulignent notamment que « les thèses racistes dites du "grand remplacement" et les propos de stigmatisation de populations en raison de leur origine ou de leur religion font l'objet, depuis plusieurs années, d'une diffusion dans certains espaces médiatiques et politiques, y compris lors de la campagne électorale en cours ».

Ces discours ont-ils un lien avec le passage à l’acte de Kevin T., qui aurait déclaré avoir voulu venger les commerçants à la suite des pillages survenus lors des émeutes des 17 et 18 octobre, en visant ses victimes selon leur couleur de peau ? L’appartenance à la mouvance d’ultra-droite est-elle pour autant avérée dans cette affaire ?

Laurent Nunez réitérait cette affirmation ce lundi. « C’est clair, net et précis », affirmait le ministre de l’Intérieur en direct sur BFM, alors que le maire divers gauche de Trappes, Ali Rabeh, dénonçait vendredi un attentat « probablement islamophobe », avant d’ajouter que « les discours qui consistent, que l'on soit ministre, candidat à la présidentielle, député, à expliquer que tous les maux de cette société sont la responsabilité des arabo-musulmans (...) font des morts aujourd’hui ».

Un parcours militant qui interroge

Mais la ligne politique de Kevin T., qui se déclare schizophrène et dont la garde à vue a été suspendue à la suite d’une expertise psychiatrique, semble bien plus complexe à cerner. Depuis vendredi, le passé du tueur, supposément islamophobe et dont l’unique victime décédée est un chrétien, laisse entrevoir certaines incohérences quant aux revendications qui peuvent lui être prêtées.

Si le parquet national antiterroriste a bien ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, le suspect, connu pour quelques délits de droit commun, n’est pour autant pas connu pour son appartenance à la mouvance d’ultra-droite, révèle Le Point.

En 2018 et 2019, il participe à des actions militantes écologistes et propalestiniennes, notamment aux côtés de l’association France Palestine Solidarité, un collectif dont les membres sont proches de l’extrême gauche. C’est le cas d’Olivier Pareja, ancien co-secrétaire départemental d’EELV et proche de La France insoumise, comme en attestent des photos dévoilées sur X. L’une d’elles était présente sur le site de l’AFPS, comme nous avons pu le constater ce lundi, avant d’être supprimée plus tard dans l’après-midi.



Des témoignages contradictoires

Dans le même temps, Mediapart révélait les témoignages d’anciens amis de Kevin T., assurant que le trentenaire faisait preuve de racisme depuis « sept ou huit ans ». Une « haine » des étrangers, décrivent-ils, dont certains discours médiatiques et politiques seraient à l’origine.

Ces informations viennent contredire le témoignage révélé ce dimanche par le JDD, qui donne également la parole à un ancien ami de Kevin T. Ce dernier assure, de son côté, que le portrait raciste qui est fait du meurtrier ne ressemble en rien à l’homme qu’il a connu et qu’il n’a pas revu depuis deux ans. « Il n’avait absolument rien d’un militant politique », estime même son ami, qui décrit, comme les autres camarades ayant témoigné auprès de Mediapart, un garçon « isolé », « dealer de shit » et consommateur d’alcool et de drogues.

Mein Kampf, Bible, Coran : des éléments inégalement commentés

Des documents qui pourraient être liés au Rassemblement national ont toutefois été retrouvés, a fait savoir Le Monde ce lundi. Mais alors que le quotidien parlait d'abord de tracts du RN retrouvés dans la voiture du suspect, les choses paraissent plus compliquées : ce n'était pas dans sa voiture, et « il ne s'agissait pas à proprement parler de tracts » – éléments confirmés par le procureur de la République : « Aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans le véhicule ». Enfin, beaucoup ont insisté sur la présence du livre « Mein Kampf », d’Adolph Hitler, dans l’appartement du suspect, en omettant de relever qu’un Coran et qu'une Bible avait également été retrouvés.


Difficile donc de cerner le vrai du faux dans ce qui semble avoir motivé Kevin T. à passer à l’acte. Toujours est-il que la variabilité des réactions dans cette attaque que la droite n’a pas hésité à qualifier de terroriste interroge. « Pendant des années, il fallait répéter "pas d'amalgame !" après chaque attentat », souligne sur X François-Xavier Bellamy qui dénonce que toute la droite politique soit déclarée responsable de cet acte. L’enquête, elle, se poursuit pour tenter d’établir les circonstances exactes du passage à l’acte.


- Source : Boulevard Voltaire

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