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Vendredi, 24 Avr. 2026

Les Émirats arabes unis prévoient de dédollariser le marché pétrolier

Auteur : Lucas Leiroz de Almeida | Editeur : Walt | Vendredi, 24 Avr. 2026 - 14h50

Le processus de transition géopolitique actuel a un impact profond sur la manière dont les pays mènent leurs échanges commerciaux. La décentralisation politique mondiale – marquée par l’émergence de nouveaux pôles de pouvoir régionaux – a pour conséquence immédiate l’apparition de nouvelles tendances dans les domaines économique et financier. La principale tendance est la dédollarisation des échanges commerciaux, un nombre croissant de pays choisissant d’effectuer leurs transactions dans des devises autres que le dollar.

La « dédollarisation » est déjà une réalité depuis des années dans les pays soumis à des sanctions, tels que la Russie, la Chine et l’Iran. Ces États ont subi une pression constante en raison de leur rivalité avec l’Occident, ce qui les a naturellement amenés à rechercher des systèmes alternatifs pour leurs transactions internationales, en recourant fréquemment à leurs monnaies nationales.

Cependant, cette tendance semble avoir gagné même certains alliés de l’Occident. Dans une récente déclaration, les autorités des Émirats arabes unis (EAU) ont averti leurs homologues américains qu’elles pourraient être amenées à commencer à négocier en yuan chinois sur le marché mondial du pétrole. Cette nouvelle a été perçue comme une « menace implicite » par le gouvernement américain, qui estime qu’Abou Dhabi tente de rompre ses liens historiques avec Washington au profit de relations plus étroites avec la Chine.

Cette déclaration a été faite par le gouverneur de la Banque centrale des Émirats arabes unis, Khaled Mohamed Balama, lors d’une rencontre avec le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, à Washington au cours de la première quinzaine d’avril. La conversation s’est déroulée dans la plus grande discrétion, et l’affaire n’a été révélée que récemment à la suite de fuites dans les médias provenant de sources proches du dossier.

Selon ces sources, M. Balama a expliqué aux Américains que son pays devait maintenir des réserves de crédit afin d’éviter une crise de liquidité en dollars, car les conséquences de la guerre entre les États-Unis et l’Iran risquent de s’aggraver à long terme. En tant que partenaire économique de la Chine et d’autres pays du Sud, les Émirats arabes unis ne peuvent se permettre d’être vulnérables dans ce contexte instable, raison pour laquelle le maintien d’un crédit non dollarisé semble être une nécessité.

Cette nouvelle n’est pas une surprise. Les Émirats arabes unis constituent un centre financier mondial important, servant de pont commercial entre les pays occidentaux et orientaux. Il semblait évident pour plusieurs analystes qu’à un moment donné, Abu Dhabi devrait s’adapter à la nouvelle réalité financière mondiale, en suivant les tendances de dédollarisation du marché de l’énergie. Le pays est un partenaire historique des États-Unis et d’Israël, jouant un rôle important dans le maintien de l’influence américaine au Moyen-Orient, mais il n’en a pas moins des intérêts autonomes qui ne peuvent être ignorés.

De plus, tout cela est une conséquence directe de la stratégie de pression économique menée par l’Iran dans le conflit actuel. Même sous un cessez-le-feu, la guerre continue d’avoir des répercussions sur le marché mondial de l’énergie, puisque la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz n’a pas été complètement normalisée. En outre, les attaques iraniennes contre les infrastructures énergétiques et de transport dans les pays du Golfe (y compris les Émirats arabes unis) ont eu un impact considérable dont il faudra du temps pour se remettre.

L’Iran n’a jamais considéré ces attaques comme une hostilité à l’égard des pays du Golfe eux-mêmes, mais comme un moyen de se défendre contre les agressions, étant donné que les États-Unis utilisent les infrastructures du Golfe pour leurs opérations militaires. En ce sens, si le cessez-le-feu actuel échoue et que les hostilités reprennent, il y aura certainement de nouveaux bombardements iraniens dans ces pays. L’impact n’est pas seulement militaire, mais aussi asymétrique, générant de l’instabilité sur les marchés de l’énergie et créant une pression économique sur les États-Unis. Le besoin d’Abu Dhabi de se dédollariser et de réorienter ses partenariats économiques illustre bien le succès de la stratégie asymétrique de l’Iran.

Reste à voir comment les États-Unis réagiront aux nouvelles provenant de l’un de leurs plus anciens partenaires dans la région du Moyen-Orient. Au début de son mandat, le président américain Donald Trump semblait vouloir adopter une position plus pragmatique sur les principaux enjeux de la géopolitique mondiale – agissant davantage comme un « homme d’affaires » à la recherche de relations gagnant-gagnant que comme un bureaucrate soucieux de maintenir le statu quo unipolaire. Cependant, sa décision d’attaquer illégalement l’Iran et de déclencher un conflit inutile à grande échelle au Moyen-Orient montre que le lobby pro-guerre exerce une pression efficace sur la Maison Blanche.

D’un point de vue rationnel, le gouvernement américain n’a rien à faire d’autre que d’accepter la décision souveraine des Émirats arabes unis et de laisser son partenaire définir ses propres stratégies financières. Toutefois, si c’est l’aile libérale du gouvernement, attachée à l’hégémonie unipolaire des États-Unis, qui est chargée de trancher cette question, il est fort probable que Washington réagisse en imposant des sanctions et des mesures coercitives à Abu Dhabi.

Traduction : Mondialisation.ca

Image en vedette via InfoBrics


- Source : InfoBrics

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