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Jeudi, 12 Mars 2026

Liban : Le père Pierre El-Rahi tué lors d’un bombardement israélien à Qlayaa

Auteur : Yoann | Editeur : Walt | Jeudi, 12 Mars 2026 - 21h31

Le 9 mars 2026, vers quatorze heures (heure de Beyrouth), le père Pierre El-Rahi, curé maronite de la paroisse Saint-Georges à Qlayaa, achevait sa course terrestre dans une ambulance le conduisant à l'hôpital de Marjayoun. Une hémorragie fulgurante, consécutive à une blessure à la jambe causée par un obus israélien, aura eu raison de cet homme de cinquante ans qui venait de donner sa dernière leçon de charité chrétienne.

Qlayaa, bourgade chrétienne du caza de Marjeyoun peuplée de trois à huit mille âmes selon les estimations, jouxte la frontière israélienne avec la discrétion des vieilles connaissances qui préféreraient s’ignorer. Jusqu’à ces derniers jours, le village avait miraculeusement évité le tapis de bombes que l’aviation israélienne déroule méthodiquement dans la région depuis l’escalade fin février. Ses habitants, soutenus par leur clergé, avaient poliment décliné les invites pressantes de Tsahal à déguerpir, manifestant cette obstination paysanne à ne pas abandonner des terres que leurs ancêtres cultivaient bien avant que la question de leur légitimité ne se pose.

Chronique d’une mort deux fois annoncée

Les sources concordent – Agence nationale d’information libanaise, L’Orient-Le Jour, témoins oculaires – sur le déroulement des faits. Un premier obus, vomi par un char Merkava israélien, vient fracasser une maison isolée à l’est du village. Blessés, un couple de propriétaires civils. Aucun fedayin, aucune kalachnikov, aucun rocket dans les parages, si ce n’est celle du destin.

Le père Pierre, accompagné de jeunes paroissiens et de secouristes de la Croix-Rouge, accourt. La charité ne calcule pas, ne compte pas les obus, ne soupçonne pas l’artillerie de frapper deux fois au même endroit. Erreur fatale. Quelques minutes plus tard, un second obus embrasse la même maison. Bilan : le prêtre est mortellement touché, trois autres personnes l’accompagnent dans ce chemin de croix accéléré.

Hanna Daher, maire de Qlayaa, tempête : « Il n’y avait ni armes ni combattants du Hezbollah dans cette maison, seulement des civils. Ce sont des mensonges. » Samir Geagea, des Forces libanaises, évoque une possible « infiltration » du Hezbollah comme justification à la frappe. On cherchera longtemps cette hypothétique présence, sans doute aussi insaisissable que la paix dans la région.

Le père Toufic Bou Merhi, franciscain de la Custodie de Terre Sainte, annonce la nouvelle à Vatican News, la voix étranglée par cette énième absurdité : « Nous venons d’apprendre que nous avons perdu le père Pierre El Raii. Il est mort presque sur le seuil de l’hôpital ».

Le testament de celui qui refusa l’exode

Originaire de Debel, village chrétien voisin, le père Pierre officiait à Qlayaa depuis 2013, sous la houlette du diocèse maronite de Tyr. Curé de proximité, homme de terrain, il avait fait de la résistance passive son cheval de bataille. La veille de sa mort, il confiait à France 24, campé sur les marches de son église : « Aucun de nous ne porte d’armes. Nous ne portons que bonté, bienveillance, amour et prière. Nous avons décidé de rester ici malgré le danger, parce que ce sont nos maisons et nous ne les quitterons pas pour que d’autres ne puissent pas les occuper ».

Prophétique. Dérangeant pour ceux qui voudraient réduire les chrétiens d’Orient à des pions sur l’échiquier confessionnel. Ces paroles sont devenues son oraison funèbre.

L’émotion des cœurs droits et le silence des canons

Le pape Léon XIV, qui vient tout juste de succéder à une lignée de pontifes confrontés aux drames orientaux, a exprimé sa « profonde douleur » pour les victimes des bombardements, citant nommément « le père Pierre El-Rahi, un prêtre maronite tué cet après-midi à Qlayaa ». L’Œuvre d’Orient appelle à la prière. La presse chrétienne internationale salue un « martyr de la charité ». Les vidéos du prêtre circulent, accompagnées de messages où se mêlent le deuil et la colère.

On mesurera, dans les jours qui viennent, le poids symbolique de ce sacrifice. Les villages chrétiens du Sud-Liban, coincés entre les frappes israéliennes qui disent viser le Hezbollah et les soupçons d’infiltration qui justifient toutes les démesures, comprennent que leur existence même devient une provocation. Qlayaa, qui refusait toute implantation armée, paie aujourd’hui le prix de sa fidélité.

Paix à l’âme du père Pierre El-Rahi. Que son sacrifice rappelle que, même au cœur de la guerre, certains choisissent encore de rester par fidélité, par amour et par espérance – tandis que d’autres choisissent de tirer, par habitude, par cynisme, et par ce qu’ils appellent pompeusement le « droit à se défendre ».


- Source : Le Média en 4-4-2

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