Trump réintronise le mondialisme à Davos
C’est une image qui devrait faire s’étrangler dans leur café matinal bon nombre de souverainistes français, ceux-là mêmes qui ont passé les derniers mois à célébrer le retour de Donald Trump comme le messie des nations libres. Le voilà, l’iconoclaste, le "destructeur de l'ordre établi", atterrissant dans la station de ski la plus chère du monde, flanqué d'une délégation qui ferait pâlir d'envie n'importe quel monarque européen.
Donald Trump est à Davos. Et non, il n'est pas venu pour dynamiter le Centre de Congrès avec de la dynamite intellectuelle libertarienne. Il est venu pour renégocier le bail.
Le mythe du Trump anti-mondialiste
Pour la libertarienne cohérente que je suis, le spectacle est d’une ironie mordante. En France, une certaine droite nationale a construit une cathédrale d'espoirs sur l'idée que Trump allait démanteler la mécanique mondiale. C'est une erreur d'analyse fondamentale. Trump n'a jamais été contre le pouvoir mondial ; il a toujours été contre le fait que ce pouvoir soit partagé.
Ce que nous voyons émerger à Davos, débarrassé des oripeaux du « wokisme » et des sermons moralisateurs sur le climat (les fameux critères ESG que l'Amérique s'apprête à déchiqueter), ce n'est pas la fin du mondialisme. C'est sa mutation vers un mondialisme transactionnel.
Le « mondialisme version Schwab » voulait réguler votre consommation de viande et vos pronoms au nom du Bien Commun™. Le « mondialisme version Trump » veut réguler vos chaînes d'approvisionnement et vos tarifs douaniers au nom de l'Intérêt Américain. Dans les deux cas, pour l'individu libre et l'entrepreneur indépendant, le résultat est le même : l'État (ou un cartel d'États) décide, le marché obéit.
Le capitalisme de connivence (Cronyism) 2.0
Pourquoi Trump est-il à Davos avec une telle suite ? Parce que Davos est, par essence, le temple du capitalisme de connivence (crony capitalism). C'est l'endroit où le Big Business couche avec le Big Government pour écrire des règles qui empêchent les petits concurrents d'entrer sur le marché.
Les souverainistes français pensaient que Trump allait renverser la table. En réalité, il vient s'asseoir en bout de table pour présider le conseil d'administration.
- Il ne vient pas prêcher le libre-échange (la seule véritable position libertarienne).
- Il vient imposer un managed trade (commerce administré).
Ce n'est pas le retour de la souveraineté pour la France ou l'Europe. C'est le retour de la vassalisation assumée. Le message de Trump à l'élite de Davos est simple : "Vous pouvez continuer à faire du business, mais désormais, le péage se paie à Washington, et en cash".
Les cocus magnifiques du souverainisme tricolore
C’est ici que la pilule est la plus amère pour les partisans français de Trump. Ils ont confondu « souverainisme » (chacun maître chez soi) et « impérialisme unilatéral » (je suis maître chez moi ET chez toi).
En applaudissant le protectionnisme américain, les souverainistes français ont applaudi l'arme qui est maintenant braquée sur nos exportations de vins, de fromages et de luxe. Ils ont cru que la fin du multilatéralisme onusien (souvent inefficace et bureaucratique, certes) signifierait le retour des libertés nationales.
Or, la nature a horreur du vide. Si vous retirez le droit international — aussi imparfait soit-il — vous ne retrouvez pas la liberté ; vous retrouvez la loi du plus fort. Et dans la jungle de Davos, le plus fort, c'est celui qui a le plus gros marché de consommation et la monnaie de réserve.
La liberté, grande absente
Au final, que ce soit le mondialisme progressiste de Klaus Schwab ou le mondialisme nationaliste de Donald Trump, le perdant reste le même : l'individu.
On remplace simplement une ingérence morale (l'écologie punitive, l'inclusivité forcée) par une ingérence économique (tarifs douaniers, guerres commerciales, subventions aux amis du pouvoir). Le "Wokisme" disparaît peut-être des couloirs de Davos, mais l'Étatisme, lui, se porte à merveille. Il a juste changé de casquette : elle est rouge désormais.
Pour nous, libéraux, peu importe que la botte qui nous écrase soit fabriquée en Chine de manière "durable" ou aux USA avec du "beau charbon propre". L'important, c'est qu'on aimerait bien qu'on nous l'enlève du visage.
- Source : Le Courrier des Stratèges















