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Lundi, 19 Janv. 2026

Iran : La fin d’une révolte dirigée par le département d’État

Auteur : Moon of Alabama (Etats-Unis) | Editeur : Walt | Lundi, 19 Janv. 2026 - 15h31

Encore Moon of Alabama qui démonte le récit d’une opposition populaire qui se serait mobilisée pacifiquement contre le pouvoir en place en Iran.

Il le fait en lisant attentivement la presse, ici le New York Times ; et ce que disent les Iraniens en exil qui s’affirment comme partie prenante de la mobilisation.

La mobilisation en question n’a en effet rien eu de spontané mais a gi avec opportunisme en essayent de s’arrimer et de se cacher derrière les manifestations de protestation contre les difficultés socio-économiques. Ces dernières s’opéraient dans le cadre légal prévu en Iran où il existe des dirigeants élus et une opposition légale étant entendu que cette opposition ne doit pas viser la destruction du régime dit islamique. C’est quelque chose qu’on connaît ailleurs, en Grande Bretagne pour être précis où les partis républicains sont illégaux.

La tentative de déstabiliser l’Iran a été dirigée de l’étranger en s’appuyant sur des agents dûment stipendiés, armés et équipés de dizaines de milliers de systèmes Starlink fournis par Elon Musk à la demande de la CIA. L’acquisition d’un seul de ces systèmes ne serait évidemment pas à la portée d’un citoyen iranien même relativement aisé. En France un kit Starlink coûte environ 350 euros soit un mois de salaire pour un Iranien moyen.

Le brouillage des systèmes Starlink, en empêchant aux acteurs locaux de communiquer avec leurs agents traitants a été un élément décisif du rétablissement de l’ordre par les services de sécurité iraniens.

Mounadil al Djazaïri

*

Iran – Le «réseau hétéroclite d’activistes» dirigé par le département d’État

La récente opération de «changement de régime» en Iran ayant manifestement échoué, les médias sont autorisés à révéler certains détails sur les pouvoirs qui la soutenaient.

«Au cœur de la lutte pour maintenir l’Iran en ligne (archive) – NY Times, 16 janvier 2026. Des activistes ont passé des années à se préparer à une interruption des communications en Iran, en faisant entrer clandestinement des systèmes internet par satellite Starlink et en rendant les coupures des réseaux numériques plus difficiles à appliquer par les autorités.

La coupure des communications en Iran la semaine dernière semblait totale. Les autorités avaient coupé Internet et les réseaux de téléphonie mobile. Les services bancaires en ligne, les achats en ligne et les SMS étaient hors service. Les informations sur les manifestations grandissantes étaient rares.

Pourtant, un réseau hétéroclite de militants, de développeurs et d’ingénieurs a réussi à percer les barrières numériques iraniennes. Grâce à des milliers de systèmes internet par satellite Starlink qu’ils avaient discrètement introduits dans le pays, ils se sont connectés et ont diffusé des images de soldats tirant dans les rues et de familles cherchant des corps».

Un «réseau hétéroclite» d’«activistes»… Voyons qui, selon l’article, en fait partie :

««La mise en place d’une telle infrastructure se planifie», a déclaré Fereidoon Bashar, directeur exécutif d’ASL19, une organisation de défense des droits numériques axée sur l’Iran. «C’est le fruit d’années de planification et de travail entre différents groupes»».

ASL19 est une organisation iranienne de «changement de régime» basée au Canada. Son site web indique :

«Nous élaborons des solutions innovantes pour promouvoir les droits de l’homme et les libertés publiques en Iran».

Sa page «À propos»  ne mentionne ni ses membres ni son mode de financement. Une page Wikipédia consacrée à l’organisation laisse planer un doute sur son intégrité.

«ASL19 (en persan : اصل ١٩) est une organisation technologique indépendante qui œuvre pour des solutions concrètes en matière d’accès à l’information en ligne. Ses activités ont été entachées d’allégations d’abus sexuels et de harcèlement au travail.

Basée à Toronto, ASL19 a été fondée en 2012 avec le soutien du Citizen Lab de l’Université de Toronto.

L’Université de Toronto a pris ses distances avec l’organisation depuis la controverse de 2017. (…)

Une enquête du magazine The Verge et une lettre ouverte d’anciennes employées anonymes ont révélé des cas d’abus et de harcèlement au travail au sein de l’organisation. Une demande d’accès à l’information auprès du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario a démontré l’existence d’une allégation d’abus et d’agression sexuelle au sein de l’organisation, et que la direction d’ASL19 aurait été complice de la dissimulation de ces abus. Dans le seul cas rapporté, l’organisation aurait cherché à obtenir un accord de confidentialité.

L’organisation de défense des droits numériques Access Now a mis fin à son partenariat avec ASL19 pour son sommet RightsCon en décembre 2017».

Revenons à l’ article du New York Times :

««Il s’agit de la coupure d’internet la plus sévère que nous ayons jamais connue», a déclaré Ahmad Ahmadian, un militant exilé qui a également participé à l’introduction clandestine de systèmes internet par satellite en Iran». Starlink est vital»».

Hmm… :

«Ahmad Ahmadian est président-directeur général de Holistic Resilience, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis qui développe des technologies pour diffuser des informations non censurées et contrer la surveillance étatique, en se concentrant principalement sur l’Iran».

Le site Holisticresilience.us ne contient qu’une seule page, avec quelques explications superficielles mais aucune information concrète. Aucun des projets qu’Ahmad Ahmadian prétend diriger n’y est mentionné. On y trouve un formulaire de contact anonyme.

Il existe également une page de «dons» qui redirige vers une page fundraisup.com indiquant avoir collecté 17 392,70 $ sur un objectif d’un million de dollars pour l’achat d’antennes Starlink. Un compte Twitter Ahmad Ahmadian, créé en 2009, suit 995 personnes mais n’est suivi que par 650 autres utilisateurs. Un compte associé, joinNASNET (NasNet l استارلینک برای ایران), tweete fréquemment sur Starlink en farsi. Il suit 49 autres comptes et compte environ 10 100 abonnés.

Passons à un autre groupe d’«activistes hétéroclites» évoqué dans l’article du New York Times :

«Le 8 janvier, face à l’ampleur des manifestations, les autorités iraniennes ont coupé l’accès à Internet, plongeant le pays de 90 millions d’habitants dans un black-out numérique. Les VPN sont devenus inopérants. Le trafic Internet en Iran a chuté de 99%, selon l’organisation de surveillance Netblocks.

«Le gouvernement a paniqué», a déclaré Amir Rashidi, expert en cybersécurité chez Miaan, un groupe de défense des droits numériques axé sur l’Iran».

Le site Miaan.org comporte au moins plusieurs pages. Sa page «À propos» indique que :

«Miaan est une entité à but non lucratif 501(c)(3) dont le siège social est à Austin et qui compte du personnel et des activités en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie centrale».

On y mentionne 11 personnes travaillant pour le projet. Aucune information n’est fournie sur le financement de Miaan.

Mais nous n’avons pas besoin de spéculer. Nous sommes arrivés au 18e paragraphe de l’article du New York Times sur un «réseau hétéroclite d’activistes», qui laisse enfin entrevoir qui l’organise et le finance :

«Le département d’État a collaboré avec SpaceX concernant l’exemption des sanctions pour les outils de communication numérique en Iran. Il a également apporté son soutien à des organisations de la société civile sur les moyens de dissimuler ces systèmes aux autorités, selon un responsable de l’administration Biden impliqué dans ces projets».

C’est le gouvernement des États Unis qui a fourni aux différents groupes de changement de régime l’argent nécessaire pour faire entrer clandestinement quelque 50 000 terminaux Starlink en Iran.

Mais ce projet coûteux ne s’est pas déroulé comme prévu. Les terminaux Starlink utilisent le GPS pour déterminer leur position, information indispensable pour localiser et se connecter aux satellites Starlink. Or, les signaux GPS sont faibles et faciles à falsifier. Le gouvernement iranien utilise cette technique pour usurper les signaux GPS et fournir de fausses localisations, ce qui perturbe les terminaux Starlink. Ces derniers ne parviennent donc plus à localiser les satellites nécessaires et à s’y connecter. (Il existe d’autres méthodes pour détecter et localiser les terminaux Starlink actifs individuellement. Cependant, pour en désactiver un grand nombre, l’usurpation du signal GPS reste actuellement la solution la plus efficace.)

Avec la mise hors service de Starlink, les coordinateurs étrangers des émeutiers armés sur le terrain en Iran n’ont plus les moyens de les contrôler.

Les influenceurs médiatiques prônant un «changement de régime» ne reçoivent plus de nouvelles vidéos «d’horreurs» pour alimenter la campagne publique anti-iranienne. Les fausses vidéos créées par l’IA et diffusées par des comptes automatisés ne constituent qu’un triste substitut (archive).

«La coupure d’internet en Iran a interrompu la diffusion d’informations fiables sur les troubles politiques qui secouent le pays. Ce vide a été comblé par un déluge de propagande, de désinformation et de campagnes d’influence menées par des pays ou des parties cherchant à façonner l’issue du conflit.

Des comptes en ligne factices, également appelés bots, ont diffusé ces derniers jours des informations fausses et contradictoires sur X, Instagram et d’autres plateformes de médias sociaux, selon plusieurs experts en désinformation et en écosystème informationnel iranien. Ces bots ont partagé des photos et des vidéos trompeuses ou générées artificiellement, contribuant à brouiller davantage la réalité de la situation sur le terrain. … Un rapport publié en octobre par Citizen Lab, un organisme de surveillance de la cybersécurité, a conclu qu’un réseau de plus de 50 profils inauthentiques sur X, la plate-forme de médias sociaux, était organisé par le gouvernement israélien ou un sous-traitant étroitement supervisé. D’après les chercheurs, ce réseau a commencé à intensifier son utilisation de l’intelligence artificielle au début de l’année dernière pour diffuser des récits incitant les Iraniens à la révolte. … Une campagne distincte sur X a cherché à renforcer le soutien à Pahlavi, héritier de la dynastie qui régnait autrefois sur l’Iran, selon Philip Mai, chercheur principal au Social Media Lab de l’Université métropolitaine de Toronto. (D’autres chercheurs et journalistes ont récemment établi un lien entre les opérations d’influence israéliennes et des contenus en ligne rédigés en persan et favorables à Pahlavi dont es liens étroits avec Israël sont connus.)»

Ayant observé plusieurs tentatives de changement de régime au fil des ans, je trouve intéressant, voire surprenant, que la communication soit le principal point faible de telles opérations. L’Iran a prouvé qu’en la coupant, même temporairement, il pouvait stopper les troubles dans l’immédiat.

Traduction: Mounil al Djazaïri


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