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Lundi, 14 Juin 2021

Les hôpitaux seraient deux fois moins occupés que ne l’affirme Santé publique France

Auteur : Nancy Cattan | Editeur : Walt | Lundi, 18 Janv. 2021 - 03h07

« Différences majeures », « discordances » et « importantes divergences » entre les chiffres publiés par Santé publique France et ceux de la réalité selon Nice-Matin.

« À titre d’exemple, le 3 janvier dernier, Santé publique France comptabilisait 564 personnes hospitalisées avec un diagnostic Covid-19 dans le département des Alpes-Maritimes (dont 69 en réanimation), quand dans la réalité « seulement » 233 patients au total (dont 55 en service de réanimation) étaient ce jour-là hospitalisés dans l’un ou l’autre des établissements (privés ou publics) ».

Soit une « différence d’un facteur 2,5 entre ces deux sources ». Si cet article de Nice-Matin se penche en premier lieu sur le département des Alpes-Maritimes, le quotidien affirme par ailleurs que la « problématique serait probablement nationale ».

« Mic mac autour des chiffres de la Covid-19 dans les Alpes-Maritimes… Alors que tous les regards sont braqués sur le nombre de lits disponibles pour accueillir des malades souffrant de formes graves de Covid, on découvre d’importantes divergences dans les chiffres.

Il ne s’agit pas de minimiser l’ampleur de l’épidémie ni sa gravité, alors que le virus continue de circuler activement sur le territoire. Mais de faire état de la réalité de la situation, aussi objectivement possible. Or la situation dans les Alpes-Maritimes, selon qu’elle s’appuie sur les données de Santé publique France, ou sur celles fournies au quotidien par les acteurs de terrain, prend des visages différents.

Nous avons fait cette découverte après avoir reçu des courriers de médecins hospitaliers s’étonnant des discordances entre les informations diffusées par Nice-Matin au sujet des hospitalisations pour Covid (issues de Santé publique France) et les observations de terrain.

Or, le nombre d’hospitalisations pour Covid-19 fait partie des indicateurs suivis avec la plus grande attention. Il rend compte du niveau d’occupation des lits dédiés à l’accueil des malades souffrant de formes graves de la Covid-19.

Chaque jour, des personnels du CHU de Nice, établissement support des Alpes-Maritimes, interrogent ainsi tous les établissements accueillant des malades de la Covid-19, et recensent le nombre de lits occupés pour ce motif.

Des informations précieuses, relayées à tous les professionnels hospitaliers ainsi qu’à l’ARS, et qui participent en premier lieu aux choix politiques: couvre-feu, confinement…

Rappelons en effet que toutes les mesures prises ont pour objectif d’éviter une saturation des lits d’hôpitaux.

De grosses différences pendant des semaines cruciales

Nous avons pu nous procurer ces tableaux et les courbes d’évolution depuis début octobre, lorsque l’épidémie est repartie à la hausse après la trêve estivale. Et nous avons comparé les données y figurant à celles publiées par Santé publique France, établissement sous la tutelle du Ministère de la Santé. Données relayées par Nice-Matin, et l’ensemble des médias.

Et là, nous avons constaté des différences majeures concernant les lits occupés mais aussi l’évolution de la courbe des hospitalisations pendant plusieurs semaines cruciales.

À titre d’exemple, le 3 janvier dernier, Santé publique France comptabilisait 564 personnes hospitalisées avec un diagnostic Covid-19 dans le département des Alpes-Maritimes (dont 69 en réanimation), quand dans la réalité « seulement » 233 patients au total (dont 55 en service de réanimation) étaient ce jour-là hospitalisés dans l’un ou l’autre des établissements (privés ou publics). Comment comprendre cette différence d’un facteur 2,5 entre ces deux sources ?

Phénomène plus préoccupant, on observe de vraies divergences dans l’évolution des courbes, pendant des périodes déterminantes. Ainsi, alors que celles traduisant la progression des hospitalisations pour formes graves dans les Alpes-Maritimes, produites par les acteurs de terrain, font état d’une relative stabilité, voire d’une décroissance, à compter du 10 novembre et pendant plusieurs semaines, la courbe publiée par Santé publique France décrit une croissance constante de ces hospitalisations.

Depuis la levée du confinement, et les instaurations successives du couvre-feu à 20 h puis 18 h, les deux courbes sont quasi parallèles, en progression.

Des patients en soins de suite qui continuent d’être comptabilisés

Répondre à ces questions posées par ces données nous a valu une plongée dans un univers totalement kafkaïen, à l’issue duquel nous ne pouvons émettre que des hypothèses, chaque acteur n’ayant pu nous fournir d’explications exhaustives.

Le chiffre des hospitalisations provenant des hôpitaux eux-mêmes inclut les patients en soins critiques, en lits de médecine mais ne tient pas compte à juste titre de ceux qui ont eu le Covid par le passé, et qui sont toujours hospitalisés en soins de suite et réadaptation (SSR), pour une prise en charge des séquelles de leur maladie.

Des patients qui ne sont plus contagieux pour la grande majorité d’entre eux.

« Au bout de 14 jours, ces patients devraient être sortis des bases, nous indique un spécialiste en santé publique. Dans la réalité, il est fréquent qu’ils ne le soient pas tant qu’ils restent présents dans les unités de SSR. De façon plus générale, les malades de la Covid-19 qui quittent l’hôpital après un séjour en réanimation ou dans un autre service ne sont pas toujours sortis des bases. Comme Santé publique France fait des extractions de ces données, elles sont mathématiquement supérieures à la réalité ».

Pas de distinguo avec les patients PCR+ hospitalisés pour d’autres motifs

Lorsqu’un patient est hospitalisé pour un motif quelconque (insuffisance cardiaque, décompensation diabétique…), dans l’un ou l’autre des services des hôpitaux ou cliniques, et qu’il est testé positif pendant son séjour, il rejoint le « pool des personnes hospitalisées pour Covid » dans la base de données, même s’il ne présente aucun symptôme.

Lorsque des patients arrivent dans les services d’urgences avec une suspicion de Covid, ils sont aussitôt rentrés dans la base SI-VIC. Si le diagnostic n’est pas confirmé, ils doivent ensuite être retirés de la base, ce qui n’est là encore pas systématiquement fait.

Le système de recueil de données inclut les patients positifs résidents en EHPAD, dans des maisons d’accueil spécialisé (MAS) et foyers d’accueil médicalisé (FAM), même si leur état n’a pas justifié une hospitalisation dans l’un ou l’autre des secteurs dédiés.

Plus on teste, plus on trouve de positifs

Au-delà des différences dans le nombre total de patients hospitalisés pour Covid, comment expliquer les divergences dans les trajectoires des courbes entre le 10 novembre et le 15 décembre ? Intrigués, aucun des spécialistes contactés n’a su pour autant nous répondre.

La réponse s’explique peut-être en partie par le nombre de tests réalisés. Les Alpes-Maritimes figurent parmi les départements qui testent le plus en France. Or, plus on teste, plus on trouve de positifs. Des personnes testées positives alors qu’elles sont hospitalisées ou qu’elles résident dans des établissements sanitaires et sociaux, EHPAD en priorité (qui ont fait face pendant cette période à de nombreux clusters), rejoignent la case des personnes « hospitalisées avec diagnostic Covid-19 » sur le site de Santé publique France.

On s’aperçoit, en suivant la courbe issue des données des hôpitaux, que l’accroissement du nombre de positifs ne s’est pas traduit par une augmentation des hospitalisations dans des structures de soins, et n’a donc pas constitué une menace pour le système de santé.

La problématique est certainement nationale

Si à l’issue de cette enquête de nombreuses questions restent posées, il reste que cette bataille des chiffres a matière à inquiéter de l’avis même des acteurs en première ligne dans cette crise : « C’est un biais terrible, alors que toute la communication est en effet basée sur les chiffres de Santé publique France. Et la problématique est certainement nationale, nous confie l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat (chacun partage la même crainte d’être accusé de nourrir la théorie du complot).

En pleine décroissance des hospitalisations, les journaux titraient : l’épidémie repart ! Et lorsque le couvre-feu à 18 heures a été instauré, on a aussi dit : ça explose à Nice ! La réalité, c’est que ça n’évoluait pas plus qu’ailleurs ».

Développée dans des conditions d’urgence suite aux attentats de novembre 2015, la plateforme web SI-VIC (SI VICtimes) a permis aux agences sanitaires de disposer rapidement d’une base de données partagée et sécurisée adaptée aux événements générant de nombreux blessés (attentat, prise d’otage, accident sur la voie publique, etc.). Cette plateforme proposait ainsi un système de recensement des admissions aux urgences avec recherche de doublons et possibilités de transferts d’un service à un autre.

Aujourd’hui, elle est utilisée par les établissements de santé dans le cadre de l’épidémie de COVID-19 pour permettre le dénombrement des patients COVID-19 hospitalisés, notamment en réanimation, et assurer ainsi un suivi en temps réel de l’impact sur l’offre de soins (lits d’hospitalisation, réanimation, décès) ».

– source : Nice-Matin : « Pourquoi le nombre de malades entre les données de Santé Publique France et celles des hôpitaux est si différent »

***

Un communiqué anti-vaccin de l’Ordre des Médecins de la Charente sème le trouble

Le dernier billet d’humeur du président du Conseil de l’Ordre des Médecins secoue la profession. Dans son communiqué interne du 13 janvier, Michel Bacquart, tacle la campagne de vaccination au Covid de la France.

Morceaux choisis : « Le discours médical ne peut être fait d’injonctions. […] Instiller la peur ne peut être partie prenante dans la médecine ». « Il n’appartient pas au médecin de participer à on ne sait quels “jeux olympiques de la vaccination” ». Un autre passage prend carrément des airs de pamphlet anti-vaccin. « Ces traitements […] découlent soit de techniques nouvelles (sans aucun recul) soit de techniques récentes (avec un faible recul) ».

Interrogé sur ces lignes, Michel Bacquart évacue : « Il s’agit d’un communiqué interne au conseil de l’ordre, uniquement destiné aux médecins, je n’ai pas à le commenter dans la presse ». Sauf que le texte a fuité. Publié en intégralité sur Twitter jeudi soir. Depuis, la publication fait la joie des anti-vaccins et conspirationnistes. « Il est heureux que des médecins se lèvent car eux seuls ont la possibilité d’arrêter cette folie sanitaire (refus traitements, confinement…) », salue ainsi un internaute.

Plainte au conseil national ?

Les médecins charentais, eux, apprécient beaucoup moins. « Ce que le président écrit engage un peu sa profession, regrette Gilles Raymond président du syndicat MG (pour médecins généralistes) de la Charente. Je ne suis pas sûr que sa position corresponde à celle du Conseil national, ni à celle des médecins de terrain ». Lui assure vouloir collaborer avec les autorités sanitaires. « Partout dans le département, des médecins s’organisent et prennent du temps pour participer à la campagne. Le médecin doit délivrer une information, ça me paraît difficile d’être contre la vaccination par principe ».

Le billet d’humeur a fait sortir de leurs gonds d’autres médecins. « C’est totalement à contre courant. Dans la période où on passe en couvre-feu à 18h, où on lance tous les centres de vaccinations, où la « pandémie » reprend rapidement. C’est choquant. Une plainte au Conseil national n’est pas exclue », charge un docteur, sous couvert de l’anonymat.

Source: Charente Libre


- Source : Nice-Matin

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