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Jeudi, 22 Oct. 2020

Covid-19 : la France a peur

Auteur : Frédéric Mas | Editeur : Walt | Mercredi, 26 Août 2020 - 08h40

Derrière l’obligation de porter les masques, y compris en plein air, il y a aussi toutes les restrictions touchant à la liberté d’association et de circulation qui sont désormais normalisées.

La France a peur. Partout dans les rues, les magasins, aux terrasses de café, sur les réseaux sociaux, les Français se scrutent et se jaugent. Tout le monde a-t-il son masque réglementaire ? Mon voisin respecte-t-il bien les distances de sécurité ? Ces enfants un peu trop agités ne sont-ils pas trop près de moi ?

Il faut dire que les pouvoirs publics soufflent sur les braises de la panique. Après avoir soutenu que le masque était inutile au plus fort de la crise sanitaire, les voilà alarmistes au moindre signal de reprise de la « pandémie », aussi frémissante soit-elle. Le principe de précaution est désormais généralisé, intériorisé jusqu’à la folie.

Après avoir obligé les entreprises à constituer des stocks de masques, après avoir modifié les contraintes sanitaires partout sur le territoire, c’est maintenant l’obligation du port du masque en entreprise qui viendra signaler la rentrée de septembre.

L’administration se veut inflexible, et les mesures politiques visant à rassurer la population ne feront qu’aggraver une situation économique déjà précaire, sans compter les diverses actions liberticides charriées par l’état de panique généralisée.

Pour couronner le tout, ce sont des centaines de policiers et de gendarmes que l’on mobilise pour vérifier le port du masque et qui ne seront pas utilisées pour assurer leur mission essentielle de sécurité. Et on ne peut pas dire que le niveau d’« insécurité » ait baissé en France pour se permettre ce genre de fantaisie politicienne.

L’extension du pouvoir bureaucratique

Derrière l’obligation de porter les masques, y compris en plein air, il y a aussi toutes les restrictions touchant à la liberté d’association et de circulation qui sont désormais normalisées au nom du grand principe étatique : Salus Populi Suprema Lex.

L’État communique encore : son personnel cherche à montrer qu’il fait quelque chose, qu’il s’agite pour prévenir une menace qu’il a du mal à cerner et à comprendre. Et en cela, il contribue grandement à généraliser la défiance entre les individus, défiance qui s’étend aujourd’hui de la base au sommet.

Pire encore, les mesures politiques de confinement et post-confinement participent activement à l’effacement de la justice, de la libre-entreprise et de l’économie de marché au nom du centralisme bureaucratique qui se sent pousser des ailes. En situation de crise plus ou moins grave, nos bureaucraties étatiques se sentent autorisées à « organiser » l’économie, contrôler les prix et à intervenir pour tenter de limiter les dégâts qu’elles ont elles-mêmes créés au nom de l’urgence sanitaire.

Le gouvernement Castex est une sorte de grand bond vers le passé, celui du planisme généralisé des années 1960, avec l’espoir secret, et largement magique, que les solutions de l’économie administrée du monde d’hier marchent pour celui d’aujourd’hui.

Sur-réaction du Politique

Certaines voix s’élèvent contre ce qui s’apparente à une sur-réaction du Politique, qui intervient comme pour faire oublier sa remarquable nullité au plus fort de la crise en mars et avril. La fameuse seconde vague n’arrive pas, en tout cas pas avec la même ampleur que la première, le taux de mortalité lié au Covid-19 est bas, et les fameux foyers d’infection quasi inexistants.

Le risque de reprise n’est bien sûr pas à écarter, mais pour l’instant, tous les indicateurs sont au vert, ce qui n’empêche pas les déclarations martiales, à la limite du grand guignol, de nos édiles devenues hygiénistes hardcore. Ce qui devait être limité au temps de la crise est devenu le nouveau normal, sans surprise.

Qu’on ne prenne pas ces réflexions pour ce qu’elles ne sont pas. Il ne s’agit pas de nier l’importance de la crise sanitaire ou de la nécessité de porter le masque dans certains lieux publics fermés pour éviter la transmission du virus. Mais comme les libéraux le savent très bien, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, et l’intervention étatique pour réglementer la vie des individus dans le détail de leur vie quotidienne est à la fois moralement insoutenable et politiquement contre-productif.

Ce qu’on ne voit pas immédiatement, c’est ce que cette politique autoritaire va nous coûter en termes de vie sociale, économique et même psychologique. L’atomisation du corps social, les commerces désertés et les limites posées à la liberté d’interagir et circuler pourraient être les ingrédients d’une bombe à retardement sociétale qui pourrait exploser à tout moment.

Multiplier les mesures anti-covid exceptionnellement strictes au moment où sa mortalité est particulièrement basse pourrait aussi avoir pour effet de lasser la population. Où est la deuxième vague tant attendue ? Pourquoi avoir multiplié les mesures vexatoires et privatives de libertés pendant des semaines – si ce n’est plus – pour rien ?

Si d’aventure le virus redevenait une menace non pas tout de suite, mais en octobre ou novembre, la population pourrait réagir avec une défiance accrue envers les autorités sanitaires qui n’ont pas arrêté de crier « au loup ! ».

L’État est semblable à l’ours de la fable de la Fontaine, qui pour chasser une mouche posé sur le visage d’un vieillard, lui écrase le visage avec un rocher. Incapable de réagir de manière adaptée face à la « pandémie », les mesures qu’il prend risquent fort d’étouffer la société civile qu’il prétend protéger :

« Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi ».


- Source : Contrepoints

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