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Samedi, 07 Déc. 2019

Réforme des retraites : l’impossible équation

Auteur : Jean Goychman | Editeur : Walt | Mercredi, 13 Nov. 2019 - 13h31

La grande réforme d’Emmanuel Macron devait être celle des retraites. C’est un peu « la bouteille à l’encre », vieille expression qui, dans sa façon originelle, se disait « c’est clair comme la bouteille à l’encre ». Aujourd’hui, elles est employée pour qualifier un problème dont personne ne perçoit la solution.

L’origine de la pension de retraite

On apprend, lorsqu’on s’intéresse à l’histoire de l’assurance, que vieillir présente un risque : celui de ne plus avoir les moyens financiers de son existence. Dans les siècles passées, de nombreux systèmes étaient pratiqués. Cela pouvait être de l’intergénérationnel, très répandu dans les milieux ruraux où, après avoir fait vivre les enfants, les parents âgés qui ne pouvaient plus travailler à la ferme étaient nourris par leurs propres enfants. Il y a eu également des systèmes de « viagers » lorsque qu’il n’y avait pas de descendance et même, dans certains cas pas si éloignés de nous, historiquement et géographiquement, le rite du « coup de maillet » pratiqué, paraît-il en Bretagne jusque vers 1830, qui envoyait l’aïeul de vie à trépas.

Ce n’est qu’au XVII ème siècle que naquirent les premières assurances-vie. Un certain nombre de personnes se regroupaient et alimentaient une sorte de « pot commun » qui revenait au dernier survivant. En France, c’est Colbert qui créé en 1673 la première pension de retraite pour les marins.

En 1790, juste après la révolution, est créée la caisse de retraite des agents de l’État. Puis vinrent les militaires (1831) et les cheminots (1909)

Toutes ces caisses regroupaient des gens exerçant leur métier dans un même secteur d’activité.

Le Conseil National de la Résistance

C’est l’ordonnance du 19 octobre 1945, sous le gouvernement provisoire de de Gaulle, que les bases du système actuel furent instituées. La nouveauté, par rapport aux systèmes existants, était que les cotisations prélevées sur les salaires des actifs servaient à payer immédiatement les pensions des retraités. Le système « par répartition » était né.

Pour toucher sa pension, il fallait avoir 65 ans et avoir travaillé comme salarié durant 30 ans. On ne parlait, au départ, que de régime dit « de base » et c’est en 1972 que fut créé le régime des « retraites complémentaires, d’abord pour les cadres, puis pour les non-cadres ensuite.

Une situation très évolutive

Le principe de répartition suppose qu’il y ait un nombre suffisant d’actifs pour payer les pensions des retraités. Le montant total à reverser dépend du nombre de retraités et du montant de la pension de chacun. Or, une double difficulté apparaît : Le nombre de retraités augmente en raison d’une plus grande longévité (espérance de vie) et la productivité a énormément augmentée depuis plusieurs décennies en raison de la mécanisation et de l’automatisation. Très peu de domaines de l’activité économique y ont échappé. En 1995, la conclusion d’une conférence tenue à San Francisco posait déjà sous une autre forme ce problème. La question posée était : quel niveau d’employabilité pour la population active mondiale en 2050. La réponse fut :

« Les leaders réunis à San Francisco (Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..) sont arrivés à la conclusion que l’arrivée de la dénommée Société 20/80 est inévitable, celle dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80% de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante».

Cela pose le problème dans sa dimension réelle. Si seulement 20% de la population active mondiale est nécessaire pour faire tourner à elle-seule l’économie planétaire, que ferons les autres et surtout avec quelles ressources pourront-ils vivre ?

Zbigniew Brzezinski avait inventé le terme du « tittytainment » qui consistait en gros à payer les gens pour exister et les occuper devant les écrans de télévision pour qu’ils ne se révoltent pas.

Pour toucher la retraite, il faut avoir travaillé

Cette condition risque de ne plus suffire dans l’avenir. La répartition suppose un minimum de cotisants  par retraité. Cela risque de ne plus être le cas dans un avenir assez rapproché, du moins si l’on veut maintenir un certain niveau de pension. Par ailleurs, la part des cotisants doit être complétée par la part dite « employeur » qui fait partie des « charges sociales » qui pèsent sur l’entreprise. En régime de forte concurrence tel que nous le connaissons aujourd’hui, ce manque de compétitivité par rapport à certaines entreprises non soumises aux mêmes charges peut conduire à des pertes de marchés qui se traduisent par des pertes d’emplois, diminuant encore le nombre de cotisants.

La réforme des retraites

Les solutions proposées aujourd’hui ne sont que des mesures qui permettent, dans le meilleur des cas, de gagner un peu de temps. On veut avant tout donner l’impression que le problème est courageusement pris « à bras le corps » alors qu’au-delà de la communication, on ne voit pas très bien en quoi le fait d’unifier tous les régimes et passer à une comptabilité par points de retraite va répondre aux réelles questions posées dans l’avenir. D’autant plus que l’allongement de la durée du travail ne créé aucun emploi supplémentaire. On ne peut donc compter que sur la croissance pour augmenter l’activité et la période actuelle n’y est guère propice, en particulier en raison d’un système financier international mis en place par les banques centrales qui ne fonctionne que sur l’endettement des États.

Certains pays ont pris le problème différemment. Les américains, individualistes par conviction, ont des systèmes par capitalisation. Ce sont des fonds de pensions qui gèrent leurs retraites, avec tous les risques que cela peut encourir, allant jusqu’à la faillite du fonds et la disparition totale du capital retraite en cas de crise financière. Pour la plupart des pays européens, les retraites sont dissociées entre un régime de base , généralement par répartition, et un régime complémentaire par capitalisation. Néanmoins, dans pratiquement tous les cas, les cotisations les alimentant viennent du travail et en renchérissent le coût.

D’autres voies de ressources sont-elles possibles ?

On comprend que si le nombre de travailleurs diminue et que leur durée de travail augmente, de moins en moins de gens arriveront à vivre avec leur seule retraite. Existe-t-il des pistes qui permettraient d’éviter cet écueil majeur ?

Le Japon étudiait dans les années 80 une voie plus originale, en envisageant de faire cotiser les robots. Cette idée fait également débat au sein de la Commission Européenne.

Si le financement venait d’autres sources que celles liées au travail des individus, pourrait-on toujours appeler cela une pension de retraite ?

Ne serait-ce pas plutôt une sorte de revenu universel qui serait versé en complément ou en allocation pure à ceux qui n’auraient jamais ou pas suffisamment travaillé ?

Certes, on peut comprendre l’intention d’unifier, pour des raisons de simplifications administratives, les différents régimes de retraite, mais ne serait-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?

De deux choses l’une : soit on sait équilibrer le régime de retraite, quel qu’il soit, unique ou différencié en fonction des professions et tenant compte de la démographie et du taux d’emploi, soit on ne sait pas.

Dans ce cas, tous les plans, toutes les «astuces comptables » ne serviront à rien et le problème des retraites restera récurrent. Il faudra donc trouver d’autres sources de financement pour faire vivre les personnes âgées qui n’auraient pu se constituer tout au long de leur vie le capital nécessaire à leur survie. Pour le moment, cette équation demeure sans solution.


- Source : RI

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