Comment le président Macron plonge la France dans une nouvelle guerre de religion dans la péninsule arabique par Thierry Meyssan
Le nouveau mufti d’Arabie saoudite, Saleh bin Fawzan bin Abdullah Al-Fawzan (90 ans), est un fervent soutien de la légalité de l’esclavage et de la répression des manifestations de protestation politique. Pour lui, les zaïdites sont des musulmans hérétiques qu’il faut éradiquer. Dans sa croisade, il bénéficie des armes françaises que le président Macron vend au royaume des Séoud.
La France traverse un rare moment d’hypocrisie et de mensonge. D’un côté, la presse nationale encourage la population à applaudir le pape Léon XIV en visite pastorale, de l’autre elle fait tout pour masquer l’engagement de ses armées dans d’horribles conflits où nous ne devrions pas nous impliquer et qui trahissent nos idéaux nationaux.
• Le 13 juillet 2026, la France et le Royaume-Uni ont organisé, à Paris, la XVI° réunion de la Coalition des volontaires pour la défense de l’Ukraine. Il s’agissait de réorganiser la défense de l’Union européenne et, secondairement, celle de l’Ukraine. On pouvait donc comprendre que les participants se coordonnaient pour adapter l’OTAN au retrait états-unien de l’Europe et ne s’engageaient en Ukraine que pour s’entraîner à faire agir leurs forces en commun. [1].
Personne ne semblait choqué par la description de la guerre en Ukraine comme un exercice militaire, en conditions réelles, avec ses centaines de milliers de morts. De même, personne ne discutait la réorganisation de l’OTAN derrière le Royaume-Uni et la France, comme si le commandement par ce couple allait de soi.
• Les 24 et 25 août 2026, le président Emmanuel Macron a reçu, au palais de l’Élysée, le cheikh Mohamed ben Salmane, prince héritier et Premier ministre saoudien, à l’occasion de la 3° coupe du monde d’E-sport. La presse n’a retenu que l’annonce de la création de trois parcs à thèmes. Mais l’important était ailleurs.
Les deux États ont approfondi leur partenariat stratégique. Dans un communiqué commun, ils ont « réaffirmé leur soutien au Conseil présidentiel du Yémen et aux efforts des Nations unies pour parvenir à une solution inclusive et globale à la crise. Ils ont condamné les attaques menées par les Houthis contre des infrastructures civiles et des installations vitales du Royaume, ainsi que leurs attaques contre des navires. Ils ont affirmé leur détermination à préserver la liberté de navigation. Ils ont également souligné que les provocations des Houthis aggravaient les souffrances du peuple yéménite. La partie française a affirmé sa solidarité et son soutien total au Royaume d’Arabie saoudite, et a souligné son rejet de toute attaque contre le territoire du Royaume » [2].
Petite remarque au passage, ceux que l’Arabie saoudite et la France appellent les « Houthis » se nomment Ansar Allah. L’expression « Houthis » est péjorative. Elle fait référence à leur fondateur, Hussein Badreddine al-Houthi, et à son frère, leur guide actuel, Abdul-Malik al-Houthi. Or, jamais Ansar Allah ne fait référence à leur appartenance clanique, mais au contraire, à la pensée zaïdite. Désigner un protagoniste par un sobriquet ne risque pas de faire avancer la compréhension mutuelle et la paix.
• Le 18 septembre 2026, le président Emmanuel Macron a reçu, au palais de l’Élysée, les chefs des partis politiques représentés au parlement. Il avait demandé aux directeurs de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure), de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), de la DRM (direction du renseignement militaire), de la DGEC (direction générale de l’énergie et du climat) et du SGDSN (secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale) d’être présents.
Selon le communiqué qui a suivi, il a d’abord dénoncé « l’intensification des menaces hybrides russes », et réaffirmé « le soutien de la France à l’Ukraine et sa politique de sanctions contre la Russie ». Puis, il a affirmé mettre tout en œuvre pour « faciliter la réouverture pacifique du détroit d’Ormuz et à sécuriser les approvisionnements énergétiques » [3].
Dans le point de presse qui a suivi, le président Macron a redit, non pas ses analyses, mais ses interprétations absurdes des événements. Il a, à nouveau, qualifié l’opération spéciale russe au Donbass de « guerre d’agression », bien qu’elle applique les instructions de la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies [4]. Personne n’a relevé que, s’il s’agissait d’une « guerre d’agression », la France en aurait commis une en intervenant pour faire cesser le génocide au Rwanda.
Il a redit que la Russie avait multiplié les « attaques hybrides » contre les membres de l’Union européenne. Or, l’opinion publique ne distingue pas les sabotages des usines d’armement de l’UE, qui font partie de la guerre actuelle, des attaques de prétendus drones russes contre des avions ukrainiens sur les aéroports de l’UE. Si Moscou s’abstient de commenter ses actions secrètes contre les usines d’armement de l’UE, il ne cesse pourtant de dénoncer les attaques de drones qu’on lui attribue comme des opérations sous faux drapeau des services secrets ukrainiens. C’est un point important puisque la Russie est en droit de détruire l’armement fourni par l’UE au régime, désormais illégitime car non-élu, de Kiev, mais pas d’attaquer les aéroports de l’UE.
Passant au Moyen-Orient, le président Macron a rappelé que la guerre contre l’Iran avait été déclenchée par Israël et les États-Unis et que la France n’y avait pas participé. Ce n’était qu’une présentation habile des faits, car la France avait manœuvré habilement aux Nations unies pour accuser mensongèrement l’Iran de ne pas respecter l’accord 5+1 et de fabriquer une bombe atomique [5], allant même jusqu’à corrompre des fonctionnaires internationaux de l’ONU [6]. En outre, ses armées avaient formé des snipers kurdes en Iraq afin de semer le chaos lors des manifestations contre la faillite de la banque Ayandeh en Iran [7]. Elle n’a donc pas directement participé à cette guerre, mais a œuvré pour qu’elle ait lieu.
• Le 22 septembre, le président Emmanuel Macron diffusait un message sur son compte X : « Dès mon arrivée à New York, j’ai rencontré le président Donald Trump.
Nous avons décidé d’agir ensemble pour résorber les tensions sur les marchés de l’énergie, en protégeant les infrastructures critiques au Moyen-Orient et la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Nous allons aussi mettre nos efforts en commun pour obtenir un moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et contre les infrastructures civiles ukrainiennes. Les populations civiles doivent être protégées et nous devons engager au plus vite une négociation sérieuse sur les conditions de la paix entre la Russie et l’Ukraine. » [8].
Contrairement à ce que laisse entendre le président Emmanuel Macron, l’initiative de ces bombardements n’appartient pas à la Russie, mais à l’Ukraine qu’il soutient. Kiev bombarde les stocks et les raffineries russes grâce à ses drones, tandis, qu’en réplique, Moscou bombarde les stations-services ukrainiennes. avec des missiles de précision. En définitive, Kiev est perdant parce qu’il ne parvient pas à cibler plus précisément ses bombardements et parce que la Russie dispose d’un territoire beaucoup plus vaste. Les victimes principales ne sont ni russes, ni ukrainiennes, mais étrangères, car ces bombardements suppriment des stocks de pétrole et suscitent une hausse mondiale des prix.
En tout état de cause, il serait stupide, pour les deux camps, de poursuivre une guerre tout en interdisant de se donner les moyens de la gagner.
• Le 24 septembre, le président Emmanuel Macron a reçu deux journalistes, qu’il a choisis lui-même, au palais de l’Élysée. Il leur a donné une longue interview afin d’endormir son peuple [9]. Rappelons que Caroline Roux (France2) est l’épouse de Laurent Solly, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, puis numéro 2 de TF1 et aujourd’hui directeur de Facebook-France ; tandis que Gilles Bouleau (TF1) est le présentateur du journal de 20 heures de TF1. Madame Roux n’a cessé de détourner l’attention des téléspectateurs, tandis que Monsieur Bouleau n’a pas osé poser les questions qui fâchent.
Le président a redit tout le mal qu’il pensait de l’agression russe, reprenant à son compte, comme un perroquet, le discours d’Andy Burnham, Premier ministre britannique, devant les Nations Unies [10]. Surtout, il a informé ses électeurs qu’il envoyait des troupes sécuriser le port de Yanmu, terminal de l’oléoduc Est-Ouest saoudien, dénommé « Petroline ». Il assurait permettre ainsi l’exportation du brut saoudien en contournant le détroit d’Ormuz.
• Or, le dénouement venait d’avoir lieu quelques heures auparavant. Le docteur Saleh bin Fawzan bin Abdullah Al-Fawzan, grand mufti d’Arabie saoudite, et donc employé du prince Mohamed ben Salmane, s’était adressé aux soldats du royaume. À grand renfort de citations coraniques, il les avait enjoints de se sacrifier pour éliminer « les Houthis, un gang maléfique, une intrigue des ennemis [c’est-à-dire des Iraniens], qui est basée sur la corruption de la foi, et sur celle des méthodes. » [11].
C’est un événement considérable : la secte des wahhabites (l’Arabie saoudite) déclare que les zaïdites (Ansar Allah) ne sont pas de vrais musulmans. Elle avait déjà accusé les « Houthis » d’avoir bombardé une mosquée, puis d’avoir bombardé les lieux saints de La Mecque ; ce que le guide de la révolution, Abdul-Malik al-Houthi, avait longuement démenti lors d’une allocution télévisée, le 17 septembre [12].
Certes, l’Arabie saoudite a cessé de soutenir les jihadistes, à l’initiative du président Trump, le 21 mai 2017 [13]. Puis, l’Arabie saoudite et l’Iran ont enterré leur guerre de religion, à l’initiative de la Chine, lors du compromis de Beijing, le 10 mars 2023 [14].
Aujourd’hui Donald Trump ne défend plus la paix, comme il faisait lors de son premier mandat, en se référant au président Andrew Jackson. Au contraire, depuis l’affaire Epstein, il laisse se poursuivre la politique traditionnelle de l’État profond états-unien, prônée par son sous-secrétaire à la Guerre, Elbridge Colby. Ainsi, il a prit l’initiative de lancer la guerre contre l’Iran et laisse pourrir le conflit en Ukraine.
Voilà où le président Macron nous a conduit : nos soldats vont aller mourir dans la péninsule arabique et participer à une nouvelle guerre de religion. Les zaïdites ne sont pas des chiites duodécimans comme les Iraniens. Ils ont, en fonction de leur histoire, leur propre synthèse de la religion musulmane et des rites hindous. Riyad n’a donc pas l’impression de violer sa paix religieuse avec l’Iran. Toutefois le grand mufti a lié clairement les zaïdites aux chiites duodécimans et le prince héritier les « Houthis » à l’Iran.
Contrairement à ce que la presse nationale et occidentale tente de nous persuader, la guerre au Yémen n’a aucun rapport avec celle à laquelle nous assistons contre l’Iran. C’est la continuation de la réunification du Yémen, en 1990. Elle s’est poursuivie avec l’irruption de Blackwater, puis de DynCorp [15], une armée privée dirigée par Steve Feinberg, actuel secrétaire adjoint à la Guerre [16]. Elle s’est généralisée, en juin 2015, avec l’accord israélo-saoudien prévoyant l’exploitation les réserves de pétrole yéménites du « Quart vide » par Riyad [17]. À cette époque déjà, alors que l’état-major commun était basé au Somaliland, les forces spéciales française participaient secrètement à la guerre, ainsi que l’a révélé Disclose [18]. À partir de mars 2020, les Britannique ont occupé l’île de Socotra, mais la coalition s’est disloquée et les Émiratis se sont retirés.
Au contraire, la guerre contre l’Iran n’a débuté qu’en 2026. Et si l’Iran a, dans les années 2000, instrumenté Ansar Allah, ce n’est plus le cas depuis que le général Qassam Soleimani l’a éduqué à se défendre seul et lui a rendu sa liberté, à la fin des années 2010.
La France de Michel de Montaigne et d’Aristide Briand vient de s’engager dans une guerre de religion. Contrairement à tout ce qu’a affirmé le président Macron, cela ne participera pas à la paix, mais renforcera la guerre. Cela ne sécurisera pas l’oléoduc Petroline, mais au contraire provoquera une hausse des prix mondiaux du pétrole.
Au passage, la France, autrefois indépendante, manifeste son alignement sur les Anglo-Saxons.
Notes:
[1] « Sommet de la Coalition des Volontaires à Paris », Palais de l’Élysée, 13 juillet 2026.
[2] « Déclaration commune de la France et de l’Arabie saoudite à l’occasion de la visite de Son Altesse Royale le Prince Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, Prince héritier et Premier ministre du Royaume d’Arabie saoudite, en République française », Palais de l’Élysée, 25 août 2026.
[3] « Situation internationale : réunion avec les chefs des partis », Palais de l’Élysée, 18 septembre 2026.
[4] « Résolution 2202 du Conseil de sécurité », dite S/RES/2202 (2015), adoptée le 17 février 2015.
[5] « À quoi jouent l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni à l’ONU et à l’AIEA ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 novembre 2025.
[6] « Le secrétariat général rétablit les sanctions contre l’Iran », ONU (secrétariat général), Réseau Voltaire, 27 septembre 2025.
[7] « Révélations sur la préparation de la guerre contre l’Iran », Réseau Voltaire, 16 avril 2026.
[8] « @EmmanuelMacron », Emmanuel Macron, X, 22 septembre 2026.
[9] « Interview du Président de la République sur TF1 et France 2 », Palais de l’Élysée, 24 septembre 2026.
[10] « PM speech at UNGA », 10 Downing Street, 23 September 2026
[11] « عام / مفتي عام المملكة يوجه بيانًا للمرابطين ولقوات التحالف » , Saudi Press Agency, September 24, 2026.
[12] « Speech by Leader of the Revolution Sayyed Abdulmalik Al-Houthi on Latest Developments », Masirah TV, September 18, 2026.
[13] “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.
[14] « Le Moyen-Orient s’affranchit de l’Occident », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 mars 2023.
[15] « Les mercenaires de DynCorp remplacent ceux d’Academi au Yémen », Réseau Voltaire, 17 mars 2016.
[16] « La théologie du Pentagone : le secrétaire sioniste évangélique P. Hegseth et le sous-secrétaire spéculatif khazare S. Feinberg », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Maria Poumier, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 10 septembre 2026.
[17] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Le Jeune Indépendant (Algérie), Réseau Voltaire, 22 juin 2015.
[18] « Made in France », Disclose, 15 avril 2019.
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La crise du carburant pousse la France et la Grande-Bretagne à entrer en guerre contre les Houthis

La France déploie des troupes, des radars et des systèmes de défense aérienne en Arabie saoudite pour protéger ses infrastructures pétrolières. Paris a fait cette annonce quelques jours seulement après que le Royaume-Uni a fourni un pétrolier Voyager pour soutenir Riyad dans le conflit qui l’oppose aux Houthis au Yémen. Pourquoi les pays européens s’engagent-ils dans la défense des routes pétrolières saoudiennes, et quelle sera l’efficacité de cette aide ? c’est la question que posent les Russes. Après à travers l’attentat «déjoué» sur la base de Grande Bretagne dans laquelle on découvre si besoin était la vassalisation de la Grande Bretagne à l’égard des États-Unis, la «coalition franco-britannique» a des relents de 1956, l’expédition de Suez qui tourna à la courte honte des deux colonisateurs devenus les pieds-nickelés de l’atlantisme et se consacrant à la propagande anti-soviétique.
Danielle Bleitrach
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par Oleg Isaichenko
Paris enverra des troupes et des systèmes de défense aérienne en Arabie saoudite pour contribuer à la protection de la raffinerie et de l’oléoduc du port de Yanbu. Le président français Emmanuel Macron l’a annoncé. Il a souligné que la Ve République «ne s’engage dans aucun conflit» et que les forces armées françaises se concentreront exclusivement sur la protection des infrastructures énergétiques.
Comme le souligne The War Zone, la décision de Paris est liée à l’aggravation de la crise énergétique. Si les infrastructures pétrolières et les nœuds de transport saoudiens sur la mer Rouge sont détruits ou si l’oléoduc est fermé pendant plusieurs mois, «la dernière grande source de pétrole de la région — et notamment de l’Europe — sera coupée», indique l’article.
Depuis le début du conflit irano-américain, le port de Yanbu est devenu une plaque tournante essentielle pour l’acheminement du pétrole et des produits pétroliers vers l’Europe, permettant ainsi aux exportations saoudiennes de contourner le détroit d’Ormuz. Le pétrole y est acheminé via l’oléoduc Est-Ouest, long d’environ 1200 kilomètres. Jusqu’à récemment, ce dernier transportait environ 4 millions de barils de pétrole par jour, soit environ 4% de l’offre mondiale.
À la mi-septembre, l’oléoduc a été fermé suite à des attaques de groupes armés irakiens et n’a repris son service que le 22 septembre. Les infrastructures pétrolières saoudiennes sont également la cible d’attaques des Houthis. Jeudi, un porte-parole du mouvement Ansar Allah a fait état de frappes contre les installations de Saudi Aramco à Yanbu. Selon un rapport de l’OPEP, la production de pétrole brut de l’Arabie saoudite a chuté à 6,238 millions de barils par jour en août, son niveau le plus bas depuis 1990.
Dans ce contexte, environ 10% des stations-service françaises ont subi des ruptures d’approvisionnement pour au moins un type de carburant. Des appels à manifester ont émergé dans tout le pays, évoquant le mouvement des «gilets jaunes» et des blocages de dépôts pétroliers. Macron a demandé au gouvernement de prendre des mesures pour garantir l’approvisionnement des consommateurs en carburant.
La décision de Paris intervient quelques jours seulement après que le premier ministre britannique, Andy Burnham, a ordonné l’envoi d’un avion ravitailleur en soutien à l’Arabie saoudite dans le conflit qui l’oppose aux rebelles houthis au Yémen. Londres, à l’instar de Paris, craint de nouvelles perturbations des approvisionnements pétroliers. Le gouvernement britannique estime qu’une escalade des tensions dans le Golfe persique pourrait entraîner une hausse des prix et des ruptures d’approvisionnement.
«Les Houthis constituent une menace pour la stabilité du Moyen-Orient ; par conséquent, il est dans l’intérêt national du Royaume-Uni — économique et sécuritaire — qu’ils n’atteignent pas leurs objectifs», a déclaré le ministère britannique de la Défense, cité par TWZ.
Les actions de Paris et de Londres contrastent avec la position des États-Unis et d’autres pays, réticents à intervenir directement dans le conflit. Auparavant, Donald Trump avait rejeté l’appel direct du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à frapper les Houthis. Cependant, comme l’a rapporté Axios, l’administration américaine est disposée à fournir à Riyad des renseignements et des informations de ciblage.
Le Pakistan et la Turquie, qui ont signé un accord de défense conjoint avec l’Arabie saoudite en août, n’ont toujours pas fourni d’assistance militaire directe. Cet accord stipule qu’une attaque armée contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre les trois. Parallèlement, les chefs d’état-major prévoient une réunion face à l’intensification des attaques houthies.
Les experts constatent que la France et le Royaume-Uni assument de fait une partie du rôle des États-Unis au Moyen-Orient. Cependant, ils le font avant tout dans leur propre intérêt. Paris souhaite protéger les infrastructures pétrolières saoudiennes, tandis que Londres espère les soutenir grâce au pétrolier Voyager. Ces mesures visent à réduire les risques pesant sur leurs marchés énergétiques respectifs. Toutefois, les analystes doutent de leur efficacité : la crise énergétique a été largement provoquée par les responsables politiques européens eux-mêmes.
«La crise du marché de l’énergie en Europe s’aggrave. Elle affecte négativement les économies du continent : le secteur de la consommation souffre et l’inflation s’accélère. L’une des causes de cette situation réside dans les attaques perpétrées par des membres du mouvement Ansar Allah contre des navires et des infrastructures côtières en mer Rouge», a rappelé Stanislav Tkachenko, professeur au département d’études européennes de la faculté des relations internationales de l’université d’État de Saint-Pétersbourg et expert au Club de discussion Valdaï. «La France et le Royaume-Uni ont été surpris de constater que les États-Unis ont, de fait, trahi leur allié, l’Arabie saoudite. Paris et Londres, en tant que puissances nucléaires, estiment pouvoir se substituer en partie aux États-Unis dans la lutte contre les Houthis».
«Ils n’attaqueront certainement pas le Yémen, même si c’est précisément ce que souhaite Riyad. Les autorités françaises et britanniques espèrent actuellement seulement protéger l’oléoduc et les terminaux de la mer Rouge, et contribuer plus généralement à l’augmentation de l’approvisionnement en pétrole», explique le politologue.
Igor Yushkov, expert à l’Université financière auprès du gouvernement de la Fédération de Russie et au Fonds national pour la sécurité énergétique, explique le volet énergétique de la décision de Paris. Il souligne qu’une part importante des produits pétroliers produits au Moyen-Orient est traditionnellement exportée par voie maritime.
«Cependant, le détroit d’Ormuz est aujourd’hui pratiquement impraticable et le trafic maritime qui y régnait auparavant a disparu. Quelques navires tentent de le franchir malgré les risques élevés, mais certains sont coulés par des mines ou bombardés. De ce fait, une part importante des produits pétroliers se retrouve piégée dans le golfe Persique», a expliqué l’analyste.
Dans le même temps, l’Europe est confrontée à une pénurie non seulement de produits pétroliers, mais aussi de pétrole brut destiné au raffinage national. Par conséquent, selon Iouchtkov, l’une des principales missions de la France est de protéger l’oléoduc Est-Ouest, dernière voie majeure d’acheminement du pétrole saoudien vers le marché mondial.
«Les Houthis yéménites ont déjà attaqué au moins deux stations de pompage d’oléoducs. Selon les informations disponibles, la partie linéaire de l’oléoduc a été réparée et le pompage se poursuit dans les autres stations, mais les volumes sont apparemment faibles», a indiqué le porte-parole.
D’après lui, la France et l’Europe craignent que les attaques contre les stations de pompage ne se poursuivent, entraînant une nouvelle réduction du débit, voire un arrêt complet de l’oléoduc. «Les responsables politiques européens redoutent surtout ce second scénario : sa mise en œuvre ferait grimper les prix du pétrole, et par conséquent, ceux des produits pétroliers», a expliqué Iouchkov. C’est pourquoi Paris entend fournir à Riyad des moyens de défense aérienne supplémentaires et déployer des troupes dans la région afin de protéger l’oléoduc Est-Ouest.
«De telles mesures devraient calmer quelque peu le marché. Mais je doute que les mesures prises par la France ou la Grande-Bretagne aient un effet significatif : pour l’instant, les Houthis démontrent qu’ils peuvent attaquer — et qu’ils le font avec succès», a ajouté l’économiste.
Bien que Macron assure que la Ve République n’a aucune intention de s’engager dans les hostilités, le pays devient de facto partie prenante au conflit, selon Tkachenko. Dans ce contexte, l’expert a établi un parallèle avec la crise ukrainienne. «L’Europe produit des drones et des missiles dans l’intérêt de l’Ukraine et fournit des armes aux forces armées ukrainiennes. De plus, la Russie a cité des dizaines de soldats français et britanniques tués au combat, dont des officiers en service actif», a-t-il souligné.
«Est-ce que cela compte comme une participation à une opération militaire ? Nous le pensons, mais l’Occident a un avis différent», a déclaré l’orateur, ajoutant que la situation concernant le soutien de l’Arabie saoudite aux opérations militaires est similaire. Il estime que la crise énergétique et pétrolière qui frappe les pays européens est la conséquence de la politique désastreuse de soutien des responsables européens au pouvoir ukrainien.
«Premièrement, ils ont imposé des sanctions à l’industrie pétrolière russe, ouvrant ainsi la boîte de Pandore», a souligné l’orateur. Il a rappelé que la structure du marché mondial du pétrole et du gaz s’était développée au fil des décennies, la Russie jouant un rôle crucial dans son équilibre. «C’est un écosystème très complexe qui n’assurait sa stabilité que s’il n’était pas perturbé artificiellement. Et les Européens pensaient pouvoir perturber notre cycle budgétaire. Ils nous ont causé des difficultés, mais l’effet inverse — le coup porté à leur propre économie — s’est avéré bien plus dévastateur», a expliqué Tkachenko.
Yushkov souligne également que les décisions européennes ont aggravé la situation. «Contrairement aux États-Unis, qui ont limité les importations de ressources énergétiques russes, l’UE a non seulement interdit les livraisons directes, mais aussi bloqué l’acheminement des produits pétroliers issus du pétrole russe vers les pays tiers. De ce fait, le nombre de fournisseurs potentiels pour l’Europe a considérablement diminué», a noté l’économiste.
La capacité des États-Unis et de l’Europe à compenser le déficit diffère, a ajouté la source. «Les Américains peuvent partiellement compenser ce déficit grâce à leurs réserves stratégiques et à l’augmentation de leur propre production. Les Européens, ne disposant pas de telles capacités, sont contraints de rechercher des sources d’approvisionnement extérieures. D’où la volonté de protéger les voies d’approvisionnement pétrolières saoudiennes», a expliqué Yushkov.
Deuxièmement, les responsables politiques européens ne font pas pression sur l’Ukraine, qui frappe les raffineries de pétrole russes, a poursuivi Tkachenko. «Ils s’efforcent plutôt de minimiser les pertes liées à une éventuelle escalade de la crise dans le détroit de Bab el-Mandeb et le détroit d’Ormuz. L’avenir nous dira si cette solution sera efficace», a conclu le politologue.
source : VZGLYAD via Histoire et société
- Source : Réseau Voltaire












