Ingérences : Reykjavik remet bruxelles à sa place... qui a le droit d'influencer une élection en Europe ?
À quelques semaines d'un référendum décisif sur une éventuelle reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, la principale force d'opposition islandaise appelle les responsables européens à ne pas intervenir dans le débat national.
Guðrún Hafsteinsdóttir, dirigeante du Parti de l'indépendance, a lancé un avertissement clair aux responsables européens. "Il est extrêmement important que cette décision soit laissée à la nation islandaise" et que les électeurs puissent se prononcer "sans influences étrangères", rapporte Politico dans un article publié début août.
Le rappel peut sembler banal. Il l'est beaucoup moins dans une Europe où les accusations d'ingérence électorale se multiplient, selon l'identité de celui qui intervient et le camp politique concerné.
À l’heure où, en France, il est de bon ton, dès que l’on fait campagne pour la présidentielle, de se plaindre d’ingérence russe dont on ne voit surtout aucune preuve tangible ni d’impact réel, trois candidats – Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal – ont récemment dénoncé des opérations de désinformation attribuées à des réseaux prorusses. Des campagnes de fausses informations, souvent peu visibles et à faible retentissement selon les autorités elles-mêmes, sont immédiatement érigées en menace existentielle, alors même que les preuves d’une influence concrète sur le débat public restent, pour l’instant, singulièrement absentes.
Le cas Elon Musk lui est devenu emblématique. En Allemagne, avant les élections législatives de février 2025, le milliardaire américain avait publiquement soutenu l'AfD et multiplié les prises de position politiques sur son réseau X. Le gouvernement allemand avait alors estimé qu'il cherchait effectivement à influencer le scrutin. Euronews rapportait également les réactions de plusieurs dirigeants européens dénonçant ses interventions dans les débats nationaux.
Le problème n'est pas de savoir si Musk avait le droit de parler. Il l'avait. La question est plutôt de savoir si l'indignation européenne est appliquée avec la même rigueur lorsque l'influence vient d'un autre horizon politique que celui de la "bien-pensance".
La Pologne a, elle aussi, connu ce débat. En 2025, Le Monde rapportait qu'Ursula von der Leyen avait apporté un soutien politique, notamment en coulisses, au gouvernement de Donald Tusk avant la présidentielle polonaise. Le quotidien évoquait notamment le déblocage de 137 milliards d'euros de fonds européens et une proximité politique assumée avec le camp pro-européen.
En Roumanie, les accusations ont été encore plus explosives. Des responsables politiques ont accusé la Commission européenne d'avoir joué un rôle dans la crise électorale ayant conduit à l'annulation du scrutin présidentiel de 2024. Une question officielle a même été déposée au Parlement européen sur une prétendue "interférence" de la Commission.
C'est précisément là que le débat islandais devient intéressant. Les ingérences étrangères sont-elles condamnables par principe, ou seulement lorsqu'elles viennent du mauvais camp ?
Reykjavik vient peut-être de rappeler une règle élémentaire, une démocratie ne devrait pas avoir besoin de choisir son influenceur préféré.
- Source : France-Soir












