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Vendredi, 03 Juill. 2026

Hamza « La Douane » : le chaos français devient une honte internationale

Auteur : Franck Pengam | Editeur : Walt | Vendredi, 03 Juill. 2026 - 16h14

Les essentiels de cette actualité

  • Hamza, 14 ans, interpellé au moins dix fois depuis juin 2025, est devenu une figure nationale après des vidéos virales de violences et d’extorsion déguisée au canal Saint-Martin.
  • Pourquoi ses parents, présents et capables de s’exprimer en public, valident-ils publiquement les comportements de leur fils plutôt que d’en assumer la responsabilité ?
  • Le débat médiatique oppose défaillance parentale et manque de services sociaux : ces deux lectures sont-elles vraiment incompatibles, ou la France refuse-t-elle de les tenir ensemble ?
  • Quels outils de pression crédibles la puissance publique possède-t-elle réellement face à des parents défaillants, au-delà de la suspension d’allocations ?

Paris a trouvé son personnage de l’été. Hamza, 14 ans, enchaîne depuis juin 2025 les vidéos virales dans lesquelles il apparaît en train de pousser des femmes dans le canal, d’asperger des cyclistes, d’arroser des policiers au pistolet à eau et d’improviser un faux contrôle douanier au bord du canal Saint-Martin, réclamant deux euros aux passants sous peine d’être trempés. Ce dernier épisode lui a valu son surnom : « La Douane ». Le garçon est passé en quelques semaines du statut d’anonyme à celui de figure nationale, convoquée dans les débats télévisés et les colonnes des grands journaux. Le phénomène a même dépassé les frontières françaises : The Times, le New York Post et The Sun s’en sont emparés, faisant d’Hamza non plus seulement une curiosité parisienne, mais un symbole exporté du désordre français. Il aurait été placé en garde à vue à plusieurs reprises depuis juin 2025, notamment pour des faits de violence collective, de vandalisme, et il est désormais soupçonné de vol aggravé de téléphone. Chaque nouvelle séquence relance une querelle française que l’on commence à bien connaître, sans jamais vraiment l’épuiser.

Le cas Hamza est devenu, presque malgré lui, un test de Rorschach national. Ce que chacun voit dans cet adolescent dit beaucoup de ce qu’il pense de la France contemporaine. Pour les uns, il est la preuve vivante d’un effondrement de l’autorité, d’une démission parentale et d’une justice incapable de poser la moindre limite. Pour les autres, il est avant tout un enfant livré à lui-même, victime d’un sous-financement chronique des services sociaux et de structures éducatives insuffisantes. Ce clivage, aussi prévisible soit-il dans sa mécanique, mérite qu’on s’y arrête sérieusement, parce que les deux lectures ne sont pas également étayées par les faits.

L’autorité en question

Ce qui frappe d’abord, c’est la tonalité des réponses familiales. Le père d’Hamza, interrogé par la presse, assure que son fils est « un gentil garçon » qui « ne fait de mal à personne ». Sa mère, elle, renvoie les critiques à une forme de racisme. Hamza lui-même, interrogé sur CNews, a repris la même ligne :

« Les gens disent que je suis un voyou. La plupart des gens sont simplement racistes ».

On peut prendre cette accusation au sérieux, l’examiner, et constater qu’elle ne suffit pas à expliquer les faits reprochés : pousser une femme dans un canal alors qu’elle demande qu’on la laisse tranquille, asperger des automobilistes, simuler une forme de péage improvisé au bord du canal. Ces comportements ne relèvent pas d’abord d’une question raciale. Ils relèvent d’un rapport à l’autorité, d’un environnement social et d’une histoire familiale. Et c’est précisément ce que la rhétorique du racisme systémique permet trop souvent d’éviter d’examiner.

Le conseiller municipal parisien et ancien policier Abdoulaye Kanté a formulé cette tension avec une netteté que l’on entend rarement dans le débat public :

« C’est facile d’avoir des enfants, mais il faut parfois en assumer la responsabilité ».

Cette phrase a l’air banale. Elle ne l’est pas. Elle pose la question de la responsabilité parentale sans l’esquiver derrière les manques de l’État, tout en reconnaissant que certains parents peuvent effectivement être dépassés. C’est une position adulte, qui refuse de choisir entre l’imputation et l’excuse.

Ce que révèle la dispute médiatique

Alexandre Devecchio, éditorialiste au Figaro, a écrit que dans « un pays normal où les adultes auraient encore le droit d’exercer leur autorité, Hamza serait rapidement remis dans le droit chemin », ajoutant que « l’adolescent est devenu le visage de la délinquance du quotidien qui gâche la vie des Français ». De l’autre côté du spectre, Libération a préféré voir en lui « un enfant qui a besoin de protection ». Ces deux lectures ne se contredisent pas aussi frontalement qu’elles le semblent : un mineur peut simultanément avoir besoin de protection et causer des dommages réels à d’autres personnes. L’un n’annule pas l’autre.

C’est là que le débat français achoppe systématiquement. On exige de choisir son camp avant d’analyser les faits. Soit on « diabolise » l’adolescent, soit on « victimise » les personnes qu’il prend pour cible. Cette grille binaire empêche de penser ensemble la responsabilité individuelle, la responsabilité parentale et les défaillances institutionnelles, comme si reconnaître l’une obligeait à nier l’autre.

Le député Pouria Amirshahi a rappelé que le nombre d’éducateurs spécialisés disponibles est insuffisant et que les budgets alloués aux services sociaux ont subi des coupes significatives. C’est un argument qui mérite d’être pris au sérieux. Mais il ne suffit pas à expliquer pourquoi des parents présents, capables de s’exprimer dans les médias, semblent renoncer à exercer une autorité claire sur leur fils et trouvent, au contraire, le moyen de minimiser publiquement ses comportements.

Le député RN Julien Odoul a de son côté partagé une vidéo où Hamza aurait crié des insultes obscènes à une femme depuis la rue, en invoquant Allah. Odoul a conclu que les autorités auraient dû menacer les parents de suspension de leurs allocations. On peut débattre de la proportionnalité de la mesure. Mais la question de fond qu’il soulève, celle de savoir si la puissance publique dispose aujourd’hui d’outils de pression crédibles sur des parents défaillants, est légitime et reste sans réponse claire.

Ce que le phénomène Hamza met en évidence, au fond, c’est moins l’état d’un individu que l’état d’une conversation publique. La France semble incapable de tenir ensemble deux vérités pourtant complémentaires : des mineurs livrés à eux-mêmes dans des environnements fracturés peuvent avoir besoin d’accompagnement, mais cet accompagnement ne peut pas se substituer indéfiniment à l’exercice ordinaire de la responsabilité parentale. Tant que l’une de ces vérités servira systématiquement à disqualifier l’autre, le prochain Hamza sera déjà en train de filmer sa prochaine séquence au bord d’un canal.


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