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Dimanche, 12 Avr. 2026

Netanyahu a-t-il intérêt à saboter la paix ?

Auteur : Romi | Editeur : Walt | Vendredi, 10 Avr. 2026 - 17h45

Le cessez-le-feu irano-américain du 7 avril 2026 a levé l'état d'urgence en Israël — et relancé aussitôt le procès pour corruption du Premier ministre. Une coïncidence révélatrice d'un conflit d'intérêts que Netanyahu n'a jamais vraiment dissimulé.

Dans les heures qui ont suivi l'annonce du cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, deux nouvelles ont circulé en parallèle : la réouverture du détroit d'Ormuz, et la reprise programmée dimanche du procès pour corruption de Benjamin Netanyahu. Le tribunal de district de Jérusalem n'a pas attendu pour fixer l'audience. La mécanique était implacable : pas d'état d'urgence, pas de suspension. La guerre avait offert un sursis. La paix le retire.

Cette simultanéité n'est pas anodine. Elle invite à une question que les chancelleries posent depuis des mois à voix basse : le Premier ministre israélien a-t-il un intérêt personnel — judiciaire, politique, existentiel — à ce que la guerre continue ? Les arguments qui plaident pour cette thèse sont nombreux, convergents, et méritent d'être exposés sans détour.

La guerre comme bouclier judiciaire

Netanyahu est jugé depuis 2021 pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires distinctes. Depuis octobre 2023 et l'offensive sur Gaza, les audiences ont été régulièrement perturbées, reportées, ou abrégées au nom de l'état d'urgence sécuritaire. La guerre a fonctionné comme un filtre : elle ralentit mécaniquement un procès dont la conclusion pourrait signifier sa fin politique — voire une peine d'emprisonnement.

Ce n'est pas une théorie de la conspiration. C'est une observation institutionnelle : en droit israélien, un Premier ministre condamné peut rester en fonction jusqu'à épuisement des recours. Chaque mois gagné est un mois de pouvoir supplémentaire. Chaque front actif est une raison de suspendre les audiences.

"Cette guerre était existentielle pour Netanyahou. C'était sa guerre, il l'a rêvée depuis son entrée en politique".
Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, IRIS — franceinfo, 8 avril 2026

Le Liban comme porte de sortie maintenue

Dès l'annonce du cessez-le-feu, le bureau du Premier ministre a diffusé un communiqué précisant qu'il "n'inclut pas le Liban". Cette position contredisait frontalement le médiateur pakistanais Shehbaz Sharif, qui avait affirmé que la trêve s'appliquait "partout, y compris au Liban et ailleurs, avec effet immédiat".

Netanyahu a maintenu cette ambiguïté avec soin. L'armée israélienne a poursuivi ses frappes dans le sud du Liban dans les heures suivant l'annonce — provocant une réaction iranienne qui a temporairement bloqué à nouveau le passage des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Le résultat : une trêve fragilisée dès son premier jour, par le fait israélien.

Cette stratégie d'exception libanaise n'est pas seulement tactique. Elle maintient un état de belligérance partielle qui peut, à tout moment, être invoqué pour justifier de nouveaux reports judiciaires ou un retour à l'état d'urgence complet.

Les trois leviers du sabotage indirect:
1- Maintenir le front libanais ouvert pour conserver une justification à l'état d'urgence.
2- Laisser l'Iran ou le Hezbollah rompre l'accord en réponse aux frappes israéliennes, déchargeant Israël de la responsabilité de l'échec.
3- Présenter toute concession diplomatique comme une menace existentielle pour Israël, consolidant sa base politique d'extrême droite.

Une coalition gouvernementale structurellement hostile à la paix

Netanyahu ne gouverne pas seul. Sa survie politique dépend d'une coalition dont les piliers — Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich — ont fait de la poursuite de la guerre une ligne rouge. Tout cessez-le-feu global, tout accord avec l'Iran qui inclurait une normalisation régionale, risque de faire éclater cette coalition. La fin de la guerre, c'est potentiellement la fin du gouvernement.

Le calcul est donc doublement personnel : judiciaire et politique. Un gouvernement qui tombe signifie des élections que les sondages actuels donnent défavorables à Netanyahu. Une condamnation sans immunité politique signifie une sortie sans filet.

La dépendance à Washington comme seul frein

Ce tableau serait incomplet sans son contrepoint. Netanyahu reste structurellement contraint par Washington. Trump a besoin de ce cessez-le-feu pour des raisons internes — les prix du carburant, la pression de sa base électorale, l'horizon des mid-terms de novembre. Netanyahu ne peut pas défier ouvertement la Maison Blanche sans risquer de perdre la seule protection diplomatique qui lui reste.

Sa méthode est donc plus sophistiquée que le sabotage frontal : jouer sur les marges, entretenir les ambiguïtés, laisser d'autres acteurs rompre les équilibres. Le Hezbollah comme bouclier involontaire, l'Iran comme perturbateur utile, le Liban comme excuse permanente.

La volonté d'Israël d'intensifier les attaques au Liban a été dénoncée comme une violation du cessez-le-feu par Téhéran, qui a bloqué le passage de pétroliers dans le détroit en guise de représailles.
La Presse (Canada), 8 avril 2026

Une question de fond

La question posée n'est pas de savoir si Netanyahu est capable de vouloir la guerre pour des raisons personnelles — les dirigeants sont des êtres humains dont les intérêts privés interfèrent avec les décisions publiques. La question est de savoir si les institutions israéliennes, américaines et internationales sont capables de contenir cette interférence.

Pour l'instant, les signaux sont préoccupants. Le cessez-le-feu tient — à peine. Le procès reprend. Et Netanyahu, comme à son habitude, joue sur tous les fronts à la fois.


- Source : ZeJournal

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