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Jeudi, 08 Déc. 2022

La manipulation des faits : Un savoir faire occidental

Auteur : Professeur Chems Eddine Chitour | Editeur : Walt | Mardi, 12 Avr. 2022 - 11h02

« Je croirais vraiment à la liberté de la presse quand un journaliste pourra écrire ce qu’il pense vraiment de son journal. Dans son journal. » (Guy Bedos)

Résumé : 

Encore au nom du droit de la force les pays occidentaux utilisent toutes les options même les plus répréhensibles pour emporter l’adhésion des citoyens panurgiens à qui on fait absorber ce que l’on veut grâce à des médias dont on sait que sur commande en fonction des circonstances, il  peuvent lécher, puis lâcher et enfin lyncher sans état d’âme. Avant de condamner sans enquête sérieuse, des boucs émissaires désignés par les politiques occidentaux la presse anglo-saxonne et les autres vassaux dans l’affaire de Boutcha, il est urgent d’attendre pour condamner au vue du lourd déficit de confiance et de tromperie sans vergogne. Les différents scandales que nous rapportons défient la morale et l’éthique. Autant de concepts de plus en plus étrangers à celles et ceux qui pervertissent la vérité qui triomphe toujours même en différé avec il faut le regretter l’impunité la plus totale de celui sûr de lui et dominateur au nom d’un magister celui de diriger le monde. Nous allons dans un premier temps décrire la réalité de la situation en Ukraine naturellement ignorée par les médias mainstream et qui permet de tromper l’opinion en martelant en boucle des contre-vérités.

La réalité du conflit en Ukraine  

Jacques Baud, ancien Colonel des Services de Renseignements Suisses, livre une analyse intéressante de la situation militaire en Ukraine :

« Essayons d’examiner écrit-il, les racines du conflit. Cela commence par ceux qui durant les huit dernières années nous parlaient de « séparatistes » ou des « indépendantistes » du Donbass. C’est faux. Les référendums menés par les deux républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk en mai 2014, n’étaient pas des référendums d’« indépendance », comme l’ont affirmé certains journalistes peu scrupuleux, mais de référendums d’« auto-détermination » ou d’« autonomie ». Le qualificatif « pro-russes » suggère que la Russie était partie au conflit, ce qui n’était pas le cas, et le terme « russophones » aurait été plus honnête. En fait, ces Républiques ne cherchaient pas à se séparer de l’Ukraine, mais à avoir un statut d’autonomie leur garantissant l’usage de la langue russe comme langue officielle. Un peu comme si des putschistes décidaient que le français et l’italien ne seraient désormais plus des langues officielles en Suisse. Cette décision provoque une tempête dans la population russophone. Il en résulte une répression féroce contre les régions russophones (Odessa, Dniepropetrovsk, Kharkov, Lougansk et Donetsk) qui s’exerce dès février 2014 et conduit à une militarisation de la situation et à quelques massacres (à Odessa et à Marioupol, pour les plus importants). À la fin de l’été 2014, ne restent que les Républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk »1.

Le colonel poursuit en parlant en connaissance de cause :

« En 2014, je suis à l’OTAN, responsable de la lutte contre la prolifération des armes légères, et nous tentons de détecter des livraisons d’armes russes aux rebelles afin de voir si Moscou est impliqué. (..) Les rebelles sont armés grâce aux défections d’unités ukrainiennes russophones qui passent du côté rebelle. Il est essentiel de rappeler ici que les Accords de Minsk 1 (septembre 2014) et Minsk 2 (février 2015), ne prévoyaient ni la séparation, ni l’indépendance des Républiques, mais leur autonomie dans le cadre de l’Ukraine. C’est pourquoi depuis 2014, la Russie a systématiquement demandé leur application tout en refusant d’être partie aux négociations, car il s’agissait d’une affaire intérieure à l’Ukraine. De l’autre côté, les Occidentaux – France en tête – ont systématiquement tenté de substituer aux Accords de Minsk le « format Normandie », qui mettait face à face Russes et Ukrainiens. Or, rappelons-le, il n’y a jamais eu de troupes russes dans le Donbass avant le 23-24 février 2022.

En fait, l’armée est minée par la corruption de ses cadres et ne jouit plus du soutien de la population. Le ministère de la Défense ukrainien s’adresse alors à l’OTAN pour l’aider à rendre ses forces armées plus « attractives ». (…) Les pays occidentaux ont donc clairement créé et soutenu des milices d’extrême droite ukrainiennes. Ces milices, issues des groupes d’extrême-droite qui ont animé la révolution de l’Euromaïdan en 2014, sont composées d’individus fanatisés et brutaux. La plus connue d’entre elles est le régiment Azov, dont l’emblème rappelle celui de la 2e Panzerdivision SS Das Reich (…) Donc, l’Occident soutient et continue d’armer des milices qui se sont rendues coupables de nombreux crimes contre les populations civiles depuis 2014 viols, torture et massacres »[1].

Le déclenchement de la guerre  

Le 17 février, le président Joe Biden annonce que la Russie va attaquer l’Ukraine dans les prochains jours. Comment le sait-il ? Mystère… Mais depuis le 16, le pilonnage d’artillerie sur les populations du Donbass augmente de manière dramatique, comme le montrent les rapports journaliers des observateurs de l’OSCE.  Simultanément, on signale des actes de sabotages dans le Donbass.

Le 18 janvier, les combattants du Donbass interceptent des saboteurs équipés de matériel occidental et parlant polonais cherchant à créer des incidents chimiques à Gorlivka. Il pourrait s’agir de mercenaires de la CIA, pour mener des actions de sabotage dans les Républiques du Donbass. En fait, dès le 16 février, Joe Biden sait que les Ukrainiens ont commencé à pilonner les populations civiles du Donbass, mettant Vladimir Poutine devant un choix difficile. C’est d’ailleurs ce qu’il explique lors de son allocution du 21 février. Ce jour-là, il accède à la demande de la Douma et reconnaît l’indépendance des deux Républiques du Donbass. Les bombardements de l’artillerie ukrainienne sur les populations du Donbass se poursuivent et, le 23 février, les deux Républiques demandent l’aide militaire de la Russie.

Le 24, Vladimir Poutine invoque l’article 51 de la Charte des Nations unies qui prévoit l’entraide militaire dans le cadre d’une alliance défensive. Dans son allocution du 24 février, Vladimir Poutine a énoncé les deux objectifs de son opération : « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine. Il ne s’agit donc pas de s’emparer de l’Ukraine, ni même, vraisemblablement de l’occuper et certainement pas de la détruire »[1].

« S’agissant de la maternité de Marioupol, poursuit-il, c’est la milice Azov, composée de mercenaires étrangers qui assure la défense de Marioupol, Dans son résumé de la situation du 7 mars 2022, la mission russe de l’ONU à New York déclare que « Les habitants rapportent que les forces armées ukrainiennes ont expulsé le personnel de l’hôpital natal n°1 de la ville de Marioupol et ont installé un poste de tir à l’intérieur de l’établissement ». Ils ont chassé les occupants civils en les menaçant de leurs armes. Ils confirment ainsi les déclarations de l’ambassadeur russe quelques heures plus tôt. Le 9 mars, les forces russes frappent le bâtiment. Selon CNN, il y aurait 17 blessés, mais les images ne montrent aucune victime dans les locaux et rien ne montre que les victimes dont on parle sont liées à cette frappe. On parle d’enfants, mais en réalité, on ne voit rien. Ce qui n’empêche pas les dirigeants de l’UE d’y voir un crime de guerre… Le problème est que les milices paramilitaires qui assurent la défense des villes sont encouragées par la communauté internationale à ne pas respecter les usages de la guerre. Il semble que les Ukrainiens ont rejoué le scénario de la maternité de Koweït City en 1990 (…) Les politiciens occidentaux ont d’ailleurs accepté les frappes contres civils du Donbass pendant huit ans, sans adopter aucune sanction contre le gouvernement ukrainien. Nous sommes depuis longtemps entrés dans une dynamique où les politiques occidentaux ont accepté de sacrifier le droit international à leur objectif d’affaiblir à la Russie. L’Union européenne a été incapable de promouvoir la mise en œuvre des accords de Minsk, au contraire, elle n’a pas réagi lorsque l’Ukraine bombardait sa propre population dans le Donbass. L’eût-elle fait, Vladimir Poutine n’aurait pas eu besoin de réagir. Absente de la phase diplomatique, l’UE s’est distinguée en alimentant le conflit. Le 27 février, le gouvernement ukrainien est d’accord d’entamer des négociations avec la Russie. Mais quelques heures plus tard, l’Union européenne vote un budget de 450 millions d’euros pour fournir des armes à l’Ukraine, remettant de l’huile sur le feu. En Ukraine, avec la bénédiction des pays occidentaux, ceux qui sont en faveur d’une négociation sont éliminés (…) »[1].

Le Colonel conclut :

« Vladimir Poutine atteindra vraisemblablement les objectifs qu’il s’était fixés. (…) Les Américains doivent demander du pétrole au Venezuela et à l’Iran pour se sortir de l’impasse énergétique dans laquelle ils se sont mis : (…) La leçon à tirer de ce conflit est notre sens de l’humanité géométrie variable. Car finalement, qu’est-ce qui rend le conflit en Ukraine plus blâmable que la guerre en Irak, en Afghanistan ou en Libye ? Quelles sanctions avons-nous adopté contre ceux qui ont délibérément menti devant la communauté internationale pour mener des guerres injustes, injustifiées, injustifiables et meurtrières ? Avons-nous seulement adopté une seule sanction contre les pays, qui alimentent en armes le conflit du Yémen, considéré comme la « pire catastrophe humanitaire au monde » ? Avons-nous sanctionné les pays de l’Union européenne qui pratiquent la torture la plus abjecte sur leur territoire au profit des États-Unis ? »[1].

Ce que nous retiendrons de la démocratie aéroportée après l’invasion illégale de l’Irak

À défaut de citer tous les crimes dont se sont rendus coupables (l’empire et les vassaux anciennes puissances coloniales), nous allons citer les crimes les plus abjects. Ainsi la deuxième guerre d’Irak, qui a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak («opération Iraqi Freedom») par la coalition menée par les États-Unis s’est terminée le18 décembre 2011.

Quelques faits d’armes : L’horreur de Abou Ghraib est imprescriptible même si l’Occident n’est pas jugé Dans le même ordre le crime d’el Amyrya nous interpelle ! :

« Le 13 février 1991, deux avions furtifs américains F-117 Nighthawk ont ciblé l’abri d’Amiriya, dans la banlieue de Bagdad et ont largué deux bombes guidées par laser, la première perforant le plafond en béton armé, et la seconde brûlant instantanément les occupants de l’abri. Selon le rapport publié en 1991 par Human Rights Watch, il y aurait  200 à 300 civils tués. Pour Robert Fisk le bilan est plus lourd : au moins 400 morts âgés de 7 mois à 75 ans. L’odeur de chair brûlée dominait encore quelques mois après le bombardement »2.

« La revue scientifique The Lancet a, dans une seconde étude publiée le 11 octobre 2006, estimé que le nombre de morts liés à la guerre était situé entre 426 369 et 793 663. L’organisation National Priorities Project estime à plus de 810 milliards de dollars le coût de la guerre ».

De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé au moment de l’entrée des troupes américaines dans Bagdad. Pour rappel, l’Irak avait un système éducatif et de recherche performant.

« Les livres dit-on étaient rédigés en Égypte, imprimés à Beyrouth et lus en Irak », le taux d’analphabétisme en Irak était le plus bas du Monde arabe »3.

Badia Bendjelloun résume le drame du Proche-Orient.

« On peut, écrit-elle, verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen-Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium appauvri. Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement. La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette Constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. (…) »4.

Ukraine : la grande manipulation de Boutcha 

Une nouvelle manipulation ukrainienne qui ressemble aux affaires d’enfumage. Il s’agit cette fois de crimes dans le village de Boutcha. Les forces d’invasion russes quittent progressivement la région de Kiev : selon Moscou, elles se retirent de Boutcha le mercredi 30 mars, même si des combats continuent jusqu’au samedi 2 avril. Lorsque les soldats ukrainiens reprennent Boutcha, ils découvrent une vingtaine de corps portant des vêtements civils dans une rue de la ville les photos et des vidéos prises par des journalistes sur place confirment la présence de cadavres dans les rues. Le 2 avril, une cinquantaine d’autres corps sont identifiés dans une fosse commune, selon les propos du chef des secours locaux, Serhii Kaplytchny, rapportés par l’AFP Le président ukrainien accuse Moscou de « crimes de guerre » et de « génocide ».

Immédiatement la machine de guerre se met en guerre sans attendre les conclusions d’une enquête indépendante :

« Plus de 145 diplomates russes ont été expulsés les vingt-sept pays membres de l’Union européenne proposent de nouvelles sanctions. Le président américain, Joe Biden, réclame un « procès pour crimes de guerre. » Selon Moscou, les photos et vidéos publiées de Boutcha ne sont qu’une « nouvelle provocation » de la part de l’Ukraine. Le porte-parole du Kremlin, évoque « une mise en scène bien orchestrée » et « une falsification monstrueuse », ajoutant que Moscou compte « défendre énergiquement » sa propre version. « La Russie n’a commis aucun crime, aucun civil n’a subi de violence. Pendant la présence russe, les civils se déplaçaient librement dans Boutcha ». Moscou assure que les troupes russes se seraient retirées de Boutcha avant que ces corps n’apparaissent, et que ces derniers ne présenteraient pas de trace de raidissement cadavérique. Le Kremlin prétend que ces exactions ont été commises après le départ des Russes »5.

Pour la Russie les corps n’étaient pas dans les rues fin mars au moment du départ des troupes russes de la ville, et ont donc été installés début avril Dans la soirée du lundi 4 avril, Vassily Nebenzia, le représentant permanent de la Russie à l’ONU, parle de « mensonge éhonté » : « Quatre jours après que l’armée russe a quitté la ville de Boutcha, il n’y avait pas un seul signe d’atrocités commises. Je le répète, pas une seule mention [du massacre] ». Et d’ajouter : « Le contenu qui nous est présenté, en particulier à Boutcha ne nous laisse aucun doute sur le fait qu’il a été mis en scène ».

Comment on fabrique des massacres médiatiques comme prétexte pour l’invasion  

Au vue de la gravité de l’acte imputée à la Russie, on ne peut pas ne pas être dubitatif concernant les vérité d’Evangile venant de l’Occident qui nous a trop souvent habitué à des manipulations. Nous allons décrire dans ce qui suit des « manipulations » restées sans mea culpa à défaut de sanction. Le summum de la manipulation est représenté par l’intellectuel communautariste faussaire Bernard-Henry Levy qui à l’oreille des présidents français de gauche et de droite Ainsi à propos de la lapidation de l’iranienne Sakineh, toutes les informations qu’il a diffusées et confirmées par Nicolas Sarkozy sont fausses. Ignacio Ramonet ancien directeur du Monde Diplomatique dans une contribution remarquable résume la stratégie de l’Empire et de ses vassaux :

« C’est l’histoire du voleur qui crie : « Au voleur ! » Comment pensez-vous que M. George W. Bush intitula le célèbre rapport d’accusation contre M. Saddam Hussein qu’il présenta le 12 septembre 2002 devant le Conseil de sécurité de l’ONU. L’Irak, disait-il en substance, entretient des liens étroits avec le réseau terroriste Al-Qaida et menace la sécurité des États-Unis parce qu’il possède des « armes de destruction massive » (ADM). Trois mois après la victoire des forces américaines (et de leurs supplétifs britanniques) en Mésopotamie, nous savons que ces affirmations, étaient fausses. Selon Mme Jane Harman, représentante démocrate de Californie, nous serions en présence de « la plus grande manœuvre d’intoxication de tous les temps ». M. Bush n’a pas hésité à fabriquer l’un des plus grands mensonges d’État. En France, par exemple, elles furent reprises sans vergogne par des personnalités comme Pierre Lelouche, Bernard Kouchner, Yves Roucaute, Pascal Bruckner, Guy Millière, André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pierre Rigoulot, etc. (…) une véritable machine de propagande et d’intoxication pilotée par la secte doctrinaire qui entoure M. Bush a répandu des mensonges d’État. Ils s’inscrivent dans une longue tradition de mensonges d’État qui jalonne l’histoire des États-Unis. L’un des plus cyniques concerne la destruction du cuirassé américain Maine dans la baie de La Havane en 1898, qui servit de prétexte à l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Espagne et à l’annexion de Cuba, Porto Rico, les Philippines et l’île de Guam. (…) Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête sur la destruction du Maine devait conclure à une explosion accidentelle dans la salle des machines. En 1964, deux destroyers déclarent avoir été attaqués par des torpilles nord-vietnamiennes. Le président Lyndon B. Johnson prend prétexte de ces attaques pour lancer des bombardements de représailles contre le Nord-Vietnam. On apprendra plus tard, de la bouche même des équipages des deux destroyers, que l’attaque dans le golfe du Tonkin était une pure invention »6

Massacres de Timisoara

En décembre 1989, un massacre mis en scène à la télévision les images du charnier de Timisoara, pendant des semaines la manipulation a fonctionné. Personne n’a douté de leur authenticité ni du nombre de morts : 4630 victimes du dictateur roumain Ceausescu.

Saoudi  Abdelziz en parle :

« (..) Rappelons-nous ces événements de décembre 1989 en Roumanie. Des images mondialement diffusées en boucle, montrant des cadavres de Roumains torturés, ont accéléré la fin d’un régime. Ceausescu abattu, le Figaro révélait, 30 janvier 1990, que les cadavres étaient ceux de pauvres gens sortis de leur tombes et maquillés pour donner l’impression qu’ils ont été torturés. « Le faux charnier de Timisoara est sans doute la plus importante tromperie depuis l’invention de la télévision commente Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mars 1990. Ces images ont eu un formidable impact sur les téléspectateurs qui suivaient depuis plusieurs jours avec passion les événements de la « révolution roumaine ». Il décrit la manipulation : « 4630 » précisait, par ailleurs, un « envoyé spécial » de Libération ; « On a parlé de bennes à ordures transportant d’innombrables cadavres vers des endroits secrets pour y être enterrés ou brûlés », rapportait une journaliste du Nouvel Observateur (28 décembre 1989) ; « Comment savoir le nombre de morts ? Les chauffeurs de camions qui transportaient des mètres cubes de corps étaient abattus d’une balle dans la nuque par la police secrète pour éliminer tout témoin », écrivait l’envoyé spécial de l’AFP. Les esprits s’enflammaient ; Gérard Carreyrou, après avoir vu de telles images, lançait sur TF1 un véritable appel à la formation de brigades internationales pour partir « mourir à Bucarest (…) En juin 1990, le penseur Giorgio Agamben commentait ce premier triomphe mondial de la « Société du spectacle »: (…) Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues, ont été exhumés en vitesse et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier voyait en direct sur les écrans de télévision comme la vérité vraie, était la non-vérité absolue. Ainsi la vérité et le faux devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement à travers le spectacle »7.

Les faux bébés koweïtiens

Pour faire accepter écrit Mireille Duteil la guerre du Golfe, on invente un massacre de nouveau-nés… Elle rapporte une déclaration :

« Je m’appelle Nayirah et je suis une jeune Koweïtienne. J’ai vu les soldats irakiens entrer avec leurs armes dans la maternité de l’hôpital de Koweit City. Ils ont arraché les bébés des couveuses, les ont emportés et les ont laissés mourir sur le sol froid ». L’assistance est médusée devant cette barbarie gratuite de la soldatesque irakienne. Nul ne demande, ce 10 octobre, à enquêter sur l’identité du témoin. Elle semble si sincère et si bouleversée (…) Les représentants américains ignorent donc que sous le pseudonyme de Nayirah se cache la propre fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis et qu’elle participe à la machination montée par le Koweït et les États-Unis pour faire accepter à l’opinion publique américaine et mondiale une future intervention militaire. Elle aura lieu en janvier 1990. Le Koweït, soutenu par le Pentagone et la CIA, a fait appel à une agence de relations publiques, Hill and Knowlton, pour préparer les esprits à l’indispensable guerre. Coût du contrat : 10 millions de dollars. Le The New York Times, le premier, rapportera des informations en provenance de l’ambassade américaine au Koweït »8. « L’ambassadeur américain a cité les noms de deux médecins et d’une infirmière qui ont vu des soldats irakiens tuer des prématurés dans un hôpital de Koweit City. Le 29 novembre 1990. Les membres permanents du Conseil doivent voter une résolution autorisant un éventuel recours à la force militaire en Irak. Ils entendent eux aussi des témoins d’exactions irakiennes, dont un chirurgien qui affirme avoir enterré lui-même une dizaine de nouveau-nés jetés hors de leur couveuse par les soldats. Lorsque Amnesty International et l’Observatoire des droits de l’homme au Moyen-Orient mettront ces affirmations en doute, faute d’avoir trouvé des témoins fiables pour les corroborer, nul ne les écoutera. Les opinions publiques sont convaincues que Saddam Hussein est le mal absolu et que son armée est coupable de toutes les barbaries. L’opération de désinformation a pleinement réussi »[8].

Iran : Ahmadinejad n’a jamais appelé à « rayer Israël de la carte »

On se souvient aussi du tollé entretenu pour avoir déformé les propos du président Ahmadinejad. Nulle part, dans tout le discours d’Ahmadinejad, ne sont prononcés en persan les termes « rayer », « carte », ou « destruction d’Israël ». Il avait parlé du régime mais pas d’Israël.

« Ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps » (en persan : « een rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad ». La fausse citation a été propagée partout dans le monde, répétée des milliers de fois dans les médias internationaux, Associated Press et Reuters, se réfèrent à la citation erronée, mot à mot, et quasi quotidiennement. Le président George W. Bush a dit que les commentaires d’Ahmadinejad représentaient une « menace explicite » de détruire Israël… Bien plus tard Le ministre israélien du Renseignement admet que le président iranien n’a pas appelé à la destruction de l’État hébreu. Ainsi, dans une interview à Al Jazeera, reprise par le New York Times, le 17 avril 2012 Dan Meridor, ministre israélien du Renseignement et de l’Énergie atomique, a admis que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad n’avait jamais prononcé la phrase « Israël doit être rayé de la carte ». Le mal a duré sept ans… »9

L’affaire Jessica Lynch 

Dans le feu de l’action, tout est permis pour diaboliser l’adversaire par tous les moyens. L’affaire Jessica Lynch est un cas d’école. Non seulement tous ce qui a été écrit était faux : L’acte courageux des chirurgiens irakiens qui l’ont sauvé est ignoré :

« On se souvient écrit Ignacio Ramonet, que, début avril 2003, les grands médias américains diffusèrent avec un luxe impressionnant de détails son histoire. Jessica Lynch faisait partie des dix soldats américains capturés par les forces irakiennes. (…) Une semaine plus tard, des unités d’élite américaines parvenaient à la libérer au cours d’une opération surprise. Malgré la résistance des gardes irakiens, les commandos parvinrent à pénétrer dans l’hôpital, à s’emparer de Jessica et à la ramener en hélicoptère au Koweït. Le soir même, le président Bush annonça à la nation, depuis la Maison Blanche, la libération de Jessica Lynch. Selon les journalistes d’El Pais (du 7 mai 2003) leur enquête auprès des médecins irakiens et confirmée par les docteurs américains l’ayant auscultée après sa délivrance -, les blessures de Jessica (une jambe et un bras fracturés, une cheville déboîtée) n’étaient pas dues à des tirs d’armes à feu, mais simplement provoquées par l’accident du camion dans lequel elle voyageait… »[6].

Elle n’avait pas non plus été maltraitée. Au contraire, les médecins avaient tout fait pour bien la soigner :

« Elle avait perdu beaucoup de sang, a raconté le docteur Saad Abdul Razak, et nous avons dû lui faire une transfusion. Heureusement des membres de ma famille ont le même groupe sanguin qu’elle : O positif. Et nous avons pu obtenir du sang en quantité suffisante. Son pouls battait à 140 quand elle est arrivée ici. Je pense que nous lui avons sauvé la vie ». En assumant des risques insensés, ces médecins tentèrent de prendre contact avec l’armée américaine pour lui restituer Jessica. Deux jours avant ils avaient même conduit en ambulance leur patiente à proximité des lignes américaines. Mais les Américains ouvrirent le feu sur eux et faillirent tuer leur propre héroïne… L’arrivée avant le lever du jour, le 2 avril, des commandos spéciaux équipés d’une impressionnante panoplie d’armes sophistiquées surprit le personnel de l’hôpital. Depuis deux jours, les médecins avaient informé les forces américaines que l’armée irakienne s’était retirée et que Jessica les attendait… Le docteur Anmar Ouday a raconté la scène à John Kampfner de la BBC : « C’était comme dans un film de Hollywood. Il n’y avait aucun soldat irakien, mais les forces spéciales américaines faisaient usage de leurs armes. Ils tiraient à blanc et on entendait des explosions. Ils criaient : “Go ! Go ! Go !” L’attaque contre l’hôpital, c’était une sorte de show, ou un film d’action avec Sylvester Stallone ». Dans une entrevue au magazine Time, Jessica elle-même reconnaît que toute l’opération menée contre l’hôpital avait été une mise en scène. L’histoire de la libération de Jessica Lynch restera dans les annales de la propagande de guerre. Leurs mensonges constituent, selon le professeur Paul Krugman, « le pire scandale de l’histoire politique des États-Unis, pire que le Watergate, pire que l’Irangate »10,11,[6].

Conclusion

Au-delà de l’image insoutenable de ces massacres, inacceptables l’affaire de Boutcha est peut-être une énième manipulation. Plus que jamais, une enquête indépendante des Nations unies pourrait faire la lumière. Plus largement, des citoyens souffrent des guerres. Il n’est que de s’apitoyer sur ce qui se passe au Yémen, voire avoir de la compassion pour les milliers de migrants mal nés agglutinés aux frontières de la forteresse Europe. Sartre a raison d’écrire que « Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ». Tout est dit.

Notes:

  1. Pierre-Alain Depauw http://www.zejournal.mobi/news/show_detail, 22/03
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_de_labri_dAmiriya
  3. https://www.lexpressiondz.com/l-analyse-du-professeur-chitour/que-reste-t-il-de-lirak
  4. Badia Benjelloun http://www.dedefensa.org/Cela_fait_dix_ans_19_03_2013
  5. https://www.lemonde.fr/2022/04/05/guerre-en-ukraine-ce-que-l-on-sait-du-massacre-de-boutcha
  6. Ignacio Ramonet, « Armes d’intoxication massive Mensonges d’État », https://www.monde-diplomatique.fr/2003/07/RAMONET/10193, juillet 2003
  7. Saoudi Abdelaziz https://blogs.mediapart.fr/saoudi-abdelaziz/comment-fabrique-des-massacres-mediatiques
  8. Duteil https://www.lepoint.fr/les-faux-bebes-koweitiens-16-08-2012
  9. Armin Arefi, https://www.lepoint.fr/iran-ahmadinejad-n-a-jamais-appele-a-rayer-israel-de-la-carte-26-04-2012
  10. John Kampfner, « Saving Private Lynch story ’flawed’ », BBC, Londres, 18 mai 2003.
  11. The New York Times, 3 juin 2003. Cite dans l’article de I. Ramonet

- Source : RI

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