Soldats français pris pour cible au Liban : Israël franchit une ligne rouge
Il ne s'agit plus d'un accident de guerre, ni d'un regrettable « incident collatéral ». Le 29 mars dernier, dans le secteur de Naqoura, au sud du Liban, l'armée israélienne a délibérément pris pour cible des soldats de la FINUL — dont des militaires français. Trois fois en une seule journée. Trois fois trop.
Le scénario est accablant dans sa répétition. D'abord, le général Paul Sanzey lui-même, chef d'état-major de la FINUL, se retrouve avec des armes braquées sur lui par des soldats israéliens, contraint de rebrousser chemin. Ensuite, un convoi logistique français en mission de ravitaillement est touché par des tirs israéliens — un véhicule détruit, par chance sans victime. Enfin, un tir de char vise directement un bataillon franco-finlandais. Trois incidents, un même message : dégagez.
Voici un résumé complet de la situation :
Trois incidents distincts le 29 mars à Naqoura
Des soldats du contingent français de la FINUL ont été pris pour cible par l'armée israélienne le samedi 29 mars, dans le secteur de Naqoura, dans le sud du Liban. La Nouvelle Tribune Les faits se sont déroulés en trois séquences :
- Le général Paul Sanzey, chef d'état-major de la FINUL, et son assistant auraient été menacés par des soldats israéliens à leur retour de Beyrouth : ces derniers auraient braqué leurs armes sur eux, les obligeant à quitter la zone, avant qu'ils puissent rejoindre Naqoura. Orange
- À la mi-journée, des tirs israéliens ont visé un convoi logistique de la FINUL en mission de ravitaillement, auquel participaient notamment des militaires français. Un véhicule a été touché, sans faire de victimes. Anadolu Ajansı
- Un tir de char israélien aurait visé un bataillon franco-finlandais de la Force Commander Reserve, en lien direct avec la FINUL.
Une force de paix transformée en cible
La FINUL n'est pas une milice. Ce n'est pas le Hezbollah. C'est une force mandatée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la présence au Liban est le fruit de décennies de diplomatie internationale. Ses soldats portent le casque bleu. Ils opèrent selon des procédures strictes — lesquelles, rappelle le ministre Barrot, « avaient été scrupuleusement respectées » le jour des faits.
Qu'importe, visiblement, pour Tel-Aviv. Depuis des mois, Israël multiplie les intimidations, les obstructions, les tirs « de semonce » contre des Casques bleus. Ce n'est plus de l'imprudence : c'est une stratégie d'éviction assumée.
Et la facture humaine s'alourdit. Trois Casques bleus indonésiens ont été tués en moins de 24 heures, dans des circonstances qu'Israël prétend encore « examiner », suggérant avec un aplomb consternant que le Hezbollah pourrait en être responsable. La tactique est rodée : nier, diluer, renvoyer dos à dos.
L'impunité comme doctrine
Un contexte régional très tendu
Le Liban a été entraîné dans le conflit du Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël le 2 mars, dans ce qu'il a qualifié d'acte de vengeance pour l'assassinat de l'ayatollah iranien Ali Khamenei lors de frappes américano-israéliennes sur Téhéran le 28 février. Israël a frappé à plusieurs reprises des cibles dans le sud du Liban ainsi qu'à Beyrouth.
Par ailleurs, trois Casques bleus indonésiens ont été tués en moins de 24 heures dans des circonstances que l'armée israélienne dit encore examiner pour déterminer si ses tirs ou ceux du Hezbollah en sont à l'origine.
La position israélienne
Ce qui rend la situation proprement scandaleuse, c'est moins la violence des faits que la tranquillité avec laquelle Israël les assume. L'armée israélienne a indiqué avoir lancé une enquête, suggérant que le Hezbollah pouvait être responsable, et a appelé à "ne pas présumer" qu'elle était responsable, rappelant que "ces incidents se sont produits dans une zone de combats actifs". Ne « présumez pas » de notre responsabilité, nous demande-t-on — alors même que les obus tombaient dans « une zone de combats actifs », formule commode qui semble désormais exonérer d'avance tous les tirs.
Cette rhétorique de l'esquive est devenue une seconde nature. Elle prospère sur des années d'impunité permises par la complaisance de certains partenaires occidentaux, et par l'incapacité chronique du Conseil de sécurité à imposer la moindre conséquence.
Résultat : Israël peut braquer ses armes sur un général de l'ONU un samedi matin, et attendre le mardi suivant pour que la question soit « examinée » en réunion d'urgence. Urgence toute relative.
La réaction française. Paris doit hausser le ton — vraiment
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a confirmé ces incidents lundi 30 mars au soir, déclarant que "ces atteintes à la sécurité et ces intimidations de la part de soldats de l'armée israélienne à l'encontre de personnels onusiens sont inacceptables et injustifiables", soulignant que "les procédures de déconfliction avaient été respectées". Ces condamnations ont été signifiées avec fermeté à l'ambassadeur d'Israël à Paris.
La France a demandé la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, prévue mardi, pour examiner la situation.
Jean-Noël Barrot a eu les mots justes : ces actes sont « inacceptables et injustifiables ». Mais des mots, fussent-ils fermes, ne suffisent plus. La France a 635 soldats déployés au Liban. Leur sécurité engage l'honneur national — et leur retrait éventuel, si rien ne change, ne serait pas une capitulation mais une démonstration que la protection de ses hommes passe avant tout.
La réunion d'urgence du Conseil de sécurité est une étape nécessaire. Elle ne sera pas suffisante si elle accouche, comme trop souvent, d'une déclaration sans dents. Il est temps que l'Europe, et la France en tête, fasse comprendre à Israël que la communauté internationale n'est pas une variable d'ajustement dans sa stratégie militaire.
Tirer sur des soldats français, c'est tirer sur la France.
Les soldats de la FINUL ne sont pas des ennemis. Les traiter comme tels est une faute politique, morale, et — osons le mot — un acte hostile qui mérite une réponse à la hauteur.
- Source : ZeJournal












