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Lundi, 17 Juin 2024

Deux mercenaires français convaincus de crimes de guerre en Ukraine

Auteur : Laurent Brayard | Editeur : Walt | Mercredi, 29 Mai 2024 - 13h46

Nous avons déjà publié un article parlant du crime de guerre de Petropavlovka (27 septembre 2022), qui fut commis dans les combats de la marche en avant des troupes ukrainiennes sur la ligne de Koupiansk, front Nord, région de Kharkov. Dans cet article, je présentais les faits de l’assassinat d’un soldat russe, qui s’était présenté sans armes, pour négocier avec un groupe de mercenaires de la Légion Internationale de défense territoriale de l’Ukraine. A l’époque, les Russes avaient réussi à identifier plusieurs des criminels et à reconstituer l’histoire, mais seulement une partie de la trentaine d’hommes impliqués avaient été identifiés. Dernièrement, les Russes ont affirmé, preuves à l’appui qu’un autre Français, Brandon Nicolas, mis en scène par la propagande en France, avait été lui aussi l’un des participants, mais dans un autre peloton, et d’un autre crime de guerre que nous ne connaissions pas.

Andréa Gallozzi, un criminel de guerre décrit comme un héros de guerre en Ukraine. Le Français Gallozzi fut l’un des sujets préférés de la propagande d’État ukrainienne en France, du moins pendant quelques temps, à propos de sa mort sur le front, le 16 février 2023. Le jour même, le florilège d’articles commença par celui du journal Le Monde, qui déclarait à l’époque : « Un acte héroïque, selon son camarade N (qui préfère rester anonyme, car il se trouve toujours en Ukraine), Andreas Gallozzii était de caractère calme et de nature courageuse. Au cours d’une mission, il aurait détruit un char russe avec un lance-grenades rudimentaire RPG-7, près de la ville de Koupiansk, pendant la contre-attaque ukrainienne de septembre 2022. Un acte héroïque qui lui a valu d’être décoré d’une médaille, affirme N ». Deux jours après, le journal local L’indépendant de l’Yonne (18 février), publiait les confessions de sa mère, Edith, dans les termes d’une maman ignorant totalement que son fils avait participé à au moins un crime de guerre : « Je savais qu’Andréas était concerné par tout ce qui était géopolitique. Il était pour défendre la liberté et la démocratie. Il avait reçu des valeurs, il avait les siennes, celles de la tolérance, de la démocratie, la responsabilisation, le devoir de faire son travail et de ne pas abandonner […] En remontant les promenades, j’ai sorti mon téléphone, j’ai vu un insigne, j’ai vu que c’était le bureau d’Ukraine. En voyant le message, j’ai compris qu’il y avait quelque chose de grave. Donc j’ai rappelé cette dame et j’ai appris qu’il était décédé, c’est un déchirement… mais horrible. En plus on avait une relation fusionnelle, ça fait mal. C’est comme si on me l’avait arraché ».

Dans l’article les faits héroïques de feu Andréas Gallozi s’amplifient soudainement : « Andréas a reçu plusieurs médailles du mérite pour des actions héroïques, il avait notamment permis la destruction d’un char ennemi et sauvé la vie d’un des ses camarades d’origine brésilienne ». La vérité est toutefois plus sordide, comme nous l’avions déjà démontré dans l’article sur sa participation au crime de guerre de Petropavlovka, mais il sera difficile à une mère idéalisant « le combat pour la démocratie » de son fils, de sortir d’un déni, que l’immense majorité des mères embrasseraient. Le jeune homme par ailleurs, n’était pas des groupes néonazis français, comme beaucoup des mercenaires partis en Ukraine, il était juste, et c’est très triste pour lui et sa famille, un manipulé qui croyaient vraiment combattre pour des idéaux grandioses et nobles. Tout cela se sera terminé dans l’assassinat d’un soldat russe désarmé, puis par la mort, déchiqueté par une roquette de mortier. Le jour-même de sa disparition dramatique, plusieurs de ses compagnons qui participèrent au crime furent aussi liquidés. Tous avaient payé leur dette pour leur infamie. Dans la mort, il n’y a plus d’ennemis.

La photo qui pose question de Brandon Nicolas. Longtemps les Russes cherchèrent les derniers participants au crime de Petropavlovka, il n’avait qu’une quinzaine de noms et des informations pour penser qu’ils avaient été une trentaine. Et puis l’information est finalement tombée, aggravant encore le cas, par la découverte d’un second crime le jour même, et de la participation de l’autre Français, le fameux « N. » du journal Le Monde. Il s’agissait de Brandon Nicolas, dont la fiche biographique est publiée à la fin de l’article. Ce que nous savons de lui et du crime, a été publié grâce aux travaux patients de tout un collectif, derrière les équipes de Foreigncombattants.ru, ou encore du groupe Telegram TrackANaziMerc, et enfin des recherches de Nicolas Cinquini. Le mercenaire pour le coup, n’était pas du tout venu en Ukraine pour les raisons évoquées par son camarade. Il fut rapidement clair qu’il s’agissait un néonazi français, comme il en existe de nombreux en France. Il ne resta pas caché longtemps après sa participation au crime de Petropavlovka, car sa blessure grave sur le front ukrainien, le plaça soudainement dans la lumière de la presse française. Là aussi, la propagande d’État franco-ukrainienne se mit en marche, avec un article du journal La Dépêche (18 décembre), présentant le jeune homme également comme un héros : « Nicolas, un ancien para du 17e régiment du génie parachutiste de Montauban raconte l’engagement héroïque de son fils parti combattre dans la légion internationale ukrainienne ». Là encore un de ses parents fut mis en scène, dans l’idée de « faire pleurer dans les chaumières », en l’occurrence son père, un ancien du Tchad : « Il avait démissionné après un an d’armée, cela fait six mois qu’il était au chômage, il a été très choqué par les images d’enfants morts au début de l’attaque russe, il m’a dit je suis jeune, j’en ai marre de la France, je n’ai rien à faire, je pars là-bas ». Il poursuit : « Il a été touché par quatre balles dont une dans le ventre, dans les bras et à une jambe précise Nicolas, qui a appris très récemment que son fils s’en était finalement sorti, après que son pronostic vital ait été engagé ». Le récit de ce combat héroïque, Brandon l’a lui même fait dans un média de propagande ukrainienne : « Environ 20 Russes nous ont attaqués, nous étions sept étrangers. Nous avons tenu bon et avons réussi à appeler les renforts, malheureusement l’armée russe a tué deux Polonais et un Américain, moi et un Allemand, nous avons été blessés. Nous avons tenu bon jusqu’à ce que les forces armées ukrainiennes plus importantes arrivent et battent les Russes ». La révélation de sa participation au crime de guerre de Petropavlovka n’étant pas connue au moment des différentes interviews, il fut facile pour lui et sa famille de rester sur la position du « héros de guerre ». Mais la publication de l’information par les Russes (novembre 2023), a enterré ce narratif. Car dans les photos découvertes dans les réseaux sociaux de Brandon Nicolas, se trouve un cliché, où il trône devant un civil, sans doute un Russe ethnique du Donbass, ou d’Ukraine, l’homme ayant les mains attachées, la tête baissée et recouverte d’un bonnet. D’un seul coup, les horreurs de l’opération spéciale ATO dans le Donbass ressurgissaient.

Brandon Nicolas, un criminel de guerre en puissance. Car dans ce joli narratif, dans les oublis de son père ancien para, qui ne peut ignorer les nombreuses photos de sa progéniture, tous les signes d’un engagement idéologique sont présents : groupuscule néonazi prônant la supériorité de la race blanche, drapeau de l’UPA, insigne de la division SS Das Reich repris par le régiment Azov, tout le « fameux folklore » s’étale à nos yeux. Sa participation au crime de guerre de Petropavlovka n’étant plus à prouver, la fameuse photo très choquante pose des questions sur ce que Nicolas et les autres mercenaires ont fait à ce civil ? Qui était-il ? Pourquoi était-il humilié attaché et en état de flagrante infériorité et soumission ? Pourquoi la prise de cette photo ? Cela rappelle grandement les actions hideuses des bataillons de représailles, comme celles du bataillon Dniepr-1. Nous avons publié dans le Donbass Insider cette terrible photo de ce bataillon, où là aussi, un civil était clairement maltraité et en danger de mort dans l’été 2014. Qu’on fait Nicolas et ses camarades de l’homme ? Pourquoi participaient-ils à une opération de chasse aux résistants pro-russes ? Il est clair en tout cas, qu’aucun soldat digne de ce nom, n’aurait accepté de participer à de telles actions. Il est clair aussi que Nicolas a publié la photo en connaissance de cause. Il savait sans doute qu’il ne risquait presque rien, toute la propagande des médias français et le narratif ukrainien étant derrière lui. Pire encore, des poses de ce genre ont été vues, nous nous en rappelons, dans l’armée américaine humiliant des Irakiens. Plus loin encore, les Allemands photographièrent des scènes de tueries, et des prisonniers avant leur assassinat ou leur exécution, parfois dans des concours organisés dans la SS. Pour son père, comme la mère de Gallozzi, il sera difficile de sortir d’un déni total, ou il affirmera comme tant d’autres « que dans toutes les guerres, dans tous les camps, ces choses arrivent »… Son fils lui-même vit d’ailleurs dans le déni, car ses affirmations qu’il retournera se battre avec une prothèse sont un pur fantasme. Aucune unité ne l’accueillera dans ses rangs, plus jamais. L’après-guerre ? Brandon Nicolas aura sans doute de longues années encore devant lui. Mais ceux qui pourchasseront les criminels de guerre de ce conflit n’abandonneront jamais. Peut-être Brandon liera un jour ce livre, qui pour ma part m’a marqué : « Les assassins sont parmi nous ». Et dans ce monde ou dans l’autre, Nicolas devra répondre de ses crimes. Et comme l’indiquait Simon Wiesenthal de son vivant : « Justice n’est pas vengeance ».

Lendemain de publication de son signalement. Dès le lendemain de son signalement par les différents espaces russes traitants des criminels de guerre et mercenaires français, Nicolas Cinquini a reçu sur son compte Instagram, un message d’un certain OG, portant les couleurs française et ukrainienne menaçant de mort l’activiste : (l’orthographe a été laissée telle quelle) « Arrête de raconter de la merde sur ton torche Q de blog parce toi le jour ou ont vas te chopper tes mort gros fils de pute et ont te mettra face contre terre faut être soit une petite pute se que j’exclu pas soit un abrutis de première tkt vu la liste d’ennemis que tu as maintenant si j’étais toi je creuserai une tombe ou je changerais de pays ». Les chances sont très fortes que l’auteur soit justement le sieur Nicolas, ou l’un des sbires, ou fans du mercenaire néonazi français. Nicolas Cinquini a déjà reçu d’autres messages fleuris de personnages qu’il avait épinglé comme mercenaires en Ukraine, en décrivant leurs parcours.

Voici les biographies des deux criminels de guerre en question :

Andreas Gallozz(21 août 2000-16 février 2023), alias Frenchy, originaire de la banlieue parisienne, France, sa famille s’installa dans l’Yonne à Saint-Valérien. Peu doué pour les études, il s’enrôla dans l’armée française (2018), versé au 17e régiment d’infanterie de Montauban. Il fut contraint de démissionner pour des problèmes de santé. Il tenta de reprendre des études sans succès, dans les sciences humaines, puis vînt à Dijon pour travailler (information suspecte), comme « infirmier ». Il quitta la France pour s’enrôler en Ukraine dans la Légion internationale ukrainienne (printemps 2022). Il intégra l’unité Wolfhound, peloton Bravo 1, et fut envoyé combattre dans la région de Kharkov (à la suite de la 92e brigade mécanisée ukrainienne). Il fut l’un participants au crime de guerre de Petropavlovka (27 septembre), où fut assassiné par son groupe un négociateur russe sans armes. A ce titre, il fut identifié comme criminel de guerre par le renseignement russe. Malgré la dislocation de son groupe suite à ce crime qui fut médiatisé en Russie, il décida de continuer son service et fut liquidé par les Russes, déchiqueté par un tir de mortier, le 16 février 2023, dans la région de Svatovo. Il fut l’objet ensuite de nombreux articles en France, où sa mère fut mise en scène, dans une propagande abjecte, où il ne fut jamais cité qu’il avait participé au crime de Petropavlovka, ce qui, au moment de sa mort était parfaitement connu. Les journalistes ne firent pas même un début d’enquête.

Brandon Nicolas (vers 1996-), originaire de Montauban, Tarn-et-Garonne, France, fils d’un militaire, Thierry Nicolas, ancien du Tchad. Il servit lui aussi dans l’armée dans le 17e régiment de génie parachutiste, de Montauban. Il vînt s’enrôler en Ukraine passant la frontière polonaise (mars 2022), sans passeport et avec une unique carte d’identité. Il fut envoyé sur le polygone de la base de Yavorov, où il se trouvait peut-être lors du bombardement par des missiles russes de la base (nuit du 12 au 13 mars 2022). Il fut envoyé dans la défense territoriale, au départ pour de simples patrouilles, puis dans la zone d’Irpen et de Boutcha (printemps). Enfin, son unité fut envoyée sur le front dans la région de Karkhov (mai), et fut employée dans l’avance au niveau de la ligne de Koupiansk (automne). Il fut l’un participants au crime de guerre de Petropavlovka (27 septembre), où fut assassiné un négociateur russe sans armes (peloton Bravo 1). Il servait lui-même dans le peloton Bravo 3. Des vidéos furent publiées par les Russes, où le même jour, avec son groupe, ils assassinèrent un autre soldat grièvement blessé et incapable de se défendre. L’homme fut achevé par une grenade dans l’hilarité générale (les vidéos ont dès le lendemain disparues du compte Tik Tok où elles étaient hébergées (mais ont été sauvegardées par les services russes). Il fut grièvement blessé (4 décembre), au bras, l’abdomen et à la jambe droite, alors que plusieurs criminels de Petropavlovka étaient tués ce jour-là. Il fut transporté d’urgence à Poltava, où il subit plusieurs opérations. Par la suite il fut évacué dans un hôpital militaire à Lvov, puis transféré dans deux hôpitaux en Pologne. C’est ce pays qui prit en charge ses frais médicaux pendant environ 5 mois. Les Polonais le renvoyèrent alors à Lvov (fin août 2023), mais l’Ukraine lui avait supprimé sa solde de soldat depuis avril 2023 (en attente selon lui d’une hypothétique commission militaire médicale pour lui accorder une pension). Selon lui, il vivrait « sur ses propres fonds » depuis cette époque, autrement dit des indemnités de chômage encore en cours, ou aux frais de ses parents. Lassé et démoralisé, il déclara avec également beaucoup de fanfaronnades : « Je n’ai rien à redire, j’en ai juste marre d’attendre. Je suis prêt à la possibilité qu’ils m’amputent la jambe, ce n’est pas un problème. Ils m’installeront une prothèse et je marcherai de nouveau. Je veux continuer à me battre. J’ai compris les risques en venant ici. C’est un métier que j’aime depuis l’enfance. Quand ils me remettront sur pied, je continuerai à me battre jusqu’à la fin de la guerre, ou jusqu’à ce que je meure au combat. C’est le destin du soldat. L’Ukraine a été attaquée sans motif, et elle doit être défendue » (12 septembre). La presse l’ayant abondamment mis en scène, il fut vite très clair qu’il s’agissait d’un militant néonazi et ultranationaliste fanatique, portant par exemple l’insigne de la Misanthropic Division, organisation néonazie fondée en Ukraine dès le début du Maïdan (2013-2014), ou encore les insignes de l’UPA, l’armée collaborationniste ukrainienne de l’Allemagne hitlérienne, ou encore l’insigne du régiment néonazi Azov. Il se plaignit amèrement que la France ne voulait pas le prendre en charge, affirmant que sa mère et son frère avaient tentés de contacter l’ambassade de France à Kiev, pour son évacuation. Cela lui fut refusé, ou en échange d’une somme de 10 000 euros selon ses dires. Il poursuivit à un rythme soutenu les interviews, où il raconta par exemple qu’il « n’avait pas le mal du pays, seule la gastronomie française, celle du Sud-Ouest particulièrement, lui manque, le cassoulet et le magret de canard, pour le reste la mentalité ukrainienne, le coût de la vie et la reconstruction à venir du pays l’ont séduit : ce que j’aime ici c’est qu’ils n’ont rien et qu’ils donnent beaucoup. Je vais essayer de rester tout le temps, après la guerre il y aura des choses à faire, il faudra reconstruire. La première reconstruction pour lui est physique, elle devrait passer par une opération pour retirer la balle, toujours logée dans sa jambe ». Le renseignement russe qui avait identifié une petite moitié des 30 criminels de guerre de Petropavlovka, ne l’avait pas repéré, mais l’identifia finalement comme ayant été l’un des participants d’un autre crime de guerre, le même jour (novembre 2023). Un entrepreneur russe avait offert une prime pour les assassins de Petropavlovka (10 février 2023), pour venger le crime ou permettre l’arrestation des criminels. L’homme a publié une photo, où il se trouve avec d’autres mercenaires derrière un civil, sans doute un russe ethnique du Donbass et d’Ukraine. Ce dernier se trouve avec les mains liés, assis et la tête baissée recouverte d’un bonnet.

Photo capturée du criminel de guerre français Brandon Nicolas


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