www.zejournal.mobi
Lundi, 05 Oct. 2026

Des lycéens peut-être manipulés, mais des lycées et un avenir pourris

Auteur : E&R | Editeur : Walt | Lundi, 05 Oct. 2026 - 17h37

La mise en exergue des faits de violence dès le début du mouvement et les procès en instrumentalisation sont « un grand classique », remarque le politologue Robi Morder, en référence aux propos du gouvernement accusant La France insoumise de piloter la mobilisation et d’être responsable du basculement violent. « C’est une erreur de penser que les jeunes sont idiots. Les mobilisations lycéennes sont des mouvements sociaux qui ne sont pas pris au sérieux », met en perspective ce spécialiste des mouvements lycéens et étudiants. Pour preuve, selon le chercheur, « les revendications sont floues, à l’opposé de ce que serait une mobilisation préparée par une organisation ».

Le Monde a traité le sujet avec sérieux, dans le calme, hors positionnement partisan, et le moins qu’on puisse dire, c’est que la mobilisation, historique, est méritée.

Les images des lycées délabrés pour comprendre pourquoi les élèves se mobilisent

Le parc des bahuts français a 60 ans d’âge en moyenne, et n’est plus adapté à aujourd’hui, techniquement parlant. La génération lycéenne actuelle est celle d’un baby-boom, celui de l’année 2010, qui va en classe alors que des classes ont fermé et que des milliers de profs ont disparu. Résultat, des classes de 30 à 35 élèves, des profs absents deux à trois semaines, des locaux mal chauffés ou trop chauds, des horaires merdiques à cause de la réorganisation des cours (12 spécialités à combiner et 286 combinaisons possibles), et là-dessus, un système Parcoursup qui ressemble à de l’arbitraire, voire de l’injuste.

Certes, on ne peut pas faire ce qu’on veut surtout si on n’a pas le niveau (mais la concurrence néolibérale est entrée dans l’Éducation), certes, le niveau du bac s’est effondré, certes, un tas d’élèves ne mérite pas de faire des études sup, mais tout ça entre dans le shaker et débouche sur des revendications qui peuvent paraître infantiles, mais dont le fond est sérieux.

Réponse policière à un problème structurel

Versez sur ce liquide inflammable l’huile brûlante de la Macronie, avec ses psychoses à répétition, sa guerre larvée de tous contre tous, les attaques de l’oligarchie contre le peuple (les lycéens ont des parents... qui en chient économiquement), la pseudo-mobilisation future des jeunes contre la Russie (l’effet de ce taré de Mandon), et vous obtenez une situation explosive. Ce que l’article du Monde ne dit pas et qui doit aussi peser, dans l’explosion de colère (la colère est une angoisse qui explose), c’est la génération qui avait 10-12 ans pendant les confinements, la psychose covidiste, et ça, Marie-Estelle Dupont nous l’a dit, ça va avoir des conséquences psychiques lourdes à long terme.

En général, les partis sautent opportunément sur les mouvements sociaux spontanés, tentent de les encadrer, de les organiser, pour profiter de leur puissance. Là, il n’est pas certain que LFI s’en sorte indemne, en envoyant ses députés par dizaines au front, pour mettre la pression sur la Macronie, sur la police, donc le RN, même si derrière, vous avez une génération qui risque de voter LFI plus que RN. C’est le calcul profond, accompagner tout mouvement social qui peut déboucher sur du vote, c’est-à-dire du tiroir-caisse.

La violence profite à la Macronie

Là où l’article du Monde est encore très intéressant, c’est dans la réponse, unilatérale, utilisée par le gouvernement : alors que la mobilisation dure depuis deux semaines, la seule réponse a été la répression, avec près de 5 000 interpellations et un tiers de gardes à vue. C’est seulement au bout de 400 lycées en grève (sur 3 700) et des dizaines d’incendies allumés ici et là que le ministre de tutelle commence à parler de rencontrer les leaders lycéens. On est bien dans un traitement à la Gilets jaunes : de ce point de vue, rien ne change.

Alors, pour expliquer tout ça, on peut remonter aux calendes, avec la massification de l’enseignement, avec les portes ouvertes à tous les niveaux, même et surtout les plus faibles en 6e, avec un brevet et un bac dévitalisés, avec une surdémographie en université, qui est obligée de dealer avec des niveaux insuffisants pour 50 % des étudiants. Et derrière tout ça, il y a le chômage, une crise du logement sans pareille, un CDI qui n’arrive pas avant 29 ans, et toute une classe de la jeunesse qui a déjà goûté aux repas Crous à un euro et aux distributions alimentaires de soutien. Après, ne vous étonnez pas d’une explosion de la consommation de drogues et d’alcool, jusqu’à la prostitution pour s’en sortir...

On appelle ça une préparation à la pauvreté. Normal que quand la conscience leur monte au cerveau, même si ce dernier n’est pas encore structuré, ça fasse péter les plombs.

L’autre traitement, c’est celui du Figaro, qui voit la dégradation et les responsabilités, dans un sens très gouvernemental. Il interroge, sous la plume d’Isaure de Belleville, le lecteur :

Lycées détruits : les casseurs finiront-ils par payer la facture ? Les régions ne veulent plus régler seules les dizaines de millions d’euros de dégâts. L’examen d’un projet loi visant à taper les délinquants au portefeuille a été avancé.

Quand on connaît la vétusté générale, on se dit que ce n’est peut-être pas un mal, de tout reconstruire, en mieux. Le Monde, à contrepied, rappelle que lors de la dernière grande mobilisation lycéenne, en 1990, sous le ministère Jospin, le gouvernement socialiste avait lâché 4,5 milliards (de francs, soit 1,5 milliard d’euros actuels) pour rénover et moderniser le parc.

Entre 25 millions et 30 millions d’euros pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, 2 millions d’euros pour le lycée Nelson-Mandela de Nantes après que son hall a brûlé le jeudi 1er octobre, 7 millions d’euros pour les dégâts en Île-de-France ou encore plus de 1 million dans les Hauts-de-France. Ces montants correspondent aux réparations nécessaires après les actes de vandalisme commis dans les lycées ou sur la voie publique, et dont les images circulent en ligne : portes brûlées, façades endommagées ou taguées, portillons arrachés. « Le contribuable ne peut être appelé (à payer) sur des événements comme celui-là », s’est indigné Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Même cri du cœur du côté de Valérie Pécresse, à la tête de la région Île-de-France, qui considère que « les Français ne veulent plus payer des impôts pour réparer ce que des casseurs (…) ont saccagé ».

Il n’y aura pas de modernisation du parc des lycées, le gouvernement n’a plus de fric, il en prend même aux services publics pour le donner aux détenteurs de la dette. Le premier poste budgétaire sera cette année celui du service de la dette (80 milliards), devant l’Éducation nationale (64 milliards) et l’armée (57 milliards). Sachant cela, sans faire nos gauchistes pacifistes bêlants, on se demande si la préparation de la guerre contre la Russie ne serait pas le problème. Retirer deux ou trois milliards à l’armée, au croque-mort Mandon, serait du meilleur effet pour nos jeunes.

Oui, on sait, il y a des racailles dans le tas qui ont pillé, tabassé, incendié. Mais ils sont les auxiliaires du gouvernement, comme leurs grands oncles antifas ou leurs grands-pères black blocs. La Macronie, c’est la répression et le choix de la vieillesse, Brigitte oblige, contre la jeunesse. Quand un pays est dirigé par une personne de 80 piges, faut pas s’attendre à autre chose.
Une des grandes arnaques de Macron, c’est d’avoir fait croire à un président jeune, dynamique, d’avenir, un Kennedy français, alors que derrière se profilait le vieux monde, la Bête de l’événement. Oui, elle est bien là, la Bête, et elle est furieuse.


- Source : E&R

Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )