www.zejournal.mobi
Vendredi, 02 Oct. 2026

L’incident impliquant Flydubai a été incroyablement opportun pour Netanyahou

Auteur : Max Blumenthal | Editeur : Walt | Vendredi, 02 Oct. 2026 - 16h13

Cherchant désespérément à se faire réélire, Netanyahou sature l’espace médiatique avec son récit d’une attaque «terroriste djihadiste» déjouée.

Lorsque Benjamin Netanyahou, son allié du Likoud et ministre de la Défense Israel Katz ont immédiatement attribué l’incident impliquant la compagnie FlyDubai au «terrorisme djihadiste» — incident au cours duquel des passagers israéliens à bord d’un vol reliant Dubaï à Tel-Aviv auraient pris d’assaut le cockpit pour empêcher le crash de l’appareil —, ils ont occulté l’évaluation initiale du chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, et de ses hauts commandants, qui écartaient la thèse d’une tentative de détournement d’avion à l’origine de l’altercation.

Le lendemain, les médias d’État saoudiens et émiratis évitaient toujours de qualifier l’incident d’attaque terroriste. Ils semblaient attendre l’issue de l’interrogatoire, par les autorités saoudiennes, du copilote soupçonné d’avoir poignardé le pilote, ainsi que les conclusions de l’enquête sur ses motivations.

Le président Donald Trump exprimait lui aussi des doutes, qualifiant l’auteur de l’agression de «terroriste potentiel ou de détraqué». Après avoir relaté la version des faits donnée par Netanyahou, Trump a fait remarquer : «C’est l’histoire que j’ai entendue. Je ne sais pas si elle est vraie».

Netanyahou est déterminé à consolider le récit qu’il a élaboré peu après que la nouvelle de la rixe en plein vol a été rendue publique. Il l’associe par ailleurs au message théâtral qu’il avait délivré la veille, lorsqu’il s’était tenu devant un F-35 pour mettre en garde contre des attaques imminentes de la part des ennemis d’Israël.



«Nous avons des signes indiquant que, avant les élections, nos ennemis tenteront de nous attaquer». Netanyahou planifie clairement une diversion militaire pour influencer ou annuler les élections, en utilisant la force aérienne comme un accessoire pour son stratagème.

Toutefois, comme l’a souligné l’un de ses rivaux, Yaïr Lapid, Netanyahou n’a fait aucune mention, dans cet avertissement, de détournements d’avion ou d’une quelconque menace terroriste aérienne.

L’incident impliquant FlyDubai est survenu alors que Netanyahou faisait face à une avalanche de critiques concernant sa négligence du 7 octobre 2023. En pleine campagne de réélection — la plus cruciale et probablement la dernière de sa carrière — il s’attribue en quelque sorte le mérite d’un scénario digne d’Entebbe : neutraliser le terroriste dans le cockpit et empêcher une attaque du type 11-Septembre contre le complexe Azrieli de Tel-Aviv.

Le timing de l’événement a été incroyablement providentiel pour le premier ministre israélien, alors en grande difficulté.

Traduction: Marie Claire Tellier

***

Vol FZ1073 : une histoire qui change de version toutes les six heures

par Serge Van Cutsem

Six versions en quarante-huit heures, un seul narrateur, et une presse qui a rangé son conditionnel au vestiaire. Le vol FZ1073 n’a pas seulement failli s’écraser : il a aussi fait décoller un récit.

Le 30 septembre 2026, un Boeing 737 de Fly Dubaï quitte Dubaï pour Tel-Aviv avec 174 passagers, israéliens pour la plupart. Deux heures plus tard, il se pose en catastrophe à Tabūk, en Arabie saoudite. Entre les deux, il s’est passé quelque chose dans le cockpit. Quoi exactement ? Cela dépend de l’heure à laquelle vous avez allumé votre télévision.

Vol FZ1073 · ce qui est confirmé, affirmé, inconnu

Les faits confirmés hors d’Israël s’arrêtent à l’agression ; le mobile et les héros ne reposent que sur la parole israélienne.

Un feuilleton en six épisodes

Au début, des passagers seraient entrés dans le cockpit, pourquoi pas… Quelques heures plus tard, on apprend qu’il s’agissait en réalité d’une bagarre entre un pilote russe et un pilote ukrainien : la guerre d’Ukraine, transportée à 34 000 pieds au-dessus du désert saoudien, mais l’image était trop belle pour durer. Les Russes et les Ukrainiens sont alors recyclés en pilotes hors service, assis en cabine, qui auraient posé l’avion en héros. Ce recyclage digne d’Hollywood, il faut le préciser, est dû au quotidien Israel Hayom.

Puis le casting change encore, on parle désormais d’un pilote omanais et d’un pilote indien. L’Indien, le commandant Smit Machchhar, est bien réel et bien blessé. L’Omanais, lui, n’a ni nom officiel ni nationalité confirmée par la moindre autorité : il n’existe pour l’instant que dans les briefings israéliens.

Entre-temps, l’avion a affiché le code 7500, celui du détournement, voilà donc un détournement, ou une bagarre entre pilotes, ou les deux. Peu importe, puisque la version définitive arrive enfin, livrée par l’homme le plus qualifié de la région en matière de vérité : Benjamin Netanyahou. Un pilote aurait poignardé l’autre, puis tenté de précipiter l’avion au sol, le commandant blessé aurait trouvé la force d’ouvrir la porte blindée, et des passagers israéliens auraient maîtrisé le forcené. On annonce même que ces héros seront honorés.

C’est une belle histoire, avec un méchant, une victime, des sauveurs et une morale. Il ne lui manque qu’une chose : quelqu’un d’autre que son auteur pour la confirmer.

Les petites questions qui fâchent

Commençons par ce que l’on sait vraiment, parce que c’est vite fait. Fly Dubaï reconnaît «une altercation dans le poste de pilotage», dont les motifs sont «inconnus». L’aéroport de Tabūk indique que les deux pilotes sont blessés. Les données de Flightradar24 montrent une chute de 34 000 à environ 16 000 pieds en quelques minutes, une remontée, une nouvelle descente, puis les codes 7700 et 7500. Les Émirats ont ouvert une enquête et demandent qu’on évite les spéculations. Demande manifestement adressée à tout le monde, sauf au cabinet du premier ministre israélien.

Pour le reste, on nage dans cet océan de narratifs. Comment un couteau se retrouve-t-il dans un cockpit en 2026, vingt-cinq ans après le 11 septembre ? Personne ne le dit. Comment une porte blindée, conçue précisément pour résister à ce genre de situation, s’ouvre-t-elle au bon moment ? On nous répond que le pilote poignardé l’a ouverte lui-même : c’est possible, c’est même courageux, mais c’est très pratique pour le scénario. Qui a affiché le code de détournement, sept minutes après celui d’urgence, et qui tenait les commandes pendant les montagnes russes ? Les enregistreurs de vol le savent. Pour l’instant, ils se taisent, et personne ne promet de les publier.

Un détail encore, discret mais savoureux. Fly Dubaï écrit que l’avion a été repris en main par son propre personnel, qui voyageait à bord. Dans le récit israélien, les projecteurs se braquent sur des passagers israéliens. Les deux ne s’excluent pas, mais quand le transporteur et le gouvernement ne racontent pas le même sauvetage, on peut au moins se demander qui écrit le générique de fin.

Le narrateur qui n’enquête pas

Le plus remarquable dans cette affaire, c’est la distribution des rôles. Selon les règles de l’aviation civile internationale, l’enquête revient à l’État où l’avion s’est posé et à celui où il est immatriculé : l’Arabie saoudite et les Émirats. Israël n’est ni l’un ni l’autre. C’est pourtant de Jérusalem que sont venus le nom de la victime, l’arme, le mobile, la nationalité du coupable et la liste des héros. Le tout avant la moindre conclusion de ceux qui, eux, ont l’avion, les pilotes et les boîtes noires.

Le ministre de la Défense Israël Katz a parlé de «terroriste» sans attendre. La ministre des Transports Miri Regev a réclamé la suspension des vols Fly Dubaï. Et nos grands médias, toujours si attachés à la vérification croisée, ont commencé par titrer «selon Netanyahou», avant d’oublier en route le «selon». C’est une technique éprouvée : on cite d’abord, on répète ensuite, et au troisième article la citation est devenue un fait.

En face, les Émirats parlent d’un «incident de sûreté», Fly Dubaï d’une «altercation», et Riyad garde un silence de cathédrale. Prudence d’enquêteurs ou gêne diplomatique ? On ne le sait pas. Mais on sait au moins ceci : ceux qui savent se taisent, et celui qui parle ne sait que ce qu’il veut bien nous dire.

Et l’hypothèse du false flag ?

Posée ainsi, la question fera hurler, et elle n’a pourtant rien d’absurde. L’appareil sécuritaire israélien a déjà prouvé qu’il savait jouer avec les drapeaux des autres. En 1954, lors de l’affaire Lavon, des agents israéliens ont posé des bombes contre des cibles occidentales en Égypte pour faire accuser les Égyptiens. Israël a d’abord nié, puis a fini par l’admettre et par honorer officiellement ses agents en 2005. Ce n’est donc pas faire injure à un gouvernement que de lui appliquer le doute qu’il a lui-même rendu nécessaire.

Et il faut reconnaître que l’histoire tombe bien. Un attentat déjoué par de courageux Israéliens, à bord d’un avion émirati, avec atterrissage en Arabie saoudite : cela fait un héroïsme national clé en main, un moyen de pression sur une compagnie du Golfe et un rappel opportun que l’ennemi peut se cacher partout, y compris dans le siège de droite du cockpit. Netanyahou, dont la popularité n’a jamais souffert d’une bonne menace extérieure, n’a pas eu besoin qu’on lui fasse un dessin.

Soyons honnêtes pour autant, ce qui nous distinguera de certains. L’agression elle-même n’est pas une invention israélienne : Fly Dubaï et l’aéroport de Tabūk la confirment, et un commandant indien est à l’hôpital. Monter une opération de ce genre à bord d’un avion rempli de ses propres citoyens serait d’une audace folle. Rien, à ce stade, ne permet donc d’affirmer un false flag. Ce qui est démontrable, en revanche, c’est la récupération : un incident réel, aux causes inconnues, immédiatement habillé en attentat terroriste déjoué par des héros israéliens. Que la ficelle soit grosse, c’est évident. Qu’elle tienne une marionnette ou simplement un mégaphone, c’est aux enquêteurs saoudiens et émiratis de nous le dire.

En attendant les boîtes noires

Au bout du compte, il y a eu une agression dans ce cockpit. Tout le reste (le mobile, le coupable, la porte, les héros) n’est pour l’instant qu’un scénario, écrit par un gouvernement qui n’enquête pas mais qui a tout intérêt à sa version. On n’a pas besoin de crier au complot pour refuser de l’avaler. Il suffit d’exiger ce que n’importe quel journaliste devrait exiger : la publication des enregistreurs, l’identité de l’agresseur, l’origine du couteau et la chronologie de l’ouverture de la porte.

D’ici là, je garde mon conditionnel. Il est en parfait état : cette semaine, presque personne ne s’en est servi… de ce conditionnel.

Sources

Serge Van Cutsem


Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )