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Lundi, 28 Sept. 2026

La France rurale offre au RN une percée historique au Sénat

Auteur : Yves-Marie Sévillia | Editeur : Walt | Lundi, 28 Sept. 2026 - 15h26

L’évènement est historique pour le Rassemblement national. Le parti de Marine Le Pen aura son groupe parlementaire au Sénat transformant ainsi son éclatant succès des municipales. Une démonstration de force puisque ce sont 11 sénateurs patriotes qui font leur entrée au Palais du Luxembourg jusqu'ici cadenassé par un mode de représentation confiscatoire. Ils rejoignent ainsi les 3 sénateurs élus en 2023.

La poussée provient de toute la France, bien au-delà des territoires traditionnellement favorables au RN. Dans les Bouches-du-Rhône et le Var, deux sièges sont décrochés. Tout comme dans les Alpes-Maritimes où deux sénateurs UDR sont élus. Éric Ciotti manque son pari de ravir un troisième siège aux Républicains. Dans une campagne qu’il a fortement politisée et dans laquelle il s’est personnellement très impliqué, il ne convainc pas les élus locaux de son département de franchir le pas vers l’union des droites qu’il entend incarner. Avec le ralliement attendu mais désormais officiel de la sénatrice LR de l'Ain Sylvie Goy-Chavent, l'UDR réalise néanmoins un coup symbolique qui pourrait en annoncer d'autres.

Percée rurale

Après des années d’implantation locale laborieuse, démonstration est faite que les victoires aux élections municipales et la crédibilité d’élus disposant déjà d’un mandat pèsent dans la balance. Ainsi les députées Manon Bouquin, Sylvie Josserand et Edwige Diaz sont élues dans l’Hérault, le Gard, et la Gironde, des départements dans lesquels le RN ne disposait pas d'un capital électoral suffisant. Edwige Diaz par exemple réalise un score de 709 voix, contre 79 en 2020. Sur tout le territoire, le RN enregistre une progression très nette de ses scores. Même dans les départements où il échoue, sa progression est significative. Comme dans le Calvados où son score passe de 80 à 200 voix, dans la Somme où il réalise 277 voix contre 50 il y a six ans ou en Haute-Saône où le candidat mariniste réalise 16,22 % contre 1,72 % en 2020. Les grands électeurs, en grande majorité des maires et conseillers municipaux de territoires ruraux sans étiquette, ont donc fait confiance aux candidats de Marine Le Pen. Ainsi en Seine-Maritime - le département d'Édouard Philippe ! - où le RN remporte un siège surprise alors qu’il ne détient dans ce département aucune mairie. L’implantation locale reste le gage de victoire le plus sûr. Ainsi dans le Vaucluse où le parti que dirige Jordan Bardella est à la tête de huit communes (dont Carpentras et Orange) et détient quatre des cinq circonscriptions législatives, il obtient un siège.

Un vent se lève

Le Rassemblement national peut se satisfaire d’un scrutin qui va marquer les esprits. En vue de la présidentielle, il démontre que les verrous sont en train de sauter un à un. Les grands électeurs de la France rurale ont forcé le passage. « Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions espérer, la percée est générale, confirmant l’accélération de l’implantation du Rassemblement national sur tout le territoire » réagit Marine Le Pen. 15 sénateurs ne changeront pas la vie politique du pays. Mais la candidate le sait, la politique est avant tout une question de dynamique, de souffle parfois imperceptible mais bien réel. En signant au Sénat cette victoire historique pour son parti, elle envoie un signal à ses adversaires : le vent est de son côté.

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[CARTE INTERACTIVE] Elus, sortants, scores RN-UDR… Les sénatoriales à la loupe

La percée patriote aux municipales de mars dernier a eu sa traduction logique lors de ce scrutin.

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La constitution d'un groupe RN au Sénat est une marche de plus vers la conquête de l'Élysée par Marine Le Pen. La percée patriote aux municipales de mars dernier a eu sa traduction logique lors de ce scrutin aux règles peu évidentes mais où se mesure précisément l'implantation d'un parti parmi les élus locaux. Et le résultat est limpide : sur les départements concernés par ce renouvellement, le RN et ses alliés pèsent désormais plus de 10% des grands électeurs. Contre 3% en 2020. Un succès au goût d'enracinement.

Les élus UDR

Du côté de l'UDR, le résultat est mitigé. Dans les Alpes-Maritimes, où cinq sièges étaient en jeu, seuls deux proches d'Éric Ciotti sont élus (Laurent Castillo, élu député européen LR en 2024 et Gaëlle Frontoni, ancienne élue municipale de Christian Estrosi). Bien que divisés, les LR tendance historique conservent trois sièges dont deux pour la liste soutenue par les maires de Cannes, Antibes et Grasse. De façon surprenante, l'ex-épouse de Christian Estrosi, Dominique Estrosi-Sassone, parvient à conserver son mandat en ayant asséché les voix macronistes et de gauche du département.

Au scrutin majoritaire, les espoirs placés dans les anciens députés Brigitte Barèges, dans le Tarn-et-Garonne, et Bernard Carayon, dans le Tarn, n'ont pas été récompensés en dépit de résultats approchant les 25% des suffrages exprimés.

Au final, les candidats UDR rassemblent 1.724 grands électeurs (dont 829 dans les Alpes-Maritimes) qui grossissent utilement la besace du RN. Surtout, l'UDR sert de passerelle à une sortante LR, Sylvie Goy-Chavent, qui a annoncé son ralliement au nouveau groupe RN-UDR dès sa réélection acquise. Une pionnière ?

Les élus RN

Avec 9.828 voix, contre 3.280 en 2020, le RN gagne neuf sénateurs qui viennent s'ajouter aux trois élus en 2023. Même sans le renfort de l'UDR, ce résultat lui aurait permis de constituer un groupe à la chambre haute. Ce succès demeure donc, avant tout, celui du RN.

Notre carte interactive présente le détail des élus par département.

C'est dans le Var que le RN obtient son meilleur résultat (30,2% des suffrages exprimés) : la liste conduite par Frank Giletti, pilier local du mouvement, y fait jeu égal avec les LR et obtient deux élus, confirmant les excellents résultats des municipales, nonobstant la défaite toulonnaise.

Dans les Bouches-du-Rhône, les alliances nouées par Franck Allisio avec la droite des LR paient puisque le RN y conquiert deux sièges, devançant d'une centaine de voix la liste où figurait Renaud Muselier, infligeant ainsi un camouflet sévère au président de la région. Pionnier du camp patriote dans le département, Stéphane Ravier perd son siège, victime du vote utile mais rassemblant encore 265 grands électeurs sur son nom.

Dans le Vaucluse voisin, l'élan des municipales permet à Thierry d'Aigremont (27,14%) d'emporter un siège jusque-là détenu par le PS. Même dynamique dans le Gard dont profite Sylvie Josserand (25,49%). Dans l'Hérault, Manon Bouquin ne recueille que 12,18% des suffrages exprimés mais cela suffit pour gagner l'un des quatre fauteuils de sénateur en jeu.

L'arc méditerranéen offre donc 7 sièges au RN, à ajouter aux 2 élus UDR des Alpes-Maritimes.
Les deux autres élus RN de ces sénatoriales 2026 sont l'illustration de la pénétration en profondeur du RN dans des départements déséquilibrés par la métropolisation : si la victoire d'Edwige Diaz en Gironde n'est pas totalement une surprise, son score l'est (19,63%). Quant à l'élection de Léon Levasseur en Seine-Maritime (13,11%), c'est l'illustration de la dynamique qui traverse le monde des communes rurales et entraîne de nombreux grands électeurs sans étiquette à voter aux sénatoriales comme ils votent aux élections nationales.

Une dynamique qui traverse tout le pays

Cette dynamique se mesure très bien dans toute une série de départements où le RN n'obtient pas d'élu mais d'excellents résultats alors qu'il ne détient aucune commune : dans l'Aube d'abord, où Adrien Thiébaut obtient 26,88% des suffrages exprimés ; en Haute-Saône ensuite (16,22% pour Nathalie Fritsch), mais aussi dans la Somme (15,59% pour Damien Toumi) ou la Côte d'Or (11,99% pour Tatiana Guyenot).

Citons enfin l'excellent résultat du député Julien Rancoule dans l'Aude où le RN a conquis Carcassonne en mars (30,03%) et la performance de Nicolas Battini, candidat de l'Unione di i patriotti (alliance RN-UDR-Mossa Palatina) en Haute-Corse, qui obtient 16,60% des suffrages exprimés.

En dépit du Finistère et d'une poignée d'autres départements où les candidats ne dépassent pas le seuil de remboursement des frais de campagne, ces résultats confirment la dynamique électorale patriote. En obtenant enfin ce groupe au Sénat, Marine Le Pen – et c'est ce qui alarme ses adversaires – va désormais pouvoir compter sur une nouvelle montée en gamme de ses équipes et bénéficier de relais toujours plus précis et efficaces auprès des acteurs territoriaux. Elle n'a jamais été aussi bien armée à la veille d'une élection présidentielle.

Par Guillaume Pallottino/DATAREALIS - Boulevard Voltaire

 


- Source : Boulevard Voltaire

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