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Mercredi, 28 Sept. 2022

La situation politique et économique de la France vue de Suisse

Auteur : Emmanuel Garessus | Editeur : Walt | Mercredi, 29 Juin 2022 - 13h41

La stratégie de déni d’Emmanuel Macron est une menace pour la France.

Le président français agit comme s’il ne s’était rien passé aux élections législatives. L’attitude du «circulez, il n’y a rien à voir» et le refus de reconnaître les problèmes mettent en danger un pays plus divisé que jamais et qui a besoin de réformes libérales.

La France «entre vaches sacrées et vaches à lait»

En France, le débat est restreint à sa plus simple expression, ainsi qu’en ont témoigné les campagnes présidentielle et législative. Le citoyen a le choix entre rallier le camp républicain ou les idées de l’extrême droite.

Petit problème: les Français ne sont plus d’accord de jouer ce jeu et refusent une majorité absolue au président. L’Assemblée nationale se retrouve divisée en trois camps de taille assez proche, la technocratie social-démocrate macronienne, la gauche insurrectionnelle de Jean-Luc Mélenchon et la droite nationale.

La réaction du président à la surprise des législatives fait craindre le pire. Emmanuel Macron a refusé la démission d’Elisabeth Borne, signifiant ainsi qu’à son avis il ne s’était rien passé lors des élections. Après l’épisode révélateur du Stade de France, le président est resté dans le déni, seul dans sa tour d’ivoire. Dans un pays où «la rue» est le principal moyen d’exprimer son opposition, cette posture présidentielle s’avère explosive. Dorénavant l’opposition sera double, dans la rue et au parlement.

Son intervention télévisée succédant à sa rencontre avec les présidents de parti s’inscrit dans le même état d’esprit. Emmanuel Macron gouvernera au rythme de l’approbation parlementaire de ses propres textes. Le monologue se poursuivra.

Le probable blocage peut parfois être perçu comme un atout pour Emmanuel Macron. Le président gérera le statu quo mais gardera le pouvoir. Lors de son premier quinquennat, il n’avait pratiquement pas répondu à ses promesses de réformes et il ne présente qu’un programme très modeste pour le second. L’idée d’un blocage lui sied parfaitement.

Emmanuel Macron n’a d’ailleurs même pas cité les retraites parmi la liste de ses objectifs lors de son intervention télévisée de la semaine dernière alors que c’était l’une des rares réformes envisagées. Finalement – un autre atout – les blocages et lenteurs attendus à l’Assemblée nationale empêcheront une augmentation massive des réglementations et des taxes.

La France a pourtant besoin de résoudre ses problèmes de compétitivité économique, de baisse du niveau scolaire, de vieillissement démographique, d’énergie, d’insécurité, d’immigration et d’obésité étatique. Emmanuel Macron n’a pas cessé d’augmenter le nombre de fonctionnaires, mais il oublie que cela a un prix. Même la BCE s’en inquiète.

On assiste à un combat entre «les vaches à lait et les vaches sacrées», écrit Olivier Barrat, sur le blog de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF). Ce dernier ne voit guère d’espoir de réduction des «vaches sacrées» et de moindre pression sur les contribuables. L’Histoire «nous apprend que la servilité fiscale du peuple français s’avère presque sans limite. Nous sommes un pays écrasé d’impôts et qui ne se révolte pas», avance-t-il.

En s’équipant d’un marketing usant sans relâche des termes de justice et de climat, les détenteurs du pouvoir, de gauche comme de droite, n’ont jamais essayé de réduire les dépenses publiques pour libérer les énergies et l’innovation.

Son jugement est sans appel: «L’impôt constitue, en France, un système de pouvoir au service d’une gigantesque oppression, par laquelle une caste tient sous sa botte une nation tout entière. Il s’agit ni plus ni moins que d’une forme moderne de servage drapée dans les apparences d’une démocratie.»

Prête à mourir pour la liberté d’expression

Non seulement le débat se réduit fortement, mais les atteintes à la liberté d’expression se multiplient.

La journaliste Christine Kelly est maintenant placée sous protection policière. L’autrice d’une biographie de François Fillon et ancienne membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (2009-15), anime l’émission Face à l’info, sur Cnews. Son crime? Elle a accueilli l’essayiste Eric Zemmour, autant dire le diable, l’homme interdit, celui qu’il faut faire taire plutôt que d’entendre et de combattre les idées.

Christine Kelly est devenue la cible de menaces de mort et d’un déchaînement de haine sur les réseaux sociaux. Révoltée, elle vient aujourd’hui de publier Liberté sans expression (Editions Cherche midi, 160 pages, 2022). Cette Guadeloupéenne d’origine s’étonne de ne pas avoir été défendue par les féministes, comme s’il fallait s’afficher de gauche pour y avoir droit.

La France est maintenant passée à un nouveau niveau de contraintes. Christine Kelly n’est pas attaquée pour ses idées, ce qui est le cas de tous les penseurs libéraux ou conservateurs. Elle est en danger parce qu’elle est journaliste. Personne ne connaît l’opinion politique de Christine Kelly. Elle avoue, dans une interview sur Sud Radio, ne jamais avoir cru en arriver là, à être privée de liberté parce qu’elle fait honnêtement son métier et tend son micro. Elle a toujours été objective, neutre, professionnelle. Sa tâche a toujours consisté à donner la parole, à poser des questions, à employer un langage précis, réservé.

En France, on n’a plus le droit de donner la parole aux représentants politiques et essayistes qualifiés d’extrême droite. Qui a pris cette décision, si ce n’est la presse de gauche? L’affaire souligne le degré de censure et de paternalisme qui règne chez nos voisins.

Elle qui avoue être prête à mourir pour qu’Eric Zemmour puisse s’exprimer déclare clairement qu’«arrêter, c’est renoncer, c’est donner raison à ceux qui ont tort». Faut-il faire partie des censeurs, de ceux qui «abattent la démocratie» ? «Le couloir de la neutralité est en train d’être détruit», avoue-t-elle. La tolérance ne cesse de diminuer chez nos voisins.

La mauvaise idée d’annuler les dettes publiques

S’il est un domaine auquel la France ne pourra se soustraire, ce sera celui de la dette. Tandis que la hausse des taux d’intérêt place les Etats devant leurs responsabilités, comme par enchantement les pressions s’accroissent afin d’annuler ces dettes.

Les politiciens cherchent à intervenir pour éliminer les obstacles qui se placent sur leur route dépensière. Ceux-là mêmes qui avaient créé les critères de Maastricht rétropédalent. Non seulement ils n’ont jamais été sanctionnés pour leurs dépassements des règles établies (60% du PIB). La dette publique atteint 114% en France, 100% du PIB aux Etats-Unis, 257% au Japon.

La dette totale fait froid dans le dos, avec ses 303 000 milliards de dollars dans le monde, selon une étude de John Plassard, à la banque Mirabaud. Le FMI estime que 100 pays devront réduire leurs dépenses publiques pour affronter ce défi. Mais la politique économique irresponsable des gouvernements ne pousse pas à l’optimisme.

Le véritable objectif de la BCE

L’annulation des dettes est une solution de plus en plus souvent avancée. Elle a été lancée l’an dernier par une centaine d’économistes de gauche à propos de celles détenues par la BCE et présentée comme un moyen d’atteindre des buts sociaux, écologiques, culturels et économiques. Christine Lagarde a refusé, d’autant que ce serait une violation du traité européen, puisque la BCE est indépendante et n’a pas le droit de financer les Etats.

La priorité ultime de la BCE est aujourd’hui comme hier la défense de l’euro et non pas la lutte contre l’inflation. Elle accorde davantage d’attention à ce qu’elle appelle le risque de fragmentation de la zone euro, soit à la convergence des taux (c’est-à-dire à la réduction de l’écart des rendements obligataires entre l’Allemagne et les pays périphériques) qu’à la hausse des prix.

Les dirigeants de la BCE se réuniront prochainement à Sintra, près de Lisbonne, et discuteront du nouvel outil qu’ils sortiront du chapeau pour éviter la fragmentation de la zone euro tout en respectant les contrats. On va retravailler le thermomètre, quitte à mettre à mal les traités, plutôt que s’attaquer aux causes des problèmes.

Ce n’est pas un hasard si l’euro reste faible par rapport au dollar. La présidente de la BCE a répété son intention de ne relever les taux que de 0,25% en juillet. Certains membres évoquent l’idée d’une hausse de 0,5% en septembre. «Mais alors, pourquoi pas 0,5% en juillet? Pourquoi une hausse de 0,5% serait-elle une décision correcte en septembre et inadaptée en juillet?» se demande un économiste de la Bank of America.

L’inflation atteint 8,1% dans la zone euro et les taux à dix ans «traînent» à 1,4% en Allemagne, 2% en France et 3,4% en Italie. L’épargnant détenteur d’obligations perd plus de 5% par an. Les banques centrales ne devraient-elles pas garantir la stabilité des monnaies? Nous sommes plus que jamais dans une répression financière. Certains parlent même de «vol» de l’épargnant.

Une crise de la dette provoquée par la hausse des taux d’intérêt pourrait rendre le thème de l’annulation de la dette plus actuel que jamais. John Plassard, spécialiste en investissements de Mirabaud, laisse la porte ouverte à un tel geste: «Penser qu’il ne faudra pas songer à en débattre un jour, quitte à annuler une partie de la dette pour certains pays (notamment en voie de développement), est une grave erreur. Avec la période de la hausse des taux que nous connaissons actuellement, ce thème central va être débattu sous peu par les banques centrales et les gouvernements».

Quand la Chine vend ses obligations souveraines américaines

Certains Etats sont aussi au plus mal. Non seulement le coût de la dette augmente avec les taux d’intérêt mais les principaux détendeurs de cette dette publique commencent à s’en défaire. Les avoirs de la Chine en bons du Trésor américain ont chuté en avril à leur plus bas depuis 2010, indique la banque Mirabaud. Les montants des réductions font tourner la tête: 1003 milliards de dollars à fin avril 2002, soit un recul de 36 milliards en un mois. La Chine n’est pas la seule dans ce cas. Le recul est de 22,2 milliards pour le Royaume-Uni, 13,9 milliards pour le Japon, 12,8 milliards Hongkong, 10 milliards Taïwan, 2,5 milliards pour la Suisse. Les raisons de ce retrait sont l’objet de discussions, mais si personne ne remplace les banques centrales pour acheter la dette souveraine, les taux d’intérêt accéléreront leur hausse.

L’annulation de la dette des Etats est une règle et non pas une exception, comme l’ont montré Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff dans l’admirable This time is Different, paru durant la crise financière.

Si l’annulation n’est pas l’option choisie, la réduction des dettes s’annonce un exercice périlleux. Personne ne peut imaginer que des Etats tels que la France réduisent leurs déficits. Ce que la Suède a réalisé dans les années 1990 (avec un effet positif pour l’emploi) n’est pas près de se répéter dans la zone euro. Pourtant la hausse des taux d’intérêt place les pays à faible croissance (Italie, France) dans une situation de trappe à dette qui ne peut les mener qu’à la catastrophe, comme l’a expliqué de façon très pédagogique dans une vidéo Charles Gave, président de l’Institut des libertés.

L’étonnante position libertarienne face à une annulation

Les libertariens ne sont pas tous opposés à une annulation de la dette. Aux yeux d’un chercheur de l’Institut Mises, Joseph Solis-Mullen, une telle mesure aurait le double avantage de supprimer le problème du versement des intérêts sur une dette sans cesse croissante, et de «mettre fin au keynésianisme militaire débridé». Pour le chercheur, «la procédure habituelle au Congrès consiste à mener des guerres inutiles et à accumuler des dépenses militaires en faisant marcher la carte de crédit». Il observe que le déficit budgétaire est «d’une taille similaire à celui des dépenses du complexe militaro-industriel».

Comme la dette publique américaine est détenue aux deux tiers par la Fed, des agences publiques et les investisseurs étrangers, les Etats-Unis sont confrontés à un choix difficile: absorber le montant équivalent au budget militaire au bilan de la Fed ou obliger Washington à supprimer le mythe du caractère indispensable du budget militaire. Pour l’auteur, les deux solutions sont préférables au statu quo.

Tel n’est pas mon avis. L’annulation de la dette est une mesure irresponsable. Il en résulterait une atteinte à la propriété et une perte de confiance considérable.

L’inflation réduit de facto la valeur de la dette à un rythme impressionnant. A un taux de 5,7% dans le monde, selon le FMI, elle réduit la dette totale de 17 milliards de dollars par an, soit huit fois le PIB de la France.

L’effet positif de la hausse des prix n’empêche naturellement pas les taux d’intérêt donc le service de la dette de s’aggraver. La solution libérale consiste à réduire le déficit budgétaire en privatisant, comme la Suède, et en réduisant le nombre de fonctionnaires.


- Source : Le Temps (Suisse)

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