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Vendredi, 13 Déc. 2019

« Gilets Jaunes. Ce n’est pas l’acte 52 mais l’acte 2 »

Auteur : Charles Sannat | Editeur : Walt | Vendredi, 15 Nov. 2019 - 15h14

Je disais il y a quelques mois dans un édito consacré à ce sujet, qu’une révolution cela prend du temps, et qu’il ne faut pas confondre le temps long de l’histoire avec notre culture de l’immédiateté et de l’information en temps réel de BFM TV.

La révolution française est un processus qui durera en réalité 10 ans. Elle est traditionnellement placée entre l’ouverture des états généraux, le 5 mai 1789, et le coup d’État du 18 brumaire de Napoléon Bonaparte, le 9 novembre 1799, qui inaugure la période du Consulat et aboutit, cinq ans plus tard, à l’avènement de l’Empire.

Entre temps, Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793 place de la Révolution soit presque 4 ans après le début des événements.

Après un an de mouvement Gilets Jaunes, qui n’a pas cessé en réalité, montrant une motivation inoxydable en dépit d’une répression policière violente, et d’une répression judiciaire réelle, il convient de prendre cette permanence de la « jacquerie » pour ce qu’elle est à savoir un ras-le-bol désormais viscéral de la gouvernance de notre pays.

L’acte II va réellement commencer.

Si tout part d’une hausse de trop sur le gasoil qui touche, avant tout, les petits et les sans-grades, le peuple qui se tait et qui bosse, depuis un an, rien n’a changé.

La seule politique, qui a été menée, a été une politique de communication et de propagande. C’est efficace à court terme. Les élites parisiennes effrayées par le réveil d’un peuple qu’elles ne veulent plus voir, se sont précipitées au service du monarque républicain. La propagande a été massive, accompagnée de répression policière, d’éborgnages hebdomadaires, et de condamnations en comparution immédiate.

C’est très bien. C’est parfait pour nos élites parisiennes qui n’ont pas conscience des forces terribles qui viennent de se réveiller, partout dans ce pays, aussi bien dans ses banlieues que dans ses campagnes.

C’est très bien, c’est parfait, on nous a même organisé des discours appelés « grand débat » ou Mamamouchi Premier, seul au milieu de l’arène (aux spectateurs soigneusement sélectionnés tout de même) monologuait pendant des heures, et des heures.

C’est très bien, c’est parfait, mais il n’y a là rien.

Il ne reste rien de tout cela.

Les grands débats de Macron sont déjà oubliés et je suis persuadé qu’en lisant ces lignes vous allez dire  » ha oui… cela me semble si loin », si loin et si vain… Vide.

Aucune réponse…

Aucune réponse n’a été apportée aux maux de la France, qui pendant cette année, se sont aggravés considérablement. Comme dans toutes les périodes agitées, nous avons des radicalités qui se répondent et qui montent en puissance.

La montée en puissance d’un côté.

L’impuissance politique de l’autre.

Le naufrage de la société française est total.

Total et multiple.

Il est social, il est technique, il est financier, il est ethnique, religieux, scolaire, éducatif. Rien n’y échappe.

Ces naufrages se renforcent et se nourrissent les uns et les autres.

L’impossible convergence à court terme et inéluctable sur le temps long !

Sur le temps court, il est possible aux syndicats de réaliser le « contrôle social » pour lequel ils sont mandatés par le pouvoir. Ils encadrent efficacement le mécontentement. Cette analyse est valable uniquement en situation douce. Lorsque ce qui tiraille la société civile n’est pas trop prégnant.

Nous sommes arrivés à un stade, où nous ne sommes plus dans un situation douce, ou calme, où l’on veut juste négocier une augmentation de la grille des salaires…

En poursuivant une politique de destruction systématique de tout ce qui faisait le pacte social français que nous n’avons – soyons justes – pas du tous les moyens de maintenir dans notre organisation actuelle (pas de souveraineté monétaire, pas de souveraineté douanière), la convergence des « luttes », comme on dit, n’est qu’une question de temps. Nous y sommes. Alors vite… divisons, mais comment si ça converge?

Pour éviter la convergence, il faudra jouer la division « ethnique ».

Au bout de ce processus politico-économique, le pouvoir n’aura plus qu’une carte à jouer. Funeste. En réalité il la joue déjà. C’est le vieux principe du diviser pour mieux régner.

On fait monter le Front national, pardon le Rassemblement national, pour choisir son adversaire. Pour faire cela, il faut appuyer sur les divisions ethniques qui cisaillent notre pays. Des centaines de morts ces dernières années sur notre sol. Dans nos villes.

Nous en sommes arrivés au stade où un vieil homme de 84 ans, avant de tirer sa révérence, décide de tirer sur des concitoyens musulmans. En face, on défile et quelques radicaux font scander Dieu est Grand, alimentant la radicalité de l’autre.

La boîte de pandore est ouverte.

Il n’y a, là, plus de question d’argent.

L’économie s’efface pour devenir ce qu’elle est au fond, à savoir de l’intendance.

Il n’y a, là, que du « tripal », de « l’irrationnel », de l’émotionnel. Les raisons s’effacent, les passions s’enflamment.

Le cocktail le plus dangereux.

La guerre d’Algérie n’a jamais été qualifiée de guerre. C’était « les événements ». Nous sommes entrés dans une ère d’événements, et ce sera pour le plus grand malheur de tous.

E. Macron, comme F. Hollande, ne sera vraisemblablement pas en mesure de se représenter parce que nous passons du côte-à-côte au face-à-face de Gérard Collomb.

La seule question qui devrait occuper nos dirigeants est celle-ci. Comment guérir notre pays avant qu’il ne soit trop tard ? Dieu est grand, mais nos dirigeants sont tellement petits. Tellement petits. Alors, nous n’apporterons aucune réponse, comme durant cette première année de « Gilets Jaunes ».

Le véritable acte 2 va donc pouvoir commencer.


- Source : Insolentiae

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