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Vendredi, 13 Déc. 2019

Comment l’UE et l’OTAN créent des crises et préparent des guerres

Auteur : Ullrich Mies et Nicolas Riedl | Editeur : Walt | Mercredi, 26 Juin 2019 - 11h06

Ullrich Mies, entrepreneur et auteur, a publié un nouveau livre intitulé «Der Tiefe Staat schlägt zu. Wie die westliche Welt Krisen erzeugt und Kriege vorbereitet» [Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres]. Cet ouvrage est une suite de son premier livre intitulé «Fassadendemokratie und Tiefer Staat. Auf dem Weg in ein autoritäres Zeitalter» [Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre. En route vers une époque autoritaire]. Son nouveau livre donne la parole à des auteurs analysant avant tout les dangers de guerre émanant du pouvoir de l’ombre [Deep State].

«Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge».

Interview d’Ullrich Mies accordé à Nicolas Riedl (rubikon)

Nicolas Riedl: Pour quelles raisons avez-vous publié un second livre?

Ullrich Mies: Lors des présentations du livre, j’ai remarqué que nous avions atteint un point névralgique en 2017 avec le titre «Démocratie de façade et pouvoir de l’ombre». Le public a toujours été d’accord avec l’affirmation que nous vivons dans une démocratie de façade. Cependant, les forces se cachant derrière ce gouvernement occulte n’étaient pas reconnaissables pour la plupart des lecteurs. Le premier livre a fourni la réponse à cette question.

Le nouveau livre «Le pouvoir de l’ombre attaque» explique comment les élites au pouvoir ont réussi à détruire les dividendes de la paix de 1990 et comment elles ont réussi à conduire le monde dans un nouvel Etat d’avant-guerre. J’adopte également une approche beaucoup plus globale du terme anglais «Deep State» que celle généralement admise: je le décris comme l’espace sombre du pouvoir. Certaines parties sont visibles, les parties essentielles ne le sont pas. Dans cette espace sombre, la lutte des classes est organisée d’en haut. Les acteurs du pouvoir de l’ombre ne sont ni élus ni ne peuvent être destitués. Ces derniers sont les représentants du modèle radical de marché du capitalisme occidental. Les idéologues néoconservateurs y jouent un rôle décisif. Le pouvoir de l’ombre et les acteurs néoconservateurs ne peuvent être séparés.

Dans le livre «La démocratie de façade et le pouvoir de l’ombre» la perspective internationale du pouvoir de l’ombre manquait. Dans «Le pouvoir de l’ombre attaque. Comment le monde occidental produit des crises et prépare des guerres», je présente un recueil de contributions dont les 16 auteurs montrent comment les élites occidentales au pouvoir ont érodé l’ordre international dans un processus commencé depuis d’environ 25 ans.

Quels auteurs avez-vous trouvés pour le nouveau livre?

Les personnes ayant contribué à cet ouvrage sont, dans l’ordre de la table des matières, Rainer Rupp, Eugen Drewermann, Jochen Scholz, Hannes Hofbauer, Tilo Gräser, Annette Groth, Kees van der Pijl, Chris Hedges, Nicolas J. S. Davies, John Pilger, Ullrich Mies, Vladimir Kozin, Wolfgang Jung, Aktham Suliman, Mohssen Massarrat et Ernst Wolff. Comme vous le reconnaissez aux noms, j’ai pu attirer un certain nombre d’auteurs étrangers, notamment des Etats-Unis. Avec Vladimir P. Kozin, il y a également un éminent expert russe s’occupant des questions du contrôle des armements depuis de nombreuses décennies.

Que souhaiteriez-vous transmettre à vos lecteurs?

A travers l’analyse des événements politiques internationaux, l’ouvrage vise à contribuer à une meilleure compréhension des bouleversements actuels sur la scène internationale. Après l’avoir lu, le lecteur comprendra mieux certains développements politiques, notamment les relations de l’Occident avec la Russie. J’explique, par exemple, pourquoi l’affirmation propagandiste de l’Occident selon laquelle la crise de Crimée était un acte arbitraire de la Russie n’est pas correcte. Ce n’était rien de plus que le résultat du processus d’élargissement vers l’Est entrepris par l’OTAN et l’UE depuis 25 ans. La prétendue politique étrangère de l’Occident et son industrie de la désinformation détourne délibérément les événements de l’époque récente ayant conduit au désaccord avec la Russie.

Cependant, celui qui ne comprend pas l’histoire contemporaine comme une chaîne de décisions et d’événements et ne tient compte que du dernier chaînon – comme la sécession de la Crimée – ne comprend rien du tout. Les élites dirigeantes occidentales sont les initiatrices principales des conflits et des guerres sur notre terre.
De nombreux hommes politiques honorables ayant, après la chute du mur de Berlin, joué un rôle décisif comme architectes de la Maison commune d’une Europe pacifique et unie, sont décontenancés face à la politique actuelle du gouvernement fédéral allemand à l’égard de la Russie.

Je ne nie pas l’existence, aujourd’hui comme dans le passé, de politiciens honnêtes. Cependant, il est fort rare de trouver de tels politiciens dans les instances dirigeantes. Majoritairement, ce sont avant tout des opportunistes et des apparatchiks corrompus ayant uni leurs forces à celles du pouvoir économique et financier. Ils ne s’occupent en rien de la population en général, de l’environnement et de la paix dans le monde. La Conférence de Munich sur la sécurité et l’une de ces scènes ou se retrouvent les bellicistes occidentaux. L’auteur Tilo Gräser se concentre dans son article sur la conférence de l’année 2018.

Revenons à l’occasion historiquement unique suite aux événements de 1989: la destruction des dites dividendes de la paix après 1990/91 a suivi un scénario écrit par les cadres néoconservateurs de l’Etat profond des Etats-Unis. Après la disparition de la concurrence des systèmes USA/URSS, les néoconservateurs américains avaient carte blanche, notamment sous le président Bush junior. Après une phase d’orientation, ils ont vu leur chance de revitaliser l’entière domination mondiale par les Etats-Unis, un concept existant depuis environ 100 ans.

Comment le monde occidental a-t-il pu retomber dans une spirale de méfiance, de course aux armements et de dissuasion mutuelle après les expériences de la guerre froide? Quelle est la probabilité d’une escalade de tensions entre l’Ouest et l’Est?

La raison première des distorsions sur la scène internationale est la prétention des Etats-Unis à dominer le monde. Les Etats-Unis définissent le monde entier, en particulier l’espace eurasien, comme leur intérêt sécuritaire. Mais cela va bien au-delà. La prétention américaine à la domination du monde s’appuie sur l’idéologie de la «full-spectrum-dominance» et comprend désormais, outre les trois armées traditionnelles armée de terre, armée de l’air et marine, d’autres armes: «space», «cyberspace», «guerre de l’information» ainsi que la surveillance totale.

De même, l’admission continuelle de nouveaux pays dans l’alliance de l’OTAN sert l’expansion de l’idéologie et des domaines de pouvoir des Etats-Unis jusqu’aux fins fonds de la zone eurasiatique. De 1990 à aujourd’hui, les impérialistes transatlantiques ont procédé en plusieurs phases.

Il y a d’abord eu une phase d’orientation de l’alliance et de recherche de nouvelles tâches de 1990 à 1993, suivie de la revitalisation de la revendication américaine au leadership mondial, du maintien de du renforcement de cette domination et de la consolidation des plans d’expansion de l’OTAN de 1994 à 1998, puis de 1999 à 2001, la première phase d’agression, notamment la guerre en Yougoslavie, le 11-Septembre, la «guerre contre le terrorisme», la guerre contre l’Afghanistan et la première phase de l’expansion de l’OTAN avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.

La deuxième phase de l’agression est selon mon point de vue, la période 2002–2010. C’est la consolidation de la domination mondiale revendiquée par les Etats-Unis, l’annulation du traité ABM, les guerres contre l’Irak, la Libye, la Géorgie, les deux phases d’élargissement de l’OTAN avec l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, puis l’Albanie et la Croatie.

La troisième phase de l’agression est à mon avis la période allant de 2011 à 2013 avec le début de la guerre en Syrie et l’hostilité ouverte contre la Russie. Au cours de ces années, ont lieu divers manœuvres militaires et le déploiement d’armes lourdes aux frontières russes.

La quatrième phase commence selon moi en 2014 avec le coup d’Etat en Ukraine, l’escalade de la guerre en Syrie, les guerres de propagande, le régime des sanctions et de la guerre économique, la russophobie, les manœuvres militaires excessifs, l’armement, la dénonciation du traité nucléaire avec l’Iran et du traité FNI. La quatrième phase de l’élargissement de l’OTAN avec le Monténégro en 2017 s’inscrit également dans cette perspective.
Nicolas S. Davies présente dans sa contribution les traces de sang laissées par les Etats-Unis dans leurs guerres depuis le 11-Septembre. Son résultat est le suivant: les guerres menées par les Etats-Unis depuis 2001 ont coûté la vie à entre 5 et 7 millions de personnes.

A mon avis, les élites néoconservatrices de la politique étrangère américaine ainsi que leurs vassaux transatlantiques en Allemagne et dans d’importants Etats membres de l’UE ont conduit les peuples dans d’innombrables pays – même en Europe – à cette tragédie. Kees van der Pijl a préparé une contribution intéressante sur ces liens intitulée: «L’axe du mal – la NeoCon-Connection US/Israël».

La Suède a récemment publié une série télévisée sur une invasion de la Norvège par la Russie. Est-ce une coïncidence ou pensez-vous qu’on veut ainsi renforcer le climat russophobe?

Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis de 1933 à 1945, a dit un jour: «Rien n’arrive par hasard en politique. Si quelque chose se passe, vous pouvez être certain que cela a été planifié ainsi.» En clair: tout est intentionnel. La Norvège, la Suède et la Finlande sont d’une grande importance pour les stratèges de l’OTAN et une potentielle guerre contre la Russie. Le fait que deux secrétaires généraux de l’OTAN d’affilée soient des Scandinaves, Jens Stoltenberg et son prédécesseur Fogh Rasmussen, n’est pas non plus un hasard. Cela sert à lier ces pays à l’OTAN.

Le climat russophobe a été et est toujours créé avec toutes les techniques de propagande disponibles. L’infiltration culturelle et militariste du public à l’aide de films, de séries télévisées, de publicité, d’affiches grand-format, etc. est très importante. Ce sont des techniques subtiles ne manquant pas d’avoir un effet dans le subconscient des masses. Ainsi, le mauvais Russe est de manière subliminale ancré dans la conscience des masses. La plupart des gens ne reconnaissent pas les techniques perfides du pouvoir, car ils ne peuvent même pas penser aussi malicieusement que les élites. Le climat russophobe fait partie de l’installation de la «guerre froide 2.0».

Les habitants du nord et de l’est de l’Allemagne vivent le réarmement et le déplacement de matériel militaire lourd vers l’Est dans la vie quotidienne, par exemple les camions militaires dans les rues. Les wagons de marchandises chargés de blindés ont désormais la priorité face aux transports de voyageurs de la Deutsche Bahn. L’UE veut investir 6,5 milliards d’euros pour rendre les routes et les voies ferrées appropriées au déplacement de chars vers l’Est. Pouvez-vous comprendre que les pays de l’ancien bloc de l’Est se félicitent de ces développements?

Certes, les habitants des pays de l’ancien bloc de l’Est sont encore conscients de l’aversion pour tout ce qui est russe. Selon moi, ce qui est plus déterminant c’est l’alignement mental des élites politiques d’Europe de l’Est sur l’idéologie transatlantique américaine, suite à des investissements à long terme et une multitude de programmes de soutien, de bourses d’études, de séjours de recherche, de connexions et de réseaux.

L’Allemagne joue un rôle particulier en étant devenu un pays de transit pour les armes lourdes. C’est aussi un dépôt d’armes nucléaires, une plate-forme logistique, un site pour quelque 40 000 militaires américains, un centre de contrôle pour les assassinats par drones dans le monde entier, un site pour Africom et Eucom. Dans son nouveau livre, Wolf­gang Jung explique que l’Allemagne sera avant tout un futur champ de bataille. Je trouve extrêmement troublant, voire insidieux, que le dit establishment de politique étrangère de l’Allemagne ne tienne pas compte de ces faits.

Ne devrait-il pas être clair pour tous les citoyens de l’ancien bloc de l’Est pensant logiquement que, du point de vue de la Russie, il serait totalement suicidaire d’attaquer un de ces pays ou même de l’annexer?

Prêter à la Russie l’intention d’attaquer n’importe quel pays est une propagande diabolique du complexe occidental de renseignement et de communication. Ce n’est pas la Russie qui s’est rapprochée du continent américain ou de l’UE avec sa puissance militaire, mais c’est l’OTAN qui étouffe la Russie. Un coup d’œil sur la carte géographique suffit pour démasquer la propagande comme un mensonge.

Jusqu’en 1977, il était prévu de détruire l’URSS avec 10 000 armes nucléaires. Cet esprit de folie existe-t-il encore aujourd’hui?

Bien sûr, cet esprit de folie persiste, et les fous, pour rester dans l’image, disposent du pouvoir de faire de leurs idées une réalité. Ou bien pensez-vous que les peuples seraient si fous au point de s’anéantir mutuellement ou de menacer la planète d’extinction nucléaire?

Cet esprit maléfique continue d’exister. Pour exercer la pleine terreur nucléaire, les Etats-Unis veulent mettre à disposition plus de 1200 milliards de dollars dans les 30 prochaines années. Les sociopathes et les psychopathes se perdant dans les jeux de stratégie d’extermination représentent un énorme danger pour l’humanité. La population ne devrait jamais oublier: les responsables politiques de toute cette folie se trouvent dans les gouvernements. Ceux-ci extorquent l’argent du peuple par des propos alarmistes et la production d’ennemis pour l’investir dans cet appareil d’extermination. Vladimir P. Kozin nous offre des informations à ce sujet dans sa contribution intitulée «La nouvelle guerre froide et l’escalade planifiée USA/Europe contre la Russie». Afin de comprendre toute cette folie, je fournis moi-même quelques aspects dans ma contribution intitulée «Comment la communauté de valeurs occidentale a installé la guerre froide 2.0».


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