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Lundi, 20 Nov. 2017

Saakachvili futur président ukrainien? ou le nouveau tournant du projet « Ukraine »

Auteur : Karine Bechet-Golovko | Editeur : Walt | Mercredi, 13 Sept. 2017 - 15h14

On prend les mêmes, on mélange un peu et on recommence. Le projet « Ukraine » n’en finit pas de nous étonner. Après avoir embauché des politiciens américains et européens aux postes de ministres, après avoir recyclé les anciens présidents de l’espace post-soviétique des révolutions de couleurs antérieures, l’Ukraine va-t-elle se doter d’un Président étranger?

Saakachvili, déchu de sa nationalité ukrainienne fraîchement acquise après une fuite honteuse de Géorgie (dont il fut l’inoubliable Président), entre en force – et en sauveur – sur le territoire ukrainien, béni par la presse occidentale, soutenu par des forces sérieuses. Pour ceux qui avaient encore un doute, l’Ukraine indépendante n’entre pas dans le jeu occidental.

Le retour de Saakachvili, déchu de sa nationalité ukrainienne, violant les règles d’entrée sur le territoire ukrainien, encadré par la presse occidentale, protégé par le bataillon punitif Donbass (qui ne travaille pas gratuitement et jamais « pour la cause »), fait trembler le petit protectorat ukrainien. Et Kiev n’y peut rien. Au moins, Yanukovitch avait encore une machine étatique pour tenter de défendre le pays contre un coup d’Etat, Porochenko l’a lui-même détruite. Si les sponsors occidentaux décident de mettre Saakchvili sur le trône, Poroshenko ne pourra rien y faire et devra courir très vite (mais où?).

Ainsi, Saakachvili, bien entouré d’hommes forts et de journalistes étrangers prend le train en Pologne, pour aller à Kiev, en passant par Lvov. Il n’a évidemment pas les documents lui permettant de passer la frontière, ce qui permet de provoquer le scandale international voulu par l’Occident.

Voici les hommes accompagnant Saakachvili, des membres du Bataillon punitif Donbass ont été repérés. En général, les gros-bras de l’homme providentiel ont une furieuse tendance à détourner la tête dès qu’un objectif indiscret se rapproche. Pourquoi?

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Mais le train ne part pas, une annonce est faite: il ne peut démarrer en raison de la présence d’un passager qui ne possède pas les titres lui permettant de franchir la frontière ukrainienne. Le train est donc bloqué en attendant que ce passager descende. Et ce pendant deux heures. Les gens attendent. Et Saakachvili continue son opération de com devant les journalistes étrangers: mais voyons, c’est l’UE, on n’a jamais vu ça, vous voyez, je suis un opprimé du régime ukrainien. Tout est dans les images, regardez:

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Ici, la Pologne va jouer son traditionnel rôle de pion docile des intérêts atlantistes au sein de l’UE. Le ministère des affaires étrangères polonais et le Parlement font pression sur l’Ukraine pour qu’elle laisse passer le train avec tous les passagers à bord et que Kiev se débrouille à Kiev de régler le problème du passeport de Saakachvili. A l’intérieur du pays, notre héroïne Timoshenko reprend du service, toujours du même côté, et condamne l’attitude du pouvoir. Mais rien n’y fait, Kiev ne flanche pas.

Bref, Kiev est mis dans la même situation que l’Ukraine de Yanukovitch: un pouvoir rétrograde qui ne comprend pas les valeurs européennes. Et pour expliquer ce que sont les valeurs européennes, est envoyé … le clown Saakachvili. De pire en pire.

Ici aussi, le pays ne doit et ne peut ni avoir le contrôle de sa frontière, qui doit être violée publiquement et violemment, ni de l’octroi de sa nationalité, qui est un instrument lui aussi globalisé. Ce sont bien les attributs de l’Etat qui sont publiquement niés.

Bref, Saakachvili, finalement, prend le bus, avec ses journalistes occidentaux et sa cohorte pour changer de poste-frontière d’arrivée et se retrouver à Medyka, où l’attend Timochenko, l’égérie des révolutions ukrainiennes qui fait ainsi son grand retour. Les gardes-frontières polonais, alors que Saakachvili n’a aucun titre lui donnant droit d’entrer en Ukraine, le laissent passer. Les gardes-frontières ukrainiens font un cordon pour bloquer son passage. L’homme providentiel donne à nouveau une conférence et ses partisans, bien entraînés, du côté ukrainien, commencent à pousser dans tous les sens, les gardes-frontières sont dépassés, les gros-bras en profitent pour atteindre en force Saakachvili au milieu des gardes-frontières et une bagarre générale éclate. Dans la confusion, très professionnellement, l’ancien Président géorgien est exfiltré et apparaît sur le territoire ukrainien. 11 policiers ukrainiens sont blessés, une affaire pénale est ouverte contre Saakachvili et ses « amis ».

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Autrement dit, c’est une opération très bien préparée, techniquement et médiatiquement. Les soutiens sont là, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les forces de l’ordre ukrainienne sont totalement dépassées lorsqu’il y a un réel problème à régler et qu’elles doivent le régler seules, c’est-à-dire ne pas agir sous tutelle occidentale. Ce pays s’effondre dès qu’il doit s’assumer. Ce qui montre bien que l’Ukraine est incapable de mener elle-même sa guerre civile contre le Donbass, autrement complexe, sans tutelle occidentale.

Et la communication sur l’Ukraine vient de prendre un virage à angle droit. L’Ukraine de Porochenko n’est pas occidentale, elle est anti-démocratique,etc. D’une certaine manière, c’est vrai. Mais pas pour les raisons avancées. L’Ukraine n’est pas anti-démocratique, parce qu’elle ne se plie pas au diktat occidental, Occident qui pour des raisons très particulières, a besoin de Saakachvili en Ukraine et  d’une Ukraine docile et totalement soumise, mais parce qu’une minorité violente impose ses vues à une majorité soumise, parce qu’elle viole en permanence les règles de l’état de droit. Ici aussi, comme à l’époque du Maïdan, la critique est fondée, mais instrumentalisée dans un but qui n’a rien à voir avec l’intérêt du pays.

Les images, puisque tout passe par l’image aujourd’hui, de la presse française annoncent ce virage: Saakachvili, victime du « régime » ukrainien.

Ainsi peut-on lire dans la presse française, elle parfaitement docile.

Donc, c’est officialisé, Saakachvili vient sauver l’Ukraine de la corruption, veut participer aux élections présidentielles et c’est la raison pour laquelle le pouvoir s’attaque à lui. Oui, Saakachvili, inculpé en Géorgie pour abus de pouvoir et détournement de fonds. Ce qui montre le côté totalement absurde de la lutte contre la corruption et sa totale instrumentalisation, tant politique que géopolitique dans l’espace post-communiste. Sans parler du recyclage constant de la même rhétorique. On a l’impression de lire un article sur la Russie, ironie du sort!

Le Point se lance lui aussi dans la danse et il est possible de lire que Saakachvili est le seul à pouvoir sortir l’Ukraine de la crise:

Ce qui est regrettable, ici comme ailleurs, est le parti pris des journalistes qui retranscrivent sans chercher plus loin les infos qui leurs sont données. Ainsi, l’on peut lire:

Craignant des « provocations », l’ex-président géorgien, parti dimanche en bus avec des journalistes, a décidé de changer de route et est monté en début d’après-midi dans un train à destination de Kiev pour tenter de rentrer en Ukraine. Initialement, il devait entrer par la route par le poste-frontière à Korczowa.

« Il y a des plans de provocations », a-t-il déclaré en évoquant « plusieurs centaines de gros bras » mobilisés par le gouvernement du côté ukrainien pour expliquer sa décision de dernière minute de changer de route et de moyen de transport.

Mais étrangement, les journalistes ne parlent pas du Bataillon Donbass qui a organisé un camp de tentes, oui le même que l’on retrouve dans toutes les révolutions en couleur, pour attendre l’Elu.

Ici les partisans de Saakachvili avec le chef de guerre du bataillon punitif Donbass Semen Semenchenko:

 

Ils étaient bien armés et parfaitement équipés, comme cela se voit sur la vidéo

Seul, Saakachvili n’a aucunement les moyens d’organiser une telle opération médiatique et un tel coup de force. Il a donc des soutiens qui ne sont pas satisfaits du cours politique mené par Kiev et veulent aller encore plus loin. Il n’y a finalement pas de quoi se réjouir. A ce rythme-là, ils vont nous faire regretter Poroshenko … Ce qui est plus qu’inquiétant. En revanche, le point positif de toute cette mascarade est la démonstration flagrante de la faible capacité en homme des sponsors de l’Ukraine, on ne voit que les mêmes têtes tourner dans l’espace post-soviétique. Etre obligé de faire du recyclage de bas niveau est le signe flagrant de leur difficulté à recruter.

Photo d'illustration: Saakachvili et Timochenko se lancent à l'assaut du pouvoir


- Source : Russie politics

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