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Petite pensée pascale : Que reste-t-il du christianisme ?

Auteur : Kookaburra | Editeur : Stan | Mercredi, 27 Mars 2013 - 19h33

On peut regarder le christianisme du point de vue de la foi ou de celui de l’incroyance. Ce dernier point de vue est non seulement valable, mais il est éclairant. Valable, car l’Evangile offre prise à l’histoire, les homélies qui le composent n’étant pas de pures légendes. Eclairant, parce que le non-croyant a un autre regard que son frère chrétien ; ses préjugés sont différents ; ses tentations opposées, et, finalement, ses conclusions risquent d’être à la fois plus ouvertes et plus circonspectes. De toute façon, le Nouveau Testament n’appartient pas aux seuls croyants, et chacun peut y trouver son bien.

Il ne s’agît pas de savoir si ce que on lit est exact, mais si c’est beau, si c’est convaincant. L’Evangile, malgré ses difficultés, nous fait pénétrer dans une vérité humaine supérieure où les ombres et les conflits ne sont pas absents, mais qui, en fin de compte, débouche dans la lumière et la paix d’un amour universel à laquelle il est difficile de résister. Le croyant comme le non-croyant perçoivent que les paroles de Jésus sont justes et que ses commandements sont raisonnables. Peu importe de savoir si le récit est vrai ou pas. L’important c’est que depuis vingt siècles Jésus reste vivant parce que ses disciples ont ressenti l’évidence intérieure que leur maître n’avait pas disparu et qu’ils se devaient de prendre le relais ainsi qu’ils en avaient reçu la consigne.

Croyant ou non-croyant, chacun pressent que Jésus a atteint un tel sommet que les portes de la mort s’en sont trouvées ébranlées, et que la justice a cédé le pas à l’amour. Chacun devine que l’objection de conscience a trouvé ses assises et que César n’aura jamais le dernier mot, que la non-violence de Jésus a jeté un discrédit définitif sur le « croit ou meurs? » des tyrans. Avant de devenir éventuellement l’opium de la multitude, le christianisme a été, à son origine, un foyer de résistance à toutes les dictatures. Ni Néron, ni Hitler, ni Staline, ne s’y sont trompés.

Croyant ou non-croyant, le message de fraternité et d’égalité du christianisme ne peut laisser indifférent que ceux qui ignorent l’histoire ou qui confondent la spiritualité avec des querelles doctrinales intestines. Si nous ne sommes plus attachés à la vérité d’un Dieu unique, assortie de ses dogmes et des instituions qui la consacrent, nous sommes attachés pourtant à l’univers culturel dont cette vérité a suscité au cours des siècles le déploiement.

En conclusion, j’aimerais citer un extrait du beau livre d’Umberto Eco : « Croire en quoi ? » L’extrait est un peu long mais il vaut la peine à être lu. Il s’agit d’une discussion entre Umberto Eco et le cardinal Carlo Martini. C’est Umberto Eco qui parle :

 

« ?Mais vous dites que, sans l’exemple et la parole du Christ, toute éthique laïque manquerait d’une justification de fond qui ait force de conviction inéluctable. Pourquoi priver le laïc du droit de se prévaloir de l’exemple du Christ qui pardonne ? Essayez, Carlo Maria Martini, pour le bien de la discussion et de la confrontation auxquelles vous croyez, d’accepter pour un instant seulement l’hypothèse que Dieu n’existe pas? : que l’homme soit apparu sur terre par une erreur du hasard maladroit, livré à sa condition de mortel, non seulement, mais condamné à en avoir conscience, et qu’il soit par conséquent le plus imparfait de tous les animaux (…).

Cet homme, afin de trouver le courage d’attendre la mort, deviendrait nécessairement un animal religieux et aspirerait à construire des narrations capables de lui fournir une explication et un modèle, une image exemplaire. Et parmi toutes celles qu’il imagine, les unes lumineuses, les autres terribles, les autres pathétiquement consolatrices, il a, en parvenant à la plénitude des temps, à un moment donné, la force, religieuse, morale, poétique, de concevoir le modèle du Christ, de l’amour universel, du pardon des ennemis, de la vie offerte en holocauste pour le salut d’autrui.

Si j’étais un voyageur venu de lointaines galaxies et que je découvre une espèce ayant su proposer un tel modèle, j’admirerais, subjugué, tant d’énergie théogonique, et cette espèce infâme et misérable, qui a commis tant d’horreurs, je la jugerais rachetée par le seul fait qu’elle ait réussi à croire et à désirer que cela soit la Vérité…

Abandonnez maintenant cette hypothèse et laissez là à d’autres? : avouez pourtant que si le Christ n’était que le sujet d’un grand récit, le fait que ce récit ait été imaginé et voulu par des bipèdes démunis, qui savent seulement qu’ils ne savent pas, serait tout aussi miraculeux (miraculeusement mystérieux) que le fait que le fils d’un Dieu réel se soit vraiment incarné. Ce mystère naturel et terrestre ne cesserait de troubler et d’anoblir le cœur du non-croyant.

C’est pourquoi je considère que, sur les points fondamentaux, une éthique naturelle – respectée dans la profonde religiosité qui l’anime – peut se confronter aux principes d’une éthique fondée sur la foi dans la transcendance, laquelle ne peut manquer de reconnaître que les principes naturels ont été sculptés en notre cœur, à partir d’un programme de salut. S’il reste – et il en reste bien sûr – des points marginaux qui ne coïncident pas, cela arrive aussi dans la confrontation entre des religions différentes. Et dans les conflits de Foi, ce qui doit prévaloir, c’est la Charité et la Prudence. »

(Extrait de Umberto Eco. : Croire en quoi ?)


- Source : Kookaburra

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