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Jeudi, 18 Avr. 2024

De Villepin dénonce le «deux poids deux mesures» de la France sur l’Ukraine et Gaza

Auteur : Ümit Dönmez | Editeur : Walt | Vendredi, 01 Mars 2024 - 11h20

L’ancien Premier ministre français estime que son pays est en train de «perdre la bataille de la crédibilité» à l’échelle internationale.

L’ancien Premier ministre et chef de la Diplomatie française, Dominique de Villepin, estime que la France «pratique un deux poids deux mesures» sur les conflits en Ukraine et au Proche-Orient.

L’ancien diplomate de métier était l’invité, ce jeudi, de BFMTV, pour évoquer les questions internationales.

Gain de crédibilité de Moscou

Faisant état d’une «acquisition de crédibilité» opérée par la Russie dans l’arène mondiale, Dominique de Villepin a estimé que Moscou «a réussi, que ce soit sur l’Ukraine ou que ce soit sur le Proche-Orient, sur Gaza, à gagner une partie de l’opinion internationale, le soutien d’un certain nombre d’États, dans le cadre des Nations unies, dans le cadre d’un certain nombre d’organisations».

En opposition à cette progression diplomatique de la Russie, l’ancien Premier ministre français a estimé que son pays est «en train de perdre la bataille diplomatique mondiale, la bataille de l’influence, la bataille de la crédibilité». «Et, c’est en cela que nous devons corriger nos erreurs. Nous avons pratiqué le deux poids deux mesures entre l’Ukraine et le Proche-Orient et nous devons corriger cela», a-t-il ajouté.

Deux poids, deux mesures

Interrogé sur ce qu’est ce «deux poids deux mesures», De Villepin a déclaré : «nous défendons le droit international en Ukraine : il y a eu une agression russe, nous ne pouvons pas l’accepter et nous ne devons pas permettre à la Russie de gagner en Ukraine, c’est clair. C’est une position simple», a-t-il souligné.

«À Gaza, nous devons défendre une solution politique, même si aujourd’hui, nous voyons bien qu’Israël fait tout pour éviter que cette solution politique d’un État palestinien indépendant n’arrive pas sur la table. C’est la seule façon de rétablir…», avant d’être interrompu par Apolline de Malherbe lui demandant «qui est l’agresseur».

«Dans le cas du Proche-Orient, je parle du respect du droit international. Il n’y a pas eu respect du droit international par Israël. La question du 7 octobre, je ne la discute pas, et je crois que personne ne peut sérieusement la discuter, mais au-delà de ce drame, il y a une question de respect du droit international, de justice à rendre au peuple palestinien», a-t-il déclaré.

«Mettre des actes derrière les mots»

Suite à la question de la journaliste sur ce que devrait être «le rôle de la France», Dominique de Villepin a estimé que «la France doit d’abord souligner l’importance d’arriver à un cessez-le-feu et à un accord humanitaire» au Proche-Orient, l’ancien Premier ministre rappelant les 31 000 morts militaires en Ukraine récemment annoncés par le président Volodymyr Zelensky.

«Aujourd’hui, nous sommes en train de dépasser les 30 000 morts civils à Gaza, des enfants, des femmes», a-t-il ensuite rappelé, soulignant également les «problèmes d’eau, d’alimentation, d’assainissement» qui affectent la bande de Gaza ainsi que les «épidémies qui sont en train de se multiplier».

«Tous ces éléments soulignent le véritable drame qui est en train de se jouer à Gaza», a souligné l’ancien chef de la Diplomatie française.

«Oui, la France doit être leader. Oui, nous devons être capables de mettre des actes derrière des mots. La question est de savoir comment nous faisons pression sur Israël pour faire en sorte qu’Israël change cette stratégie», de bombardement indiscriminé de l’enclave palestinienne et de refus d’un cessez-le-feu.

L’image de la France à l’international

«Israël ne veut pas véritablement d’un cessez-le-feu durable. Il y a aujourd’hui, dans la période du Ramadan, l’hypothèse d’un cessez-le-feu qui pourrait intervenir, mais Benyamin Netanyahou rappelle qu’il y aura une offensive qui se déroulera sur Gaza, et en particulier sur Rafah où sont concentrés 1,5 million de personnes, ce qui fera des ravages absolument considérables», souligne De Villepin.

«Ces massacres-là sont vus en direct, par les deux tiers de l’humanité. Nous ne pouvons pas ne pas prendre en compte cette vision parce qu’elle pèse aussi sur la vision qu’ils ont de ce que nous sommes, de ce que nous faisons nous-mêmes en Europe», estime encore l’ancien Premier ministre français.

«Quand nous insistons sur le caractère tragique de ce qui se passe en Ukraine, ce que je partage, quand nous dénonçons l’attitude de Vladimir Poutine, nous donnons le sentiment de nous intéresser à nos propres affaires, à notre Europe, alors que nous ne bougeons pas quand il s’agit de la question soudanaise, quand il s’agit de la question du Congo (RDC) où dans l’est du Congo, là aussi, de véritables drames se jouent. Nous devons traiter les problèmes du monde en conscience et nous devons être leaders, pas les acteurs», estime De Villepin.


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