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Samedi, 25 Mai 2024

Pour Reporters sans frontières la censure c’est la liberté d’expression, et la mort de journalistes russes ne compte pas

Auteur : Christelle Néant | Editeur : Walt | Vendredi, 22 Déc. 2023 - 16h25

Dans le rapport annuel de l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF) sur les journalistes tués dans le cadre de leur travail en 2023, la mort de deux journalistes russes, tués dans la zone de l’opération militaire spéciale a tout simplement été effacée du décompte, comme si leur mort ne comptait pas. Mais après tout, cela n’a rien d’étonnant de la part d’une officine qui appelait dès 2022 à censurer les médias russes sous prétexte de protéger la liberté d’expression.

Dans son rapport 2023 sur les violences faites aux journalistes dans le monde, Reporter Sans Frontières liste les journalistes tués dans l’exercice de leur travail, à l’échelle mondiale, puis par zone ou pays. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’en 2023, seuls deux journalistes seraient morts dans la zone de l’opération militaire spéciale, et aucun n’est russe.

 

Or, ceux qui suivent l’actualité de l’opération militaire spéciale savent que cette année, deux journalistes russes ont trouvé la mort dans l’exercice de leur travail : Rostislav Jouravlev qui travaillait pour RIA Novosti, tué en juillet, et Boris Maksoudov, qui travaillait pour Rossiya 24, mort en novembre.

Étonné par cet «oubli», le média russe Sputnik a demandé une explication à Reporters Sans Frontières, qui a refusé de commenter sous prétexte que c’était contraire à sa politique éditoriale de répondre à «ce type de média». Lorsque le journaliste de Sputnik a demandé de quel type de média elle parlait, la représentante de Reporters Sans Frontières a ignoré la question et a mis fin à la conversation en raccrochant.

D’ailleurs il n’y a pas que les journalistes russes travaillant dans la zone de l’opération militaire spéciale qui sont oubliés par RSF. Le journaliste Pablo González, détenu sans procès en Pologne depuis un an et demi, fait lui aussi partie des grands absents du rapport de l’organisation (partie «Les journalistes détenus»).

En clair, pour Reporters Sans Frontières, il y a des vies de journalistes qui comptent, et d’autres sur lesquelles l’organisation peut fermer les yeux. Pour les nazis il y avait la race supérieure et les sous-hommes (Untermenschen), pour RSF il y a les journalistes et les sous-journalistes (Unterjournalisten).

S’il vous semble exagérer que je fasse de tels parallèles avec les heures les plus sombres de notre histoire, regardons un peu les actions de Reporters Sans Frontières pour comprendre que cette organisation applique les principes propagandistes fascistes dénoncés dans 1984. Aux classiques «la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force», Reporters Sans Frontières a ajouté «la censure c’est la liberté d’expression».

En effet, en 2022, après le lancement de l’opération militaire spéciale par la Russie, suite à l’intensification brutale des bombardements de l’armée ukrainienne contre les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL), et les plans de Kiev de reprendre les territoires de deux républiques par la force, Reporters Sans Frontières a demandé sans aucune honte à l’ARCOM d’obliger Eutelsat à cesser la diffusion via ses satellites des bouquets de chaînes russes.

En clair, RSF a demandé la censure pure et simple de tout un groupe de chaînes russes au nom du respect d’une «convention internationale qui impose le respect du droit à la liberté d’expression et d’information». La censure c’est la liberté d’expression. La guerre c’est la paix. «1984» dans toute sa splendeur.

Bien sûr pour que ça passe auprès de ceux qui tiqueraient sur cette antilogie, Reporters Sans Frontières justifie cela en disant que ces chaînes font de la désinformation et de la propagande, et surtout de «l’incitation à la haine et à la violence contre la population ukrainienne, appels à l’extermination massive, appels au meurtre de dirigeants, voire incitation au génocide». Appel au génocide carrément. Mais où en fait ? Où sur Rossiya 1, Perviy Kanal ou NTV, les employés de RSF ont vu ce qu’ils dénoncent ? Il n’y a pas un seul lien vers une preuve tangible de leurs accusations contre les chaînes russes. Pourtant si c’était une pratique généralisée il ne devrait pas être bien difficile de fournir quelques exemples.

Par contre, j’aimerais attirer l’attention de Reporters Sans Frontières, sur les propos relevant de l’incitation à la haine et à la violence contre la population russe, les appels au meurtre de dirigeants russes, et les appels à l’épuration ethnique des Russes de Crimée que l’on a pu entendre à plusieurs reprises sur des chaînes bien françaises !

Par exemple, LCI qui a parlé dans le plus grand calme de mener une épuration ethnique en Crimée contre les Russes qui y habitent.

LCI toujours, où une intervenante a sorti avec le soutien d’un de présentateurs que les Russes sont des cafards, dans la plus pure tradition de déshumanisation que les nazis ont utilisés contre les juifs et contre tous ceux qu’ils voulaient éliminer (c’est la première étape nécessaire pour génocider tout un groupe de personnes : leur retirer leur humanité, les comparer à des parasites, pour justifier de les exterminer).

 

Quand le journal Die Welt a appelé à tuer Vladimir Poutine, je n’ai pas vu RSF lever le petit doigt pour dénoncer cette violation de la convention internationale. Pareil quand l’amiral Vichot soutient cette même idée sur LCI (encore et toujours la même chaîne décidément).

 

Dans tous ces cas-là (et dans bien d’autres que je vous épargne) bizarrement, RSF n’a pas saisi l’ARCOM pour faire cesser ces propos honteux, ni appelé à la censure pure et simple de la chaîne française incriminée. Je me demande bien pourquoi…

Surtout que LCI, comme bien d’autres chaînes françaises s’est vautrée dans la désinformation la plus crasse depuis le début de l’opération militaire spéciale. Dois-je rappeler le coup des soldats russes se battant à coups de pelles faute de munitions, les multiples cancers de Vladimir Poutine qui serait en fait déjà mort et remplacé par un sosie, Ramzan Kadyrov qui aurait été lui aussi plusieurs fois à l’article de la mort, le fait que les Russes récupéreraient soi-disant les puces des lave-linges et autres appareils électroménagers pour fabriquer leurs missiles, ou que la Russie aurait perdu presque 90% de ses troupes en Ukraine (mais bizarrement elle avance partout avec seulement ce qu’il lui reste). Je m’arrête là car la liste des mensonges des médias français est tellement longue qu’il y a de quoi faire une encyclopédie de la désinformation. Mais ça, Reporters Sans Frontières ne le voit pas.

Tout comme le fait que de nombreux journalistes, dont je fais partie, sont listés sur le site néonazi ukrainien Mirotvorets, sorte de Gestapo 2.0 visant à lister et publier un maximum d’informations privées sur les «ennemis de l’Ukraine» afin de faciliter leur «liquidation». En clair leur assassinat en mode régime fasciste terroriste. Tout cela, les menaces que reçoivent bon nombre de journalistes qui ne font que leur travail (n’en déplaise à RSF), et les assassinats et attentats terroristes qui ciblent ces mêmes journalistes, eh bien Reporters Sans Frontières ne les voit pas et ne les dénonce pas. Ce qui semble paradoxal pour une organisation de défense des journalistes qui se veut internationale !

D’où ce double standard pourrait-il venir ? Je décide de me pencher sur le financement de RSF, car comme le disent les Russes «c’est celui qui paye l’orchestre qui choisit la musique». Et lorsqu’on voit la liste des partenaires clés de Reporters Sans Frontières on comprend beaucoup de choses.

Financement de Reporters Sans Frontières

 

52% du financement de RSF est assuré par des acteurs gouvernementaux dont l’Agence française de développement, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement, le ministère fédéral allemand pour la coopération économique et le développement, le ministère britannique des Affaires étrangères, le royaume des Pays-Bas, la Commission européenne, le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada et le ministère des Affaires étrangères de Taïwan.

Or l’Agence française de développement est une institution financière publique qui «met en œuvre la politique définie par le gouvernement français». Et la France soutient l’Ukraine et la politique russophobe occidentale. Donc cette agence promeut logiquement cette politique dans les organisations qu’elle finance.

Mais cela ne s’arrête pas là. L’Agence suédoise de coopération internationale au développement est une agence gouvernementale du ministère suédois des Affaires étrangères. En clair, là aussi il s’agit d’une agence cherchant à mettre en œuvre la politique définie par le gouvernement du pays. Le reste des acteurs gouvernementaux sont tous des ministères ou pays occidentaux ou pro-occidentaux (Taïwan). Déjà rien que ce fait là indique clairement que Reporters Sans Frontières a un biais pro-occidental.

Mais si on se penche sur les acteurs non-gouvernementaux le biais russophobe de RSF s’explique totalement. En effet, parmi les partenaires on retrouve les fondations «Open Society» de Georges Soros, qui n’a jamais caché qu’il voulait voir la Russie s’effondrer, et qui soutient les révolutions de couleur un peu partout dans le monde, afin d’installer des gouvernements pro-occidentaux dans des pays clés comme l’Ukraine.

On trouve aussi la Fondation Ford parmi les donateurs de Reporters Sans Frontières. Or cette fondation est littéralement noyautée par la CIA (un de ses anciens présidents n’est nul autre que l’architecte de ce qui est devenu plus tard la CIA, et il a embauché des agents des services de renseignements américains au sein de la fondation) !

Et cerise sur le gâteau nous avons aussi la National Endowment for Democracy (NED) parmi les soutiens de RSF. La NED qui est une organisation américaine financée par le Congrès américain, qui assume certaines tâches auparavant dévolues à la CIA ! N’en jetez plus on a le tiercé gagnant !

Une fois analysé le financement de Reporters Sans Frontières, on comprend rapidement et facilement que cette organisation n’est qu’un paravent servant à promouvoir la politique étrangère américaine (puisque la politique étrangère du Canada ou de l’UE n’est qu’une copie de celle de Washington). Dès lors il n’y a rien d’étonnant à ce que RSF ferme les yeux délibérément sur la mort de deux journalistes russes, dont le travail dérangeait le narratif occidental du conflit en Ukraine.

Cette histoire montre clairement que les organisations, prétendument internationales, chargées de défendre les journalistes, ne défendent en réalité que ceux qui promeuvent le narratif de Washington. Tout autre journaliste, qui rapporte des faits allant contre ce narratif est immédiatement exclu de la catégorie «journaliste» et traité comme un sous-homme dont la vie ou la mort importe peu. Alors que le monde multipolaire est en train de prendre vie sous nos yeux, il est temps de créer de nouvelles institutions et organisations internationales reflétant cette nouvelle réalité, qui défendent réellement tous les journalistes, et pas seulement ceux qui se conforment au narratif américain.


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