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Samedi, 01 Oct. 2022

Coupures de gaz : l’UE ciblera les ménages pour épargner les entreprises

Auteur : Éric Verhaeghe | Editeur : Walt | Vendredi, 29 Juill. 2022 - 01h03

Un Conseil Européen des ministres de l'Energie a permis hier de valider une proposition de règlement présentée par la Commission pour organiser les coupures de gaz dans l'Union. L'opération est enrobée sous l'appellation pudique de "réduction de consommation", en l'espèce de 15%. La presse subventionnée (et anesthésiée par les éléments de langage fournis par le Deep State américain) prend bien garde à ne pas réveiller le public ordinaire : elle évite d'expliquer clairement que la réduction de consommation se traduira par du rationnement plus ou moins brutal selon les pays. Et le règlement prévoit expressément de cibler, en priorité, les ménages.

Premier point : il faut savourer les formules pudiques que la presse reprend à tour de bras sans en expliquer clairement le sens au grand public. Le règlement que l’Union s’apprête à imposer aux peuples qui la composent s’appellent “mesures coordonnées de réduction de la demande de gaz”. Ce charabia technocratique ne veut rien dire d’autre que “coupures de gaz pour les ménages ordonnées par la Commission Européenne”. Mais il est vrai que ma formulation a l’inconvénient de dire précisément quel prix figure sur l’ardoise que les citoyens de l’Union doivent payer pour leur soutien à la suicidaire politique américaine de guerre contre la Russie. 

Il faut pourtant que ce soit bien clair : pour permettre à l’Ukraine d’accueillir des armes nucléaires américaines pointées sur la Russie (ce qui était, et nous le savions tous, une immense provocation destinée à provoquer un conflit et un chaos), nous devrons payer le prix fort, c’est-à-dire nous appauvrir et avoir froid l’hiver. 

Et, pour comble, les coupures de gaz en janvier 2023 seront ordonnées par Ursula von der Leyen et par sa Commission bureaucratique, sans tenir compte des desiderata populaires… ou des gouvernements nationaux. 

C’est ce que la Commission appelle avec ironie les “réductions volontaires de la demande”. 

L’invention de “l’alerte européenne”

On découvre, dans ce règlement dont l’objet principal est de transférer notre prétendue “souveraineté énergétique” à la Commission de von der Leyen, l’invention d’un nouveau concept : “l’alerte de l’Union”. 

«alerte de l’Union», un niveau de crise propre à l’Union qui déclenche une obligation de réduction de la demande et qui n’est lié à aucun des niveaux de crise visés à l’article 11, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1938.

Incidemment, et comme nous le soulignions hier, les Européens ne découvrent pas la question de la dépendance énergétique de l’Union à la Russie. La question des tensions que cette dépendance pourrait nourrir est au coeur des règlements qui se succèdent depuis 2014, c’est-à-dire depuis le coup d’Etat organisé en Ukraine par la CIA au détriment du gouvernement ukrainien démocratiquement élu. 

Le nouveau règlement qui arrive prévoit une étape supplémentaire dans les dispositifs patiemment construits depuis 2014 : en l’espèce, une “alerte de l’Union” donne à Bruxelles le pouvoir de couper le gaz à des citoyens de l’Union sans qu’un Etat-membre ne puisse s’y opposer. 

Ma conviction est que cette innovation sera le point de rupture de l’Union Européenne elle-même. 

L’alerte de l’Union : mode d’emploi

Ce principe de “l’alerte de l’Union” est au coeur du règlement, qui en donne le mode d’emploi :

"La Commission ne peut déclarer une alerte de l’Union que lorsqu’il existe un risque important de grave pénurie d’approvisionnement en gaz ou en cas de demande de gaz exceptionnellement élevée, dans l’éventualité où les mesures visées à l’article 3, sur lesquelles il est fait rapport conformément à l’article 8, s’avéreraient insuffisantes et où une détérioration significative de la situation de l’approvisionnement en gaz dans l’Union s’ensuivrait, le marché restant toutefois en mesure de gérer cette perturbation sans qu’il soit nécessaire de recourir à des mesures non fondées sur le marché".

L’affaire est cousue de fil blanc : en cas de “grave pénurie d’approvisionnement en gaz”, la Commission Européenne prendra les commandes et décidera des coupes sombres dans la distribution de gaz pour éviter la catastrophe. 

Les critères définis par le règlement pour déclencher cette “alerte”, qui n’est autre qu’une prise de pouvoir par la Commission, sont suffisamment flous pour que tout soit désormais possible. Dans la pratique, au moindre coup de froid, les Etats seront dépossédés de leur rôle de “régulation du marché”, et tout se décidera à Bruxelles. 

Dans la pratique, une alerte de l’Union déclenche une “réduction obligatoire” (ce qui n’est plus tout à fait une réduction volontaire, on en conviendra) de la consommation de gaz. 

Aux fins d’une réduction obligatoire de la demande, tant que l’alerte de l’Union est déclarée, la consommation globale de gaz naturel de chaque État membre au cours d’une période allant du 1er août de chaque année au 31 mars de l’année suivante («période de mise en œuvre») est réduite d’au moins 15 % par rapport à la consommation moyenne de cet État membre au cours de la période allant du 1er août au 31 mars («période de comparaison») pendant les cinq années consécutives précédant la date d’entrée en vigueur du présent règlement. 

Là aussi, on notera que le cartel de la presse subventionnée évite savamment de préciser que les coupures de gaz sont prévues pour durer tout un hiver… Ces coupures doivent permettre d’économiser officiellement 15% de la consommation de chaque Etat. Mais rien n’exclut que, par solidarité avec l’industrie allemande, chaque pays soit appelé à en faire temporairement plus…

Les ménages seront touchés en priorité pour protéger l’industrie

C’est surtout les critères de sélection des cibles qui méritent une attention particulière, critères dont évidemment personne ne parle par peur d’attiser la colère contre la soumission de l’Union à Washington. Mais le texte du règlement vaut son pesant de cacahuètes :

"Lorsqu’ils prennent des mesures de réduction de la demande, les États membres privilégient les mesures touchant des clients non protégés sur la base de critères objectifs et transparents tenant compte de leur importance économique ainsi que, notamment, des éléments suivants:

a) l’incidence d’une interruption sur des chaînes d’approvisionnement essentielles pour la société;

b) les éventuelles incidences négatives dans d’autres États membres, en particulier sur les chaînes d’approvisionnement de secteurs en aval qui sont essentiels pour la société;

c) les dommages potentiels à long terme causés aux installations industrielles;

d) les possibilités de réduire la consommation et d’utiliser des produits de substitution dans l’Union".

Ce charabia pudique et éthéré explique simplement qui ne doit pas être touché par les coupures de gaz qui se préparent. En l’espèce, ces privilégiés, rebaptisés “clients protégés”, sont ceux qui jouent un rôle essentiel “pour la société”, et qui ne pourraient plus le jouer en cas de coupure de gaz, mais aussi ceux qui jouent un rôle essentiel “pour la société” des autres Etats membres. On ajoutera à ce groupe les industries qui risqueraient d’être endommagées en cas de rupture d’approvisionnement en gaz, ou ceux (groupe encore plus vague) qui ne peuvent vraiment pas faire autrement que d’utiliser du gaz. 

Ceux qui ne sont pas dans cette liste sont des “clients non protégés”. Concrètement, il s’agit des ménages et des entreprises de services. 

Bref, le jour J, on expliquera aux entreprises qu’elles ne peuvent plus chauffer leurs locaux, et qu’elles passent d’autorité au télétravail. Pour aider tout le monde, on utilisera, au besoin, la formule du confinement climatique, qui obligera les gens à rester chez eux le plus longtemps possible, avec un gros pull sur le dos pour compenser la limitation des températures intérieures autorisées. 

Le prix à payer pour l’Ukraine

Beaucoup de Français, au mois de février, se sont contenté du narratif officiel, dont nous avons souligné qu’il était désormais “fabriqué” par des organisations proches de la CIA, pour décrypter la situation en Ukraine. Le méchant Poutine a brutalement envahi les gentils Ukrainiens qui méritent tout notre soutien. 

Tant que la guerre était un spectacle télévisé, loin de nous, avec ses images pleines d’émotions binaires, s’appuaynt au moins sur des mises en scène grossières et macabres comme à Bucha, beaucoup pouvaient se satisfaire paresseusement de cette explication. Mais, peu à peu, la guerre en Ukraine et la stratégie américaine de mise au pas de l’Europe sous couvert d’une défense forcenée de l’Occident, traverse l’écran et va s’inviter dans la vie quotidienne des Français : inflation, privations de gaz, d’électricité, rationnement du carburant par le biais d’une augmentation des prix. 

Nous savons tous que ce rationnement de l’énergie fossile était décidé depuis longtemps (bien avant le COVID) pour justifier de fortes subventions à des marchands de solution “zéro carbone”. Greta Thunberg en fut le premier cheval de Troie. 

Je parie sur le fait que l’escalade du chaos que la caste organise pour défendre son ordre à elle, en instrumentalisant tout ce qu’elle peut, y compris la mort tragique de pauvres Ukrainiens qui n’y peuvent mais, va produire le même effet que les rodomontades sur le COVID : peu à peu, des pans entiers de l’opinion vont comprendre l’entourloupe, et, dans la douleur, vont retourner leurs armes contre leur gouvernement corrompu. À trop tirer sur la corde, elle finit par lâcher. 


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