www.zejournal.mobi
Mercredi, 10 Août 2022

Les Non alignés : Quel avenir dans le Nouvel ordre multipolaire?

Auteur : Chems Eddine Chitour | Editeur : Walt | Jeudi, 16 Juin 2022 - 14h27

« (…) Tous les leviers de commande de l’économie mondiale sont entre les mains d’une minorité constituée par des pays hautement développés. […] En détenant l’essentiel des marchés de consommation des matières de base ainsi que le quasi-monopole de la fabrication des produits manufacturés […], les pays développés ont pu fixer, à leur guise, tant les prix des matières de base qu’ils prennent aux pays en voie de développement que ceux des biens et services qu’ils fournissent à ces derniers. […] Tel est le fondement de l’ordre économique mondial que nous vivons aujourd’hui […], un ordre qui est aussi injuste et aussi périmé que l’ordre colonial duquel il tire son origine et sa substance. Parce qu’il s’entretient, se consolide et prospère selon une dynamique qui, sans cesse, appauvrit les pauvres et enrichit les riches, (…) ». 

Discours du Président Houari Boumediene en tant que président des Non Alignés à la tribune des Nations Unies le 10 avril 1974

Résumé

Ces quelques phrases résument l’ADN des pays Non alignés face au deux blocs qui régentaient le Monde, le Monde Occidental neo-libéral et le monde soviétique. Plus de six décennies plus  tard le monde est plus dangereux que jamais entre un Occident sur le déclin et qui veut continuer à régenter le monde et des pays émergents qui veulent en être du Nouvel Ordre en gestation. Nous allons donner un Etat des lieux des pays non Alignés et nous tenterons de donner quelques idées sur ce que pourraient être les défis des Non Alignés dans la nouvelle architecture du monde. 

Le Mouvement des Non Alignés : 

Le mouvement des non-alignés, lit-on dans l’encyclopédie Wikipédia est une organisation internationale regroupant 118 États en 2008  qui se définissent comme n’étant alignés ni avec ni contre aucune grande puissance mondiale. C’est sans conteste la décolonisation qui est considérée comme le facteur capital dans le développement du non-alignement. Le but de l’organisation tel que défini dans la «Déclaration de La Havane» de 1979 est d’assurer «l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre toute forme d’agression, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques» et de promouvoir la solidarité entre les peuples du tiers-monde.  

« L’image donnée du non-alignement écrit, Philippe Braillar est portée par un discours qui possède une certaine cohérence et semble capable de mobiliser, de rassembler les volontés autour d’une idée. Nous avons précisément là tous les éléments d’un mythe. (…) On peut même penser que cette dimension mythique du non-alignement, se rattache au mythe du tiers-mondisme qui  a occupé une place centrale dans les organisations internationales confrontées au problème du sous-développement du Tiers Monde.

On retrouve en effet dans cette image du non-alignement la représentation du Tiers Monde caractérisant le mythe tiers-mondiste et qui tend à occulter la profonde diversité des pays constituant cette partie du monde, en ne retenant que quelques éléments communs à ce vaste ensemble et en célébrant comme une réalité une unité politique qui n’est encore qu’un rêve. 

Or, sans remplir d’importantes fonctions, ce mouvement n’aurait de toute évidence pas pu connaître un tel développement, ne serait-ce qu’en raison des réticences de la plupart des grandes puissances à son égard et surtout de l’extraordinaire diversité et même hétérogénéité, politique, économique, culturelle, idéologique, sociale des divers pays qui y ont adhéré ». (1)

L’Algérie des années ‘70 : Pionnier d’un Nouvel Ordre International Juste 

Dans ce combat pour la dignité humaine, l’Algérie a toujours porté haut et fort le message de justice de dignité et de partage. Dans une publication qui n’a pas pris une ride en 1982 Claudine Rulleau résumait les grandes lignes de la diplomatie algérienne.
Elle écrit :

« Le nom de l’Algérie est lié, pour beaucoup, au nouvel ordre économique international. L’instauration d’un nouvel ordre économique international — que l’on peut, très schématiquement, résumer comme étant la mise en place de structures de production et de commercialisation à l’échelle mondiale moins injustes que l’ordre antérieur pour les pays du tiers-monde et mieux adaptées à leurs besoins — suppose, en effet, la solution de nombreux problèmes qui le sous-tendent : nouveau droit international, nouveaux circuits financiers et bancaires, accroissement et dévolution des investissements, transfert de technologie, voire réforme des enseignements (…) les limites de la seule indépendance politique sont vite apparues, de même que leur est apparue la nécessité de continuer le combat sur le terrain de l’économie pour obtenir le recul des quelques « grands et riches  » qui ont imposé leur domination au monde. Pour ce combat, l’union de tous les « petits  » – que peuvent opposer de sérieuses différences idéologiques – ne sera pas superflue ». (1) 

L’auteure poursuit :

« Mais ils se rendent vite compte que l’unité dans la misère ne fait pas l’unité politique, que grands sont les clivages idéologiques, que l’impérialisme et le colonialisme sont capables d’opérer leur aggiornamento et d’emprunter des voies moins brutales que précédemment — voire séduisantes, — que l’indépendance formelle n’est rien sans contenu économique Houari Boumediène deviendra progressivement l’un des meilleurs théoriciens et le chantre du N.O.E.I. qui doit remplacer « l’ordre international de la misère ».    

L’Algérie prépare donc avec d’autant plus de soin le quatrième sommet des non-alignés, qu’elle doit accueillir en septembre 1973. La conférence décide de demander la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire des Nations unies pour examiner, comme l’annonce Houari Boumediène dans son discours de clôture, les problèmes du développement « à la lumière de l’échec, d’ores et déjà évident, de la stratégie internationale pour le développement lancée dans le cadre de la deuxième décennie du développement ». (1) 

La longue marche du mouvement des Non Alignés

A  Bandung à la première Conférence afro-asiatique du 18 au 24 avril 1955 à Bandung, l’Algérie fut représentée par nos « diplomates guerriers » Hocine Aït Ahmed et M’hamed Yazid. C’est de cette conférence que l’on fait communément partir le démarrage de la recherche du N.O.E.I.(…) :

« Le mouvement était toutefois lancé au cours de la décennie suivante et surtout lors de la première conférence au sommet des pays non alignés à Belgrade, en septembre 1961 à la deuxième, qui se déroula au Caire en octobre 1964.

La première consacre aux questions politiques l’écrasante majorité des résolutions finales (guerre froide, problème de la paix dans le monde, lutte contre la course aux armements, protestation contre l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires, etc.) ; la portion congrue, réservée à la partie économique, contient néanmoins l’essentiel des revendications tiers-mondistes  « Les participants (…) estiment qu’il faut s’efforcer de remédier au déséquilibre économique hérité du colonialisme et de l’impérialisme (…) ;  Au Caire, Nasser a des accents prémonitoires pour décrire ce que risquerait la planète si l’antagonisme.

Est-Ouest n’était pas, une fois liquidé, remplacé par un monde plus juste : à « Nous ne voulons pas que la division du monde en un bloc occidental et un bloc oriental prenne fin pour que d’autres blocs plus grands et plus dangereux surgissent à leur place : un bloc de pauvres et un bloc de riches, un bloc de développés et un bloc de sous-développés, un bloc septentrional, qui a droit à la prospérité, et un bloc méridional, qui n’a pour tout lot que la privation, un bloc de Blancs et un bloc d’hommes de couleur » (2).

Le discours du Président Boumédiene

En tant que président des pays non alignés Houari Boumediène a défendu, en avril 1974 dans un discours qui a donné lieu à une standing ovation, devant l’Assemblée générale extraordinaire de l’ONU, le nouvel ordre économique international :

« Pour la première fois de façon frontale, sans user de la langue de bois et de détours, un président du tiers-monde, en l’occurrence le président Houari Boumediène, avait, au nom de ses pairs des pays en développement, plaidé devant les instances onusiennes et en présence des pays riches pour une refondation des relations internationales et un partage équitable des richesses de la planète et de la prospérité.  

Le capitalisme, qui était présenté comme la voie de salut et de l’émancipation des peuples montre aujourd’hui toutes ses limites et son visage hideux avec la crise financière qui a affecté les pays industrialisés avant de se transformer en récession économique se répandant à la vitesse de la lumière, n’épargnant directement ou indirectement aucun pays. Le mot d’ordre : sans développement, il n’ y a pas de paix et de sécurité internationales est toujours d’actualité.  

Le doigt est posé sur la délicate question du désarmement qui constituait, selon Boumediène, «une illustration de cette façon restrictive d’aborder les problèmes qui concernent l’humanité dans son ensemble, à travers des schémas qui ne visent qu’au réaménagement des rapports de forces entre grandes puissances». (3)

Pour « amorcer concrètement le règlement du problème fondamental qui nous préoccupe », celui du développement, Houari Boumediène demande qu’il soit entrepris en suivant cinq lignes d’action :

• La prise en main par les pays en voie de développement de leurs ressources naturelles, ce qui implique la nationalisation de leur exploitation et la maîtrise des mécanismes régissant la fixation de leur prix ;

• La mise en valeur de toutes les potentialités agricoles et la mise en œuvre d’une industrialisation en profondeur s’appuyant sur la transformation sur place des ressources naturelles de chaque pays ;

• L’apport, en moyens financiers, technologiques et commerciaux des pays riches et développés à ceux dont le développement est à promouvoir ;

• La suppression, ou à tout le moins l’allégement du fardeau de la dette qui « enfonce » les plus pauvres ;

• Enfin, un programme spécial pour les plus démunis parmi les démunis.

La nationalisation est, pour l’Algérie, une condition fondamentale du développement. Ceci abouti, le 24 février 1971, à la nationalisation 

Le dernier séminaire d’Alger a insisté sur la nécessité de négociations globales pour que le tiers-monde ne joue pas en ordre dispersé, et surtout sur la nécessité de la paix, facteur indispensable du développement » (3) (4) (5)

Dans le même ordre  Mohamed Benallal  écrit :

« Le discours de Boumediène entièrement en arabe est venu de frapper fort les esprits avec une nouvelle conception sur les relations entre pays pauvres et pays riches (…). H. Boumediène avait pris une position en flèche dans ce nouvel affrontement «Nord-Sud» très différentes de la rivalité «Est-Ouest» où la guerre froide faisait rage; une forme de diversion politique basée sur la «realpolitik», et c’est à partir de là que l’Algérie est devenue la capitale «révolutionnaire» du monde arabe et des pays progressistes (…)  

L’Algérie a été propulsée au premier rang en tant que leadership sur la scène internationale par le mouvement des Non-alignés en 1975. L’Algérie avait créé le G77 (groupe des 77) qui avait pour mission de réduire les inégalités économiques entre le Nord et le Sud. Organisé en 1967 à Alger où il a publié la fameuse «Charte des droits économiques du Tiers-Monde : base de tout débat ultérieur «Nord-Sud» ». (6)

L’Altermondialisme des années 90 et le début des années 2000 : une concurrence du Mouvement des non-alignés? 

«Le neutralisme est immoral déclarait John Foster Dulles, secrétaire d´Etat américain au plus fort de la guerre froide. Alors que l´organisation avait pour but d´être aussi solide et unie que l´OTAN ou le pacte de Varsovie, elle a dans les faits peu de cohésion, et plusieurs de ses membres ont été, à un moment ou à un autre, étroitement liés avec une des grandes puissances. 

Au Sommet de 2006 le Secrétaire général Kofi Annan se découvre, sur la fin de son parcours, une âme de réformateur. Le 16/09/2006 il déclarait «La monopolisation du pouvoir par les 5 membres permanents du Conseil de sécurité affectera l´impartialité de cette instance ».

Le Mouvement des Non-alignés, est devenu, au fil des années, une coquille vide. du fait des successives il est devenu un héritage encombrant. Le Mouvement des Non-alignés a joué son rôle historique, il n´a pas su s’adapter à la nouvelle donne induite par la disparition de l’Union soviétique et surtout l´émergence de la mondialisation inhumaine.

Du fait de son essoufflement, les sociétés civiles n’ayant pas vu leurs doléances prises en charge par les gouvernants, tentent de créer une autre parade contre la mondialisation et le nouveau gouvernement mondial dirigé par les multinationales avec l’OMC, le FMI, et la Banque mondiale, la police planétaire étant assurée par l´Otan. Ainsi l’altermondialisation conteste le modèle libéral de la mondialisation et revendique un mode de développement plus soucieux de l’homme et de l’environnement.  

Le manifeste de Porto Alegre prône un «imaginaire de la rupture «Un autre monde est possible». Il consiste en une contestation de l’organisation interne, du statut et des politiques des institutions mondiales et une recherche d’alternatives, globales et systémiques, à l’ordre international de la finance et du commerce. 

Plus que jamais, les pays du Sud, surtout les plus faibles, furent livrés à eux-mêmes. Les pays du Sud qui auraient pu constituer des «locomotives» comme l’Inde, la Chine, ne coopèrent pas avec les pays du Sud tout occupés à sauter dans un nouveau moule: «les pays émergents» et avoir une légitimité décidée par les pays riches du G7, en leur créant un espace approprié: le G20. C’est-à-dire, qu’en définitive, il n’y a plus de morale ». (7) (8)

Le  sommet à Belgrade septembre 2021 a été l’occasion pour commémorer  la  première conférence des pays non alignés tenue en 1961 dans la capitale serbe, au moment où le mouvement est en quête d’une renaissance, et loin d’atteindre ses objectifs d’un ordre mondial juste et pacifiqueSouvenons nous, la conférence de Belgrade s’était ouverte dans un climat de tension internationale extrême : Affrontements entre les deux superpuissances, Etats-Unis et l’ancienne Union soviétique, la construction de mur de Berlin et l’essai de la bombe nucléaire par Moscou. Soixante ans plus tard, les pays membres de l’organisation entendent renouer avec l’esprit des fondateurs qui œuvraient pour l’instauration d’un monde meilleur où les pays pouvaient vivre en harmonie. Même si les conditions ayant mené à la création de l’organisation des pays non-alignés (la guerre froide), ont disparu ses membres entendent préserver ses principes fondateurs ».

« En 1996, quelques années après la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide et de l’apartheid en Afrique du Sud, l’ONU défend une renaissance du « non-alignement ». Même si le monde a changé depuis la création du concept du non-alignement « les principes qui le sous-tendaient demeurent d’actualité ». Ces nations doivent affirmer, selon lui, que les relations internationales doivent reposer sur les principes de l’indépendance et de l’égalité souveraine.  L’égalité et l’intérêt commun de tous les pays, mais aussi le droit des pays du Tiers Monde d’exercer leur souveraineté sur leurs ressources naturelles figuraient parmi les principales recommandations du sommet d’Alger ».

Du 28 au 30 août 2012 s’est tenu à Téhéran le XVIe Sommet des pays non-alignés, et ce, dans l’indifférence la plus totale des pays occidentaux et du black-out des médias. Pour Zaki Laïdi, de l’Institut d’études politiques de Paris: le Mouvement des non-alignés exprime la volonté d’un grand nombre de pays de garder ses distance vis-à-vis de l’Ouest. Les grandes heures du mouvement étaient en fait, déjà révolues. Autant de combats pour faire entendre la voix du tiers-monde sur la scène internationale. 

Les années 90 et le début des années 2000 ont vu le renouveau de concepts que ces fondateurs défendaient. L’altermondialisme, par exemple, qui prône un rééquilibrage des relations économiques entre pays riches et pauvres, est l’enfant du tiers-mondisme. En outre, les pays émergents pèsent de plus en plus sur la scène mondiale. La Chine, bien sûr, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et beaucoup d’autres ébranlent sérieusement les Etats-Unis et les autres Etats occidentaux. Ces nations du Sud réussissent petit à petit, là où les dirigeants du tiers-monde avaient échoué dans les années 1960 et 1970. (…) Il existe aujourd’hui d’autres instances à travers lesquelles ils peuvent s’imposer. A commencer par le G20 qui regroupe les vieilles nations riches et les pays émergents comme l’Inde, la Chine, la Corée du Sud, le Brésil, le Mexique ou l’Afrique du Sud. Un forum aujourd’hui incontournable. Il y a également le groupe informel des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ou encore le Groupe de Shanghai, qui réunit la Chine, la Russie et les pays d’Asie centrale producteurs de pétrole ou de gaz ». (9)

«A partir du moment où des pays refusent la politique du Nouvel Ordre basée sur une rapine des pays vulnérables (BM, FMI, OMC) avec le bras armé de l’Otan, tout est fait pour les discréditer. Depuis la chute de l’URSS, le monde ne s’est jamais aussi mal porté et les pays non-alignés – en majorité arabes et musulmans – sont dépecés au gré de la prédation et de la curée, l’Afghanistan, l’Irak, le Soudan, le Yémen, la Libye, ou reformatés selon le GMO comme la Tunisie, l’Egypte qui, peut désormais être contre ces grands principes? Principes qui sont d’ailleurs en parfaite harmonie avec les principes du droit international, tel qu’il a été codifié par la Charte des Nations unies? » 

Le Guide suprême de la République islamique d’Iran a prononcé le discours d’inauguration du 16e Sommet du Mouvement des pays membres non-alignés. […] La gestion du monde ne doit pas être exclusivement aux mains de quelques pays occidentaux Le Sommet de Téhéran montre que la vraie communauté internationale est soucieuse de la paix du monde, de l’harmonie et de l’égale dignité des peuples. Pourtant, l’aphonie du mouvement montre que l’ailleurs s’organise. Le monde a profondément changé, avec l’apparition de nouveaux blocs (Brics, les pays du groupe de Shangaï) le rituel des conférences des Nations Unies a perdu de sa superbe. Les pays occidentaux et même les membres qui y  participent n’y attendent pas grand-chose. Hugo Chavez le président du Venezuela fut le dernier président qui voulait faire bouger les lignes pour que le mouvement soit audible en vain ». (9)  (10)

Les Prémices du nouveau monde naitront dans la douleur 

On le sait le monde occidental se croit  encore et toujours investit d’une mission divine celle de la destinée manifeste ou du White man burden ( le fardeau de l’Homme blanc) qui l’autorise a dicter au nom du « toujours plus » et du mythe des races supérieures, la norme du bien et du mal. De l’eau a coulé sous les ponts mais l’Occident ne veut pas se rendre compte que le monde a profondément changé il s’accroche à une vision passéiste qui lui permettait de bafouer les libertés qu’il bafoue allègrement allant jusqu’à imposer la démocratie aéroportée se permettant dans son aventure coloniale de nous faire bénéficier des lumières grâce à l’éclairage du napalm comme ce fut le cas au Vietnam et en Algérie.

Nous avons connu l’américan way of life avec Neil Armstrong et sa phrase culte : «It’s one small step for man, one giant leap for mankind » (« Un tout petit pas pour l’homme mais un grand pas pour l’humanité ». Nous connaissons depuis : « l’american way of war » racontée par Russel F Weigley d’un Occident sûr de lui et dominateur et qui est condamné à évoluer. Ce temps est passé, mais l’accouchement du nouveau monde se fera dans la douleur. Le multilatéralisme est inévitable mais le monde unipolaire s’accroche en vain. A juste titre Antonio Gramsci dans les années trente écrivait :

« Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair obscur surgissent les monstres » Nous y sommes ! Nous devons être attentifs aux événements qui s’accélèrent. « Entre 1945 et 1995, il y aurait eu cent trente conflits majeurs et 40 millions de morts dus directement ou indirectement au pétrole et autres matières premières . Nul besoin d’être marxiste pour comprendre que l’histoire du pétrole est celle de l’asservissement de la politique à l’économie  (2).

« 1989 est une année tectonique : la chute du mur de Berlin suivie, deux ans plus tard, par la disparition de l’Union soviétique marque la véritable fracture historique de ces trois dernières décennies. La guerre idéologique prend fin à l’avantage du néolibéralisme un cadre unique, celui de l’économie de marché.  Même l’immense Chine, qui préserve son système politique communiste, accepte les règles du libre-échange. Mais ce ne sera pas la fin d l’histoire, comme le martelait à l’époque Francis Fukuyama : la lutte se déplace du territoire au marché et les multinationales défient les États…

« Dans cette nouvelle mondialisation  l’économie devient le vecteur le plus actif de la puissance : la guerre économique est préférable à la guerre militaire. […], Washington déclare que sa priorité absolue est la défense de ses intérêts économiques. Plus rien ne s’oppose à l’Empire américain. Les nations et les peuples, dans leur écrasante majorité, continuent de développer des stratégies de dominance technologique, de développement industriel et de conquête commerciale ». Il est utile de montrer que la guerre économique n’est plus l’apanage du Nord : le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud s’intéressent également au concept d’intelligence économique ». (9)

Zbignew  Brezinski, conseiller à la sécurité nationale du Président Carter énonce clairement l’enjeu que représente l’Europe pour les États-Unis dans sa quête de domination mondiale :

« L’Europe deviendrait, à terme, un des piliers vitaux d’une grande structure de sécurité et de coopération, placée sous l’égide américaine et s’étendant sur toute l’Eurasie. Pour l’Amérique, les enjeux géostratégiques sur le continent Eurasien sont énormes […] L’Eurasie reste l’échiquier sur lequel se déroule la lutte pour la primauté mondiale».

Les Américains ne voient pas dans les nations européennes des partenaires, mais des « vassaux » pour reprendre là encore les termes de Brezinski. Elle va les traiter comme tels, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Elle déterminera leur périmètre de liberté et de mouvement, dans une guerre sans nuance. (10)

La « fin de l’arrogance »  et l’avènement  progressiste d’un monde du partage

Des craquements se font entendre dans l’ordre prédateur des Occidentaux qui veulent le faire durer mille ans. Comme en 1980 les pays anciennement colonisés levaient la tête pour arracher leur indépendance d’un colonialisme que les belles âmes d’un Occident qui dicte la norme en se gargarisant d’une vision des droits de l’homme à géométrie variable. Il ne faut pas cependant penser que le déclin des civilisations arrive brutalement. C’est un long délitement du en partie à une perte des valeurs…

On se souvient de la conférence de Soljenitsyne aux Etats Unis où il s’inscrivait en faux contre l’american way of life au vue des valeurs, préférant à notre entendement les valeurs de l’âme russe. Graduellement nous arrivons à l’american way of war. Dans un rapport intitulé : Le monde en 2025, la CIA constate une prise de conscience d’une nouvelle donne à la fois démographique, économique, financière et même dans une certaine mesure, militaire. Pour la première fois, les Américains reconnaissent qu’ils ne seront plus les maîtres du monde. Les Etats-Unis sont constamment en alerte surtout depuis la perte de leur suprématie économique. L’arrivée du 11 septembre fut du pain bénit. Le Satan de rechange tombait du ciel, l’Islam et terrorisme. Ainsi, furent organisées les expéditions punitives que l’on sait un peu partout semant le chaos, la destruction et la mort. (7)

Cependant des craquements se font entendre, l’Empire est puissant mais il est exsangue sur le plan économique. Ce basculement inexorable vers l’Asie concernant l’avenir du Monde, est rendu nécessaire. L’analyse lumineuse de l’ambassadeur singapourien, Kishore Mahbubani, décrit le déclin occidental : recul démographique, récession économique, et perte de ses propres valeurs. Il observe les signes d’un basculement du centre du monde de l’Occident vers l’Orient.  :

« (…) Même si la politique coloniale européenne touchait à sa fin, l’attitude colonialiste des Européens subsisterait probablement encore longtemps. En fait, poursuit Kishore Mahbubani, celle-ci reste très vive en ce début de XXIe siècle. Souvent, on est étonné et outré lors de rencontres internationales. Le  représentant européen entonne, plein de superbe, à peu près le refrain suivant : « Ce que les Chinois ou les Indiens, doivent comprendre est que…, le complexe de supériorité subsiste... ». (12)

« Quand  Kishore Mahbubani écrit que « le moment est venu de restructurer l’ordre mondial », que « nous devrions le faire maintenant ». Pour lui l’Occident est dans l’incapacité à maintenir, à respecter et encore plus à renforcer les institutions qu’il a créées. Et l’amoralité avec laquelle il se comporte trop souvent sape davantage les structures et l’esprit de la gouvernance mondiale. C’est cette incapacité à exercer convenablement un leadership qui fait que l’Occident est aujourd’hui davantage le problème que la solution ». (13)

Le monde a évidemment beaucoup changé depuis 1955, le souffle émancipateur des peuples du Sud semble être retombé, le soleil des indépendances a réduit en cendres bien des illusions. De fait, la disparition du bloc de l’Est a fortement comprimé les marges de manœuvre des pays du Sud et laissé les mains libres à l’unilatéralisme américain secondé par ses vassaux de l’Otan. (…) Comme les rapports de force, la géopolitique contemporaine évolue cependant très vite : l’hégémonisme impérial privé de son adversaire traditionnel a cru pouvoir renouer avec la politique de la canonnière. Le suprématisme fait visiblement long feu : car l’esprit de Bandung, loin de s’évaporer dans l’histoire en mouvement, demeure vivace dans la mémoire politique des peuples. L’hégémonisme occidental est contesté par les pays émergents et, au sein même des zones d’expansion historiques de l’impérialisme ». (14)  

La bipolarité Est/Ouest construite sur l’équilibre de la terreur a accouché d’une unipolarité arrogante et belliqueuse, convaincue de la supériorité ontologique de ses « valeurs ». Entre marché dérégulé et suprématisme civilisationnel, l’Occident martèle inlassablement qu’il n’existe pas d’alternative à l’ultralibéralisme.

En dépit d’un rapport de forces encore très inégal, de nombreux Etats estiment qu’il y va de leur pérennité que d’exprimer leurs divergences et de proposer face à la dictature des intérêts égoïstes et au militarisme une autre forme de relations internationales fondée sur l’échange et le dialogue. L’évolution vers la multipolarité est ainsi portée par de puissants courants politiques au Sud mais aussi relayée au Nord par des forces sociales confrontées aux crises et au démantèlement méthodique des acquis sociaux. 

Les premières victimes du dumping social européen sont les populations immigrées originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Par un effet de retournement de l’histoire, les démocraties occidentales ré-acclimatent les méthodes de gestion coloniales sur leur propre territoire pour contrôler des populations stigmatisées, largement exclues et reléguées dans des périphéries urbaines ghettoïsées. L’exclusion raciale se superpose à l’exploitation de classe ». (14)

La guerre en Ukraine : La nouvelle recomposition du monde 

On doit à  Antonio Gramsci d’avoir décrit en son temps le type de situation ou l’ancien monde ne veut pas quitter la scène et que le nouveau monde tarde à apparaitre et dans l’intervalle apparaissent les monstres. Il faut bien comprendre la spécificité du conflit ukrainien pouvant certes dégénérer en troisième guerre mondiale motivé par le refus du monde occidental de respecter ses propres engagements au sortir de l’implosion de l’Union Soviétique en 1991 où il était entendu que l’Otan ne s’étendrait pas à l’Est ; l’Otan qui aurait du disparaitre étant un reliquat de la guerre froide s’est au contraire étendu et une dizaine de pays anciens satellites de l’Empire Soviétique ont rejoint l’Otan bouclier de protection et l’Union Européenne locomotive économique. Les coups de boutoir lancinants ont commencé en 2008 avec la manipulation du printemps de Maiden en Ukraine gouverné avec des instructions des Etats Unis.

Ce conflit  est un aboutissement du rouleau compresseur inexorable américain par Otan interposé et avec ses vassaux européens  pour affaiblir la Russie et l’a sortir de la compétition mondiale. Il est aussi conçu par les pays en développement de par ses conséquences comme un coup de boutoir contre l’ordre mondial encore dominé par les Occidentaux. L’administration Biden perçoit la guerre en Ukraine, en ayant la Chine en ligne de mire : il s’agit pour Washington d’affaiblir un allié majeur de Pékin et d’adresser à la Chine un signal de la capacité de réaction des Occidentaux voulant avant tout affaiblir durablement la Russie, les États-Unis se sont fortement engagés. Plus le conflit dure plus des sujets de divergence peuvent apparaître : buts de guerre, partage du fardeau, attitude vis-à-vis de la Russie, conséquences pour l’avenir et enfin risque d’embrasement total. 

Le cyberconflit Russie-États Unis pourrait déclencher une guerre dans le monde réel

Il est très possible qu’en plus des signes réels d’une aggravation du conflit vers une troisième guerre  mondiale du fait notamment de l’armement lourd à longue portée offert aux Ukrainiens pour plus de 60 milliards de dollars depuis 3 mois, la Russie a averti qu’une aggravation du conflit avec les États-Unis dans le cyberespace pourrait conduire à une escalade dans le monde réel entre les deux puissances. Le représentant spécial du président russe, Andrey Krutskikh, a accusé les États-Unis d’avoir « lâché une cyberagression contre la Russie et ses alliés », « l’administration Biden violait clairement le droit international en ce qui concerne le soutien de Washington à Kyiv ».

« Les institutions de l’État, les infrastructures critiques et sociales, le stockage des données personnelles de nos citoyens et des étrangers vivant en Russie sont touchés », a-t-il déclaré. « Des responsables aux États-Unis et en Ukraine assument la responsabilité du sabotage. Depuis le mois dernier, il a déclaré que « plus de 65 000 » pirates informatiques « des États-Unis, de Turquie, de Géorgie et des pays de l’UE ont régulièrement participé à des attaques DDoS coordonnées contre l’infrastructure d’information critique de notre pays ».  

« La militarisation de l’espace de l’information par l’Occident et les tentatives de le transformer en une arène de confrontation interétatique ont considérablement accru la menace d’un affrontement militaire direct aux conséquences imprévisibles ». (15)

Dans une étude du Think Thanks fançais Montaigne les conséquences du conflit ukrainien, en dehors de l’Ukraine qui sera durablement diminué, ce sont aussi les vassaux européens les grands perdants. Ils se coupent d’une énergie à bas cout pour l’acheter soit aux Américains s’agissant du gaz ou de l’Inde concernant le pétrole a des prix beaucoup lus élevés. Nous lisons :

« On prévoit un conflit durable, peut-être, après la déclaration d’une trêve, un conflit d’intensité réduite, qui engagera l’armée russe pour longtemps et qui mènera à la destruction totale de l’Ukraine. Sur le plan économique, l’Europe a ainsi mis en jeu son accès à des sources énergétiques abondantes et à des prix modérés. Comme l’Europe est la zone du monde la plus majoritairement consacrée à la transformation industrielle et la moins dotée de ressources naturelles,  [Les sanctions sur l’énergie ndR ] cela équivaut à s’être fabriqué un nœud coulant et à mettre le cou dedans. L’Europe soutient et alimente une guerre à ses portes, plus encore, elle fait tout ce qu’elle peut pour la faire durer longtemps et pour trancher définitivement toutes les relations avec le reste de l’Eurasie. Bref, nous coupons les ponts avec cette partie du monde avec laquelle nous sommes économiquement complémentaires (la Russie pour les ressources, la Chine pour les fabrications de base, tous les BRICS en tant que plus grand marché du monde) ». (16)

Tout est fait pour maintenir l’ordre ancien. Devant l’envolée des prix du pétrole. Les Occidentaux veulent à la fois sanctionner le pétrole russe mais aussi ils pensent instituer, leur propre organisation des pays importateurs de pétrole OPIP. Des discussions entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont été lancées. A priori, en économie, un cartel se forme à partir de l’offre et non de la demande.

La Secrétaire d’Etat américaine des Finances, Janet Yellen, parle d’un « cartel » de consommateurs de pétrole entre Washington et ses alliés, essentiellement occidentaux. L’intention est de contrôler l’évolution des cours mondiaux. Nous sommes loin du doux commerce et de la main invisible du marché. A moins que cette main soit là – par AIE interposée- pour manipuler les marchés par le déstockage des stocks de sécurité pour créer une abondance artificielle. Comme cela ne semble pas suffire  pour freiner les prix du pétrole on créé une OPIP.  

Les rédacteurs font allusion aux Etats Unis qui non seulement ne sera pas impactés par le conflit mais ils vont retirer les dividendes :

« En même temps, nous nous subordonnons de nouveau et sans alternatives à un concurrent de premier ordre avec lequel nous sommes en concurrence directe sur le plan industriel mais qui, à la différence de l’Europe, est énergétiquement autonome. A ce stade, la Russie n’a plus un intérêt essentiel à parvenir à une paix rapide. Sur le plan économique, elle paie certes un certain prix, mais sur le plan stratégique, elle devient le point de référence mondial pour une « revanche » de cette partie majoritaire du monde qui se sent brimée depuis des décennies par l’hégémonie américaine. Cette victoire stratégique permet à la Russie de cultiver une alliance essentielle avec la Chine, une alliance absolument invincible et inébranlable de quelque point de vue que ce soit : territorial, démographique, économique et militaire. Par contre, l’Europe a creusé sa tombe. Si les gouvernements européens ne réussissent pas d’une façon ou d’une autre à renouer les relations avec le reste de l’Eurasie, son destin est scellé. Les deux siècles d’ascension sur le plan mondial commencés au début du XIXe siècle s’acheminent vers une conclusion sans gloire ». (17)  

La Communauté internationale ne suit pas l’Occident dans sa guerre

Tant de fausses prévisions ont été démenties. Une Russie diminuée, mais dangereuse. Cette hypothèse centrale, c’est la probabilité d’une Russie sortant affaiblie de l’aventure. On voit mal le scénario dans lequel une réconciliation avec l’Occident pourrait se produire, et donc un relâchement massif des pressions occidentales sur l’économie russe. Une Russie diminuée, dans ses moyens mais aussi dans son statut.  

Dans le « reste du monde », le même esprit de revanche s’appliquera et devrait déboucher sur un durcissement de la compétition Est-Ouest, une accentuation de la polarisation politique à l’échelon global. Les leçons que la Chine tirera de la guerre constituent le premier de ces facteurs. Pour l’instant, elle engrange la satisfaction de voir l’attention de l’Amérique distraite de son « pivot asiatique ».

Parmi les autres acteurs, on a vu l’importance que pourrait revêtir l’attitude des grands  pays émergents L’Inde comme la Chine,   Ces pays  refusent d’entrer dans la polarisation politique, mais défendent leurs intérêts économiques et de sécurité tout en observant les opportunité. Pour rappel, un décalage entre les Occidentaux et les grands émergents s’était déjà manifesté lors de la crise ukrainienne de 2014 et de la crise syrienne. Ce décalage se retrouve aujourd’hui, encore plus manifeste compte tenu de la gravité de l’agression russe et aussi de la distance prise à l’égard des positions de l’Ouest par des acteurs aussi importants que l’Inde et les pays du Golfe.  

Les  puissances émergentes ne veulent pas contribuer à la stratégie d’isolement politique et d’affaiblissement économique de la Russie Ainsi, dans beaucoup d’opinions du Sud global, il va presque de soi que Poutine a été obligé d’intervenir en Ukraine pour prévenir une menace de l’OTAN. De même, les effets négatifs de la guerre en termes de sécurité alimentaire ou de pénuries diverses seront portés au débit des Occidentaux ; ils viendront accroître le ressentiment provoqué par « l’égoïsme de l’Occident » dans l’affaire de la pandémie. Il résulte de ces différents points une conséquence à long terme importante : Vladimir Poutine – et sans doute Xi Jinping – ont toute chance de se sentir encouragés à poursuivre dans la durée le combat contre un « Occident collectif », dont ils peuvent penser qu’il ne dispose plus d’appuis sûrs dans le « reste du monde ».

Il est clair que cette grille d’analyse justifiée face aux opinions occidentales, n’apporte pas une solution dans le dialogue avec les pays du Sud. Pour ceux-ci, la guerre en Ukraine est un « problème d’Occidentaux » et non « un problème global ». Cette grille d’analyse fait plutôt le jeu du discours « l’Ouest contre le reste ». La politique de sanctions fait l’unanimité contre elle. Le repositionnement de la stratégie américaine vers l’Indopacifique impliquait depuis des années un nouveau partage des responsabilités avec les Américains – en Europe, certes, mais aussi sur d’autres théâtres. Il est certain que les États-Unis ne renonceront pas à leur « pivot vers l’Asie ». De plus la guerre en Ukraine a montré que l’Europe sera « défendue » par l’OTAN ». L’Europe est plus que jamais otage de l’Empire. Il n’y aura pas d’Europe de la défense et encore moins de défense autonome comme l’avait voulu en son temps le président de Gaulle.     

A l’autre bout du monde le monde multipolaire poses jalons d’une façon apaisée et en étroite coopération. Ainsi le président chinois, Xi Jinping, a appelé les pays des BRIC à assumer leurs responsabilités en consacrant le multilatéralisme, dans un contexte mondial marqué par les menaces à la sécurité induite par la situation en Ukraine et la tendance prise par les Etats-Unis à exacerber la tension en Europe de l’Est. Lors d’un discours intitulé “Ensemble pour un nouveau chapitre de la coopération entre les BRICS”. Contrairement au passé où les réunions des BRICS mettaient davantage l’accent sur le développement et la coopération économiques, les ministres ont confirmé un consensus sur de multiples questions liées à la sécurité. (…)  Après le conflit entre la Russie et l’Ukraine, le monde est confronté au danger d’une nouvelle confrontation, d’une division et même d’une guerre nucléaire. Les États-Unis veulent isoler la Russie et déclencher une confrontation de type guerre froide ». (18)

Le monde multipolaire voulu par les non alignés : Le nécessaire aggiornamento

Nous sommes au XXIe siècle force est de constater que l’utopie généreuse des pères fondateurs Nehru, Chou en Laî, Soekarno, Broz, Tito, Nasser, Boumediene pour un monde juste appartient au passé. Sans vouloir faire l’inventaire des différentes étapes pendant plus de soixante ans. Le Moment est venu de faire un aggiornamento au nom de la réalpolitk. Au monde unipolaire et dominé par l’Occident, écrit Alain Gresh, succède une nouvelle géopolitique marquée par la multiplication des acteurs influents. « La fin de l’arrogance », titrait l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, le 30 septembre, avec ce sous-titre : « L’Amérique perd son rôle économique dominant ». Quinze ans plus tard, nous entrons dans un « monde post-américain ». (19)

Les pays non alignés ne veulent pas qu’on leur force la main à prendre position contre la Russie. Le dernier vote aux Nations Unies a montré que la « Communauté internationale » mobilisée contre la Russie, se résument aux pays occidentaux et à leur satellites. Ainsi pour la première fois dans un conflit les pays du  Sud n’ont pas pris partie malgré les pressions. Dans une contribution « Quand le Sud refuse de s’aligner sur l’Occident en Ukraine » Alain Gresh explique la prudence de ces pays. L’attitude des monarchies du Golfe, pourtant alliées de Washington, est emblématique de ce refus de prendre parti : elles dénoncent à la fois l’invasion de l’Ukraine et les sanctions contre la Russie. Ainsi s’impose un monde multipolaire où, à défaut de divergences idéologiques, ce sont les intérêts des États qui priment. Les voix discordantes dominent au Sud, dans ce « reste du monde » qui compose la majorité de l’humanité et qui observe ce conflit avec d’autres lunettes. Sa vision a été synthétisée par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, regrette que le monde n’accorde pas une importance égale aux vies des Noirs et des Blancs, à celles des Ukrainiens, des Yéménites ou des Tigréens, qu’il « ne traite pas la race humaine de la même manière, certains étant plus égaux que d’autres »(19).  

Les nouveaux défis des Non alignés : Le nécessaire aggiornamento 

Le président Boumediène précurseur en tant que président des Nations Non alignés avait insisté en avril 1974 sur la nécessité d’un Nouvel Ordre Mondial à visage humain. Etait-il en avance sur son temps ? C’est ce que l’on serait tenté de croire. Lorsqu’il appelle à la nécessité de «rénover le système monétaire international sur une base démocratique, à l’ouverture des marchés des pays développés

Lire la suite


Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...

Abonné par e-mail

Recevez notre newsletter, nous l'envoyons à votre email

  


Fermé